Qu’il a grandi, le jeune Gilles Simon, impressionnant vainqueur de Thomas Johansson hier. Il ne mesurait que 1,53 m à quinze ans !

UN NOUVEL ESPOIR du tennis français est né hier sur le central du palais des sports de Marseille. Nullement impressionné par le pedigree de son adversaire, le Suédois Thomas Johansson, le jeune Parisien s’est offert à vingt ans sa première victoire sur le circuit majeur. Il fallait de la moelle pour venir à bout du vainqueur de l’Open d’Australie 2002, encore vingt-septième mondial. Une fois l’effet de surprise passé et le premier set perdu 6-4, le Suédois revint à égalité.« J’ai eu un passage à vide dans le deuxième, expliquait Simon. J’ai réussi à rester concentré pour me préparer au troisième. » Une manche décisive qu’il conduisit de mains de maître. Il breaka à la première occasion dans le quatrième jeu et conclut sur l’engagement adverse à sa quatrième balle de match dans une salle aux anges. Simon célébra sans exubérance sa réussite. « C’est pas mon style », expliqua-t-il dans la première conférence de presse de sa carrière.
C’est pourtant bien pour ce genre d’ovation qu’il court après une petite balle jaune depuis quatorze ans. « Quand j’étais petit, raconte-t-il, tout ce qui m’intéressait, c’était de jouer dans un beau stade, devant du public. » Le petit Gilles avait besoin qu’on le voit, car il était invisible.« J’ai eu un gros problème de croissance. Quand je suis arrivé à l’INSEP, à quinze ans, je ne mesurais que 1,53 m. Heureusement que Louis Borfiga, l’un des entraîneurs, a cru en moi. »

Cent sept matches la saison passée !


Sa chance, c’est aussi qu’il ait fait ses débuts à six ans, à l’US Fontenay sous Bois (région parisienne) où l’on avait la fibre compétition. Il passa six ans sous la coupe de Céline Duverrée au bout desquels le système fédéral le prit en charge ; sport études de Poitiers, puis INSEP et enfin, l’année dernière, Centre national d’entraînement à Roland-Garros. À l’INSEP, il réussit à passer son bac S, une réussite remarquable dans ce milieu. Question tennis, c’était moins spectaculaire. « Tsonga, Montcourt, Morel ou Recouderc partaient faire les grands tournois, se souvient-il. Moi, comme j’étais encore le plus petit, je faisais avec les moyens du bord. C’est là que jeme suis bâti le style de jeu qui me permet de gagner maintenant. Je n’avais pas les moyens physiques de battre mes adversaires. J’attendais patiemment qu’ils commettent une faute. »
Il ne paie toujours pas de mine. C’est lui qui le dit, mot pour mot. Avec son 1,80m, ses 65 kilos et ses jambes façon vieilles dames de Faizant, il apparaît d’abord hors sujet. Pourtant, les habitués des circuits satellites ont appris à leurs dépens la saison dernière que ce joueur infatigable, à la superbe vision du jeu, était un redoutable client. C’est lui qui finit la saison dernière avec le plus grand nombre de matches de simple joués (107). Une tendance qui n’est pas près de s’inverser. Après avoir terminé 2004 en gagnant deux tournois « futures », il a attaqué l’année par une victoire au challenger de Nouméa, qui lui permet de pointer 148e à l’ATP.
Depuis septembre, il fait partie du groupe d’entraînement de Jérôme Potier et Thierry Tulasne. Ce dernier, qui le suit à Marseille, ne tarit pas d’éloges : « C’est un type brillant dans la vie et qui sait parfaitement s’adapter sur un court de tennis, comme il l’a démontré contre Johansson. Il a un gros potentiel. » « Je sais qu’un jour, admet l’intéressé, mon jeu d’attente ne va plus suffire. Mais jusqu’à ce que j’en prenne "une grosse", je n’abandonne pas mes convictions. » Sa progression de 300 places depuis un an les a solidement renforcées.
PASCAL COVILLE, L'Equipe

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Gilles Simon, 20 ans, s'est fait un nom lors de la saison 2005 en s'approchant des 100 premières places mondiales et en obtenant ses premiers galons sur le grand circuit. D'origine niçoise, le joueur de Fontenay-sous-Bois compense son manque de puissance et son gabarit modeste par un formidable coup d'œil et un jeu de jambes époustouflant. Dans cet interview réalisée pour Tennis Info en octobre 2005, Gilles Simon dévoile son parcours et ses ambitions.

Pour mieux vous connaître, commençons par votre "background". A quel âge et dans quelles circonstances avez-vous débuté le tennis ?
J'ai touché ma première raquette à 6 ans, en suivant mes parents à l'US Fontenay-sous-Bois. Je suis né à Nice, mais je crois que j'avais seulement un an lorsque nous sommes partis pour le Val de Marne. Et je suis resté 13 ans à l'US Fontenay, j'ai intégré le Racing Club de France il y a seulement deux saisons. Mais je me sens à la fois de Fontenay et de Nice, car j'ai reçu une éducation niçoise. Toute ma famille vient de là-bas.

Quel a été votre parcours ?
Céline Duvérée m'a entraîné pendant six ans à l'US Fontenay, puis j'ai intégré le Sport études de Poitiers pendant un an. Ensuite, je suis resté à l'INSEP pendant quatre ans. Et puis j'ai intégré le groupe espoirs à Roland-Garros dirigé par Jérôme Potier. Pendant mes jeunes années, Dominique Poey à Poitiers et plus encore Louis Borfiga à l'INSEP ont joué un rôle essentiel dans ma progression. Je dois reconnaître que j'étais un cran en dessous des meilleurs de ma génération, comme Clément Morel qui a remporté l'Open d'Australie juniors en 2002. Ils ont cru en moi, ils m'ont gardé au sein de la Fédération. J'étais très petit lors de mon adolescence, et ça m'empêchait de lutter à armes égales contre des jeunes de mon âge qui étaient plus puissants. Ça allait encore chez les 13-14 ans, j'étais en équipe de France et je suis allé en huitièmes de finale aux Petits As à Tarbes, mais après… J'ai fait mon chemin dans l'ombre.

Y a-t-il eu des moments de doutes ?
J'ai toujours cru en moi, ce qui n'a pas été le cas de tout le monde…Lors du dernier Roland-Garros, certains sont venus me voir pour me dire honnêtement qu'ils étaient surpris de me retrouver à ce niveau-là. Ce qui était dur, c'était de perdre contre des jeunes moins forts que moi sur le plan du jeu, mais plus développés physiquement. Mais je savais que ma taille modeste serait un atout plus tard. Elle permet de développer des qualités de coup d'œil. Je me suis beaucoup raccroché à ça. Et le soutien de "Luigi" Borfiga a été essentiel. Mais bon, quand on est à 15/4 à 14 ans, c'est difficile d'avoir des certitudes quant à une carrière professionnelle. Longtemps, le "prof" du club classé 4/6, c'était lui l'idole (rire) !

Avez-vous eu un modèle à qui vous raccrochez ?
J'aimais bien Michael Chang quand j'étais petit. Ce n'est sans doute pas un hasard…

Avez-vous envisagé une autre voie en cas d'échec ?
Non, le tennis a toujours été ma passion. C'était dur pour moi d'aller à l'école (sourire). Mais j'ai quand même eu mon bac S. C'était surtout la volonté de mes parents… Et puis c'est vrai qu'à 18 ans, tandis que des copains se battaient sur les tournois du Grand Chelem chez les juniors, moi, j'avais du mal à battre des -15. En fait, j'adore jouer. Vraiment. L'entraînement, c'est autre chose.

A quel moment avez-vous senti les choses se débloquer ?
En fait, à cause de mes difficultés dans les tournois de jeunes, je suis venu plus tôt que les autres sur le circuit Future, en France. Même si ce n'était que des "qualifs", j'ai été très vite confronté aux tournois "pros". Luigi voulait aussi me laisser me débrouiller seul. A 18 ans, au lieu d'intégrer le groupe espoirs du CNE, je suis resté une quatrième année à l'INSEP. Normalement, ce n'est pas comme ça que ça se passe, mais c'était le vœu de Louis Borfiga. Sur les tournois, j'étais seul. J'ai dû attendre 19 ans pour obtenir mon tout premier point ATP. C'est long…Et puis au cours de l'été, ça s'est décoincé, j'ai remporté deux titres en Future et perdu une finale. La confiance était enfin dans mon camp. Au classement, j'ai fait un bond de 700 places ! Ensuite, j'ai été régulier, j'ai passé quelques tours par ci par là. Mais ce qui a changé, c'est le gros travail que j'ai accompli pendant l'hiver. Mon problème, c'est que je ne voulais faire que des matchs. J'ai fait des saisons de plus de 100 matchs. J'ai toujours eu un bon cœur et une bonne endurance, mais il fallait que je bosse physiquement. La "muscu", je n'y allais pas toujours (rire). Et puis je devais faire du panier, taper des balles, encore et encore. Depuis que je suis tout petit, les séances de panier, ça me donnait la nausée… Mais comme ma croissance était achevée, ça m'a décidé à me mettre sérieusement à bosser. Et j'ai senti la différence…Tous les jours, j'étais à fond. C'était une première pour moi.

Votre année 2004 a donc été remarquable, puisque vous êtres grimpé au 174e rang…

Pendant les huit premiers mois, j'ai été très régulier. Je crois que je n'ai pas concédé une seule "contre". Enfin, j'arrivais à rivaliser avec des joueurs comme Jérôme Haehnel, ou Marc Gicquel. Avant, quand je jouais contre un gars proche des 100 premiers, c'était souvent une boucherie… En ayant commencé par des Future, je crois que c'était difficile de faire mieux pour moi.

Mais le grand public vous a surtout découvert en 2005, et notamment à Marseille où vous avez éliminé au premier tour Thomas Johansson, 20e mondial et vainqueur d'un tournoi du Grand Chelem…

La saison avait commencé fort avec ma victoire au Challenger de Nouméa. Là encore, j'ai beaucoup bossé physiquement au cours de l'hiver. Et début janvier, je gagne un 75 000 dollars ! J'avais beaucoup mis l'accent sur le renforcement du haut du corps. Aujourd'hui, enfin, je suis capable de servir fort pendant tout un match. Et puis après, il y a eu Marseille. C'était vraiment fort. Premier tournoi du grand circuit, premier "top 20". Et en fait, je n'avais pas peur. Passer par les "qualifs" m'avait mis en confiance. Bon, j'étais persuadé de pouvoir rivaliser avec ces gars-là. A l'entraînement, je tapais avec Paul-Henri Mathieu ou Nicolas Escudé et je voyais que j'étais à la hauteur. Mais voir des copains que sont Gaël Monfils ou Jo-Wilfried Tsonga briller à Bercy en 2004 m'avait convaincu que c'était possible.

Aviez-vous eu le sentiment d'entrer dans un autre monde ?
Pas vraiment. Les médias semblaient considérer que je venais du nulle part, mais moi j'avais le sentiment d'être à ma place. Je n'étais pas une "découverte" pour les autres joueurs français ou les entraîneurs. Les journalistes, le public ne connaissaient peut-être pas mon jeu, mais sans vantardise, je savais que j'avais le potentiel pour rivaliser à ce niveau. Ceux qui me connaissent savent que je suis capable du meilleur… et du pire.

Quelles vont être les prochaines étapes de votre progression ?
Je suis persuadé que si j'arrive, par exemple, à être 50e mondial, je n'aurais pas trop de difficultés à me maintenir à ce rang. Le problème, c'est que pour y parvenir, vous ne pouvez pas vous contenter de quelques bonnes victoires. Après, cela vous ouvre la porte de tous les tournois. C'est plus confortable. On le sait, et c'est pour ça qu'on peut se crisper, non pas à cause du niveau de l'adversaire, mais des éventuelles retombées d'une victoire, en terme de points.

Et en termes de jeu, vers quelle voie allez-vous axer votre travail ?
Je peux me débrouiller sur toutes les surfaces, même si je manque de puissance. Jérôme (Potier) voudrait que je sois encore plus rigoureux à l'entraînement, afin que je puisse tenir un bon niveau jeu tout au long de l'année, et pas seulement par séquences.

Gilles Simon vainqueur d'un grand tournoi, c'est possible ?
J'ai la prétention de pouvoir dire que je peux gagner des grands matches. Gagner un Grand Chelem ou un ATP Masters Series, par contre (rire) ! Il faudrait d'abord que je sois plus régulier, et que je m'installe autour de la 50e place pour être confronté toutes les semaines aux meilleurs. Mais quand je vois que Florent Serra à remporter un titre, à Bucarest, ça me donne des idées. Florent, je l'ai battu cette année !

Qu'est-ce qui vous fait rêver ?
Quand j'étais petit, mon rêve, c'était de jouer sur un grand terrain. Le "central" de Roland-Garros…Je n'aurais pas peur, avec le public derrière moi en plus. J'ai disputé mon premier "Roland" en 2005, mais c'était face à un Français (Olivier Patience), sur le court n°17, et je n'ai pas ressenti de magie autour de l'événement. J'aurais préféré le tirage de "Jo" (Tsonga), qui a joué Roddick. Mon truc, c'est ça, c'est de breaker Roddick ou un Safin sur le central de Roland-Garros. Un jour peut-être…

 

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SIMON AU-DELÀ DE SES FORCES
Après quatre heures et treize minutes passées à emberlificoter le jeu filou du Chilien Massu (61e), Gilles Simon s’est allongé pour le compte au bord du court. Transporté jusqu’en salle de massages en état d’hypotension, il eut juste le temps d’envoyer un SMS à son entraîneur, Jérôme Potier : « Viens, ça ne va pas bien. » Et, quand ce dernier arriva, il trouva son poulain… endormi. « Oh là là, il n’est pas bien du tout, plaisanta l’entraîneur. Mais Gilles n’est pas un génie de l’alimentation, et s’il a des qualités de fond exceptionnelles, il ne les entretient pas trop. Et comme il n’a pas l’habitude de matches en cinq sets, ça donne des choses bizarres… Heureusement, c’est un vrai matcheur. Et quand il ne pleure pas sur un court, c’est vraiment très bien ce qu’il peut faire. »
Hier, après avoir jonglé avec Nicolas Massu pendant les deux premiers sets par une alternance de balles cotonneuses et d’accélérations subites, Simon a fini par l’écoeurer en puisant les dernières gouttes de résistance dans la manche ultime. Conquis par le jeu déroutant de ce Français si difficilement débordable, Guy Forget exultait auprès d’Arnaud Clément à la fin de la rencontre.« Ce type est un génie ! Tu aurais vu comme il a eu Massu au bluff… »

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ON ATTENDAIT Gasquet et Monfils et on redécouvrira Gilles Simon et Julien Benneteau. Imités par un Fabrice Santoro plus fringant de jamais, ces deux jeunes gens, sortis des qualifications, ont gagné hier un deuxième match pour tripler déjà le nombre de Français qualifiés pour le troisième tour par rapport à l’année passée.

La palme revient à Gilles Simon, freluquet de vingt et un ans, dont les deux cuisses réunies pèsent moins qu’un des jambons de Serena Williams. À peine remis du malaise qui avait conclu les 4 heures 13 minutes de cavalcades nécessaires pour terrasser la médaille d’or d’Athènes, Nicolas Massu, il a rendu fou Tomas Berdych, l’impressionnant vainqueur du dernier tournoi de Bercy. Avec son air de ne pas y toucher et son jeu tout en toucher, Simon mit le Tchèque obtus à la torture. Derrière sa gueule de héros de sitcom pour midinettes, se dissimule un cerveau fait pour le tennis et un oeil d’horloger capable de radiographier au premier coup d’oeil les rouages de la mécanique adverse.

Longtemps en retard de croissance, encore très frêle pour son âge, Simon rappelle un peu par son style Miloslav Mecir ou Olivier Mutis, ces virtuoses du contretemps, avec plus de vitesse de balle que le Slovaque dans ses accélérations et plus de gnac que le Lorrain. Car, sous son air nonchalant, voire désinvolte, Simon est un bagarreur. Fatigué par son premier match, connaissant le goût de Berdych pour la cadence, il avait décidé de ne donner aucune intensité au match, ni par ses coups ni par son attitude. Le Tchèque tomba dans le piège. Agacé par les variations brutales de vitesse, horripilé par le zigue d’en face, il ne retrouva son tennis que très brièvement pour gagner le troisième set, mais la rechute le guettait au quatrième. Par cette victoire, Simon a atteint l’objectif primitif de sa carrière, entrer dans les cent premiers mondiaux. Il aura l’occasion de gravir quelques rangs supplémentaires s’il bat Thomas Johansson demain.

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Simon empêché
Le Français n’a jamais trouvé le bon tempo pour endiguer le déboulé de Thomas Johansson.

GILLES SIMON a pris du professeur Thomas Johansson « la leçon » qu’il estimait n’avoir encore jamais reçue d’un de ses pairs. Sèchement éliminé (6-3, 6-2, 6-1) par l’ancien vainqueur du tournoi (2002), le jeune Français est passé vendredi par toutes les épreuves : une attente dans les vestiaires (due à l’application du règlement sur les températures extrêmes), une première approche du Show Court no 2 (finalement avortée), un retour sur le même terrain quelques minutes plus tard, une interruption de la rencontre après cinq jeux (à cause d’une ondée prolongée), un transfert vers la Vodafone Arena et cette défaite, nette, carrée, implacable. Mais son humeur et son franc-parler n’en étaient pas pour autant affectés. « Nos mises en jeu n’étaient pas au même niveau, admit-il de bonne grâce. Au niveau du service et du retour, il n’y avait pas photo. Je n’ai pas réussi à lancer l’échange. J’avais l’impression que trois points par jeu n’étaient pas disputés… C’est dommage parce qu’en fond de court, j’étais à la hauteur. Mais je n’ai jamais trouvé le bon rythme. »

À juste titre satisfait de sa tournée dans le Pacifique, Simon pointait du doigt les faiblesses qui le cantonnent encore dans l’antichambre des grands. « Tout part du physique, et il est clair que j’ai du pain sur la planche, dit-il. Je pense avoir naturellement une bonne résistance, mais les matches en cinq sets, c’est autre chose. C’est très dur physiquement, que ce soit au niveau des conditions de jeu, de l’intensité et de la qualité de l’opposition. Il va falloir que je me renforce dans le bas du corps. Le problème, c’est que je pars de zéro… Ça va être long, ça va être dur, mais il faudra bien y arriver. »

Avant de penser à l’avenir, le Français souhaitait aussi savourer le présent : « Il ne faut pas me laisser pourrir par cette défaite. Je ne veux pas me laisser abattre. J’ai quand même gagné dix matches d’affilée (cinq au Challenger de Nouméa, cinq à Melbourne), je suis convaincu de ce que je suis capable de faire avec une raquette. Pendant un mois, j’ai su garder une intensité de concentration. C’est ma principale satisfaction. Je suis sur la bonne voie. » Elle le mènera dans les prochaines semaines à Andrézieux et Wroclaw (deux challengers), puis sur les qualifs de Marseille et de Rotterdam.
VINCENT COGNET - L'Equipe, janvier 2006
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Simon si spécial
À vingt et un ans, le Français au jeu atypique a fait tourner la tête de Berdych, dernier vainqueur de Bercy.

C’EST UN OBJET tennistique non identifié que venait de rencontrer un Berdych, tout aussi déboussolé après le match qu’il l’avait été sur le terrain. Un joueur malingre mais résistant, aux coups alternativement cotonneux et puissants, venait de le faire tourner en bourrique en tricotant un étrange scénario. « Pffff, grommelait le Tchèque, comment voulez-vous rester dans le tempo avec quelqu’un comme lui ? Il est un peu comme ces Français qui donnent l’impression de jouer en… (les bras ballants, il mime une allure totalement nonchalante). Il plante trois gros services, puis sert à la vitesse de quelqu’un qui lance la balle à la main. Il donne l’impression d’être crevé, et sort des coups sortis de nulle part… » Mais pour une fois, Gilles Simon n’avait pas bluffé : l’homme du circuit qui compte le plus de victoires en 2006 (10), quatre de plus que Federer, était lessivé. Après avoir fait tourné ses menus mollets jusqu’à l’épuisement face à Massu lundi, il avait prévu de temporiser pour voir de quel bois se chauffait l’impétueux rookie tchèque. Heureusement, ce dernier était de bonne grâce, bien bêta de n’avoir pas compris qu’il suffisait de faire courir le Français aux jambes en béton.

« Berdych n’a pas énormément réfléchi et m’a bien aidé, rigolait Simon. Pendant tout le match, j’espérais que ça allait continuer comme ça, qu’il allait m’offrir des jeux à quatre fautes directes, à mettre ses mites dehors et à s’énerver tout seul. Et je me suis appliqué à ne surtout mettre aucune intensité tout au long du match ! »

Malin et teigneux


Au terme d’une partie finalement aussi insolite que lui, les digressions bavardes du garçon venaient confirmer son sens aigu de l’analyse. Son air très juvénile, dernière manifestation d’un retard de croissance estimé à deux ans, peinait à cacher une personnalité bien trempée.« Je suis atypique, reconnaissait-il sans fard. Personne ne sait vraiment qui je suis, pas même moi. Comme tout le monde, je suis capable du meilleur comme du pire, mais dans les extrêmes… »

Porté par des dons naturels propices à certains relâchements, Gilles Simon n’est sûrement pas toujours facile à appréhender par son environnement. Son apparente désinvolture peut déconcerter ceux qui n’ont pas compris qu’il pouvait se montrer teigneux dans l’effort. Il est assez têtu pour ne pas toujours suivre les bons conseils. « Je sais que Jérôme (Potier, son coach) me prend pour un touriste au niveau du travail foncier. C’est vrai que ce n’est pas très normal de ne plus pouvoir marcher après un match de premier tour. Pour lui, il faudrait que je travaille plus. Mais j’ai des périodes, et parfois, ça me gonfle ! Je n’arrive pas toujours à mettre la même intensité à l’entraînement qu’en match. Si je rate un revers, ce n’est pas grave, j’en aurai encore trente à tenter… »

On imagine les dialogues orageux avec son entraîneur, qui n’est pas le dernier pour piquer au vif les élèves turbulents. « C’est dommage, Gilles n’est plutôt pas bosseur du tout, faisait semblant de regretter Potier, hier. Il a tant de qualités naturelles qu’il n’a pas pris l’habitude de travailler. Pourtant, il a des possibilités : il développe un meilleur rapport poids-puissance qu’Ascione (surnommé le Beef) ! Mais attention, c’est un talentueux, un malin et un teigneux. Et surtout, il a arrêté de pleurer. Quand il ne raconte pas sa vie sur un court, ça devient bien meilleur. » Tenace, Gilles Simon a pris son temps pour acquérir cette forme de maturité. Leader voilà deux ans du classement ATP du plus grand nombre de matches joués (120 !), il n’avait pas non plus hésité à tester l’an dernier durant trente-sept tournois (84 matches) ses aptitudes retorses au changement de rythme. Et s’il n’avait pas pu percer en junior à cause d’une charpente qui tardait à se construire, il a fini par dérouter des adversaires de plus en plus haut placés dans la hiérarchie.

« Ce qui me manquait jusqu’à maintenant, c’était la régularité, précisait-il hier. J’arrivais à battre pas mal de garçons dans les cinquante premiers. À côté, je perdais dans des premiers tours de Challenger. Et si je ne suis pas surpris d’avoir pu battre des joueurs comme Massu ou Berdych, je suis tout de même étonné d’arriver à tenir mon niveau de jeu. » Du coup, impayable avec son franc-parler ravageur, il pouvait envisager un avenir radieux. « Est-ce que je me fixe des limites ? Pour l’instant, je vous dirais non. »
FRANCK RAMELLA - L'Équipe 2006
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Premier match contre Nadal au 2e tour
Fin du 1er set
Fin du match
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Premier carré pour Simon
Gilles Simon s’est qualifié hier pour les demi-finales du tournoi de Valence, en Espagne. C’est la première fois que le jeune Français (21 ans, 86e ATP) atteint ce stade de la compétition. Mené 6-3, 4-2, balle de double break, avant de s’imposer 3-6, 7-5, 6-3 au deuxième tour contre Davide Sanguinetti (52e), Simon a parfaitement négocié hier son quart de finale contre Andreas Seppi (54e, 7-6, 7-6). « J’avais raté ma tournée américaine sur dur (trois matches, trois défaites), alors que le ciment reste ma meilleure surface, mais je ne fais aucun blocage sur terre, assurait hier Simon. Depuis mon retour de Miami, ça faisait deux semaines que je m’entraînais bien et que j’avais hâte de reprendre la compétition. Contre Seppi, je n’ai rien fait d’incroyable mais je suis resté solide, je ne l’ai pas lâché de tout le match. » Simon est déjà assuré d’occuper lundi le meilleur rang de sa carrière (tout près de 70e). Quant au prix d’une place en finale ? Une victoire aujourd’hui contre Fernando Verdasco.

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Simon s’affirme

À vingt et un ans, le jeune Français disputera aujourd’hui sa première finale sur le grand circuit contre l’Espagnol Nicolas Almagro.

« C’EST NORMAL, comme il a joué toute la semaine avec moi, le coup droit de Verdasco ne pouvait pas le gêner ! » Toujours enclin à la plaisanterie, Jérôme Potier, entraîneur de Gilles Simon et gaucher comme l’Espagnol, buvait du petit-lait, hier, après la victoire du Français sur Verdasco en demi-finale du tournoi de Valence (6-2, 7-6). Seule petite déception, pour sa première finale d’un tournoi du « grand » circuit ATP (la quatrième d’un Français cette saison), Simon ne rencontrera pas Marat Safin comme il l’espérait, mais un autre jeune Espagnol, Nicolas Almagro, vingt ans et 77e mondial. Servant à 4-3 dans le troisième set du match qui opposa un peu plus tard les deux hommes, le Russe s’est en effet donné une entorse à la cheville gauche, terminant la rencontre sur une jambe (6-2, 2-6, 6-4).
Déjà vainqueur des Italiens Davide Sanguinetti (52e ATP) et Andreas Seppi (54e ATP) aux tours précédents, Simon (86e ATP) a réussi une nouvelle perf en demi-finale puisque Verdasco (34e ATP) le devance de plus de cinquante places au classement. Il la doit avant tout à sa grande lucidité sur le court. Poids léger, très mince, il savait ne pas pouvoir rivaliser en puissance avec un adversaire deux fois plus musclé que lui. Il décida donc de miser sur la patience pour l’emporter : « J’ai vu assez tôt qu’il n’arrivait pas à me déborder et qu’il avait tendance à s’énerver, précisait-il. Vers la fin du premier set, il s’est mis à beaucoup donner. »

« Rusé comme un renard »

Ces cadeaux de l’Espagnol lui permirent ainsi de remporter les trois derniers jeux du set. Le deuxième démarra moins bien avec un break cédé à 3-1,mais repris à 4-4. L’Espagnol échappa à une première balle de match à 5-4, quand le Français sortit un revers dans l’échange, mais il s’inclina au tie-break en sortant lui-même deux revers de suite, après que Simon se fut assuré un petit avantage en enchaînant, par surprise, service et volée pour mener 5 points à 4.
« Il est déjà rusé comme un renard, s’amuse Potier, il ne lui manque plus que la force du bison ! » Entre coach et joueur, le débat porte depuis longtemps sur la quantité des efforts à l’entraînement, comme le reconnaît très sincèrement Simon : « C’est vrai que je préfère de loin les matches... » Mais dix jours de boulot intensif au retour d’une tournée américaine plutôt ratée semblent lui avoir fait du bien : « Il a un excellent coup d’oeil, il est très rapide et endurant, constate Potier, il ne lui manque que de la puissance dans les jambes. Une fois qu’il l’aura, on pourrait avoir des surprises avec lui. »
On en avait déjà eu en début d’année quand Simon avait battu Nicolas Massu puis Tomas Berdych pour atteindre le troisième tour de l’open d’Australie au lendemain d’un succès au tournoi challenger de Nouméa. Une victoire aujourd’hui n’en constituerait pas vraiment une car, entre Almagro et lui, l’écart au classement n’est pas assez grand pour être significatif. « Je ne l’ai jamais rencontré, mais je le connais bien, explique-t-il. Il est très puissant des deux côtés et pas facile à manoeuvrer. » L’Espagnol est aussi enthousiaste. Un peu trop même au goût de Marat Safin, qui refusa de lui serrer la main à la sortie du court. Le cri de joie d’Almagro après avoir égalisé à 4-4 au troisième set, juste après sa blessure, lui avait à l’évidence percé les oreilles.
PHILIPPE BOUIN

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Simon dépassé
Le Français n’a pas su négocier la première finale de sa carrière.
EH OUI ! GILLES SIMON dispose peut-être de la ruse proverbiale du renard, mais il n’a pas encore la force du bison, comme le regrettait son entraîneur, Jérôme Potier, samedi. Le portrait animalier s’est vérifié cruellement, hier après-midi à Valence, à l’occasion de la première finale du Niçois (vingt et un ans) sur le circuit principal. Débordé par la puissance de l’Espagnol Nicolas Almagro, vingt ans et 77e ATP, Simon a d’abord dérouillé dans un premier set perdu 6-2, qu’il qualifia après-coup de « carnage ». Breaké d’entrée de seconde manche, il rééquilibra pourtant peu à peu le rapport de force en décidant – enfin – de se secouer. « Au début, je pensais juste à mettre la balle dedans, histoire de me régler, expliqua-t-il. Mais j’aurais dû me rendre compte plus tôt que ça ne servait à rien de temporiser. » Sur le tard, Simon accepta moins de subir, mais vendangea plusieurs occasions de chiper le service d’Almagro, un terrien d’Espagne, lifteur, solide et cavaleur. Après une heure dix-huit de bataille à armes inégales, Simon s’inclina (6-2, 6-3) et laissa son bourreau recevoir une jolie ovation récompensant un parcours épatant au cours duquel il bordura notamment Ferrero et Safin. Le tout après être sorti des qualifications ! Promu ce lundi au meilleur classement de sa carrière (autour de la 70e place), regonflé après une tournée américaine « bien pourrie », Simon devait s’envoler, ce matin aux aurores, vers Monte-Carlo, où une wild-card lui donnait le droit d’entrer dans le tableau (il affrontera le qualifié russe Gabashvili). « Maintenant, j’ai davantage d’ambitions, dit-il. Avec mon classement, je vais devoir affronter régulièrement des mecs du top 50. Je pense que j’ai le niveau pour m’ensortir et enmêmetemps je sais aussi que je suis capable de prendre des taules contre ces types-là. » – F. Be.

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GILLES SIMON, vainqueur de Berdych, se plaît à déstabiliser ses adversaires avec son jeu atypique. 

Révélé par une victoire sur le Tchèque Tomas Berdych au dernier Open d’Australie, Gilles Simon a profité d’une nouvelle rencontre avec le vainqueur du Masters de Bercy pour se hisser au troisième tour. En utilisant son endurance naturelle et sa science du jeu. Finaliste dimanche du tournoi de Valence, le jeune Français (vingt et un ans) a dû puiser dans ses ressources, hier, pour s’en sortir en trois sets (7-6, 6-7, 6-4). Ce stakhanoviste des tournois, qui n’est pas un foudre d’entraînement, n’en est pas à un paradoxe près. 

« ÇA A ÉTÉ LONG et douloureux…

Au troisième set, j’étais fatigué, je ne me voyais pas sortir en vainqueur. C’est mon septième match en dix jours, physiquement, c’est très dur. J’ai été breaké le premier, mais comme on était assez proches, je me suis accroché et j’ai exploité sa première baisse de régime.
– Vous aviez déjà fait des misères à Berdych à l’Open d’Australie.
– J’ai beaucoup moins bien joué cette fois. J’avais trop de mal à frapper dans la balle. Je me contentais de la remettre doucement, puisqu’il n’aime pas ça. Il avait du mal à terminer les échanges. Mais, au contraire de l’Australie, je n’ai pas été capable de lui planter des accélérations.
– La récupération devient primordiale. Comment allez-vous vous préparer à affronter Ivan Ljubicic ?
– Les massages, c’est non. Je vais me reposer à l’hôtel. De toute façon, Ljubicic n’est pas le joueur le plus physique du tournoi. Ça va se jouer en très peu de frappes, donc physiquement, ça devrait aller. Mais, bien sûr, ça sera très dur de gagner, parce que c’est l’un des tout meilleurs joueurs du monde.
– À quel moment, cette saison, avez-vous senti que vous franchissiez un cap ?
 – J’ai eu une première bonne surprise en Australie (il avait atteint le troisième tour). J’ai très bien joué. Je me suis agréablement surpris. Mais à l’opposé, lors de la tournée aux États-Unis, malgré une impression de bien jouer, je n’ai rien fait de bon. J’ai enchaîné plusieurs défaites dans les premiers tours, c’était pas très drôle. J’ai été obligé d’admettre que je n’étais pas tant au niveau que ça. C’est pour ça qu’il était important que je retrouve le chemin de la victoire.

« Depuis tout petit, je suis un “matcheur” »

– Est-il vrai qu’il y a une affiche au Centre national d’entraînement à Roland-Garros qui dit : “Pour Gilles, le gymnase, c’est par là !” ?

– Ça, c’est une vanne de “Jéjé” (Jérôme Potier, son entraîneur). Je n’ai pas la réputation d’être un gros bosseur mais c’est de moins en moins justifié. De toute façon, j’ai connu un développement physique très tardif et je n’aurais pas pu encaisser cette dose d’entraînement. Après, j’ai toujours préféré la compétition. Depuis tout petit, je suis un “matcheur”. J’ai eu le record du plus grand nombre de matches joués sur le circuit en 2003 ou 2004 avec 120 matches. Ça a surpris tout le monde. Moi, ça me paraît normal. J’ai l’impression que depuis l’âge de dix ans, je fais des saisons à rallonge. Ceci dit, c’est vrai que l’entraînement, c’est quelque chose que je n’aime pas forcément, tout en me rendant compte que ça sert beaucoup.
– Vous êtes un joueur toutes surfaces ou avez-vous une préférence ?
– Je peux jouer sur toutes surfaces, mais j’ai une prédilection pour le dur extérieur. Sur terre, je peux très bien jouer, mais j’ai du mal à y être constant. L’an dernier, j’ai eu du mal à maintenir un bon niveau de jeu sur deux mois.
– Sur le terrain, vous avez un côté joueur d’échecs.
– J’y ai joué, quand j’étais jeune. En général, je vois assez bien ce qu’il faut faire sur un court. Mais ça ne suffit pas. Encore faut-il avoir les coups pour l’appliquer. En finale à Valence, la semaine dernière, je voyais bien ce qu’il fallait faire, mais je n’y arrivais pas.
– On dit dans le milieu que vous êtes vraiment un joueur à part, avec un jeu bien particulier, qui énerve.
– Tant mieux si j’énerve. Mais je ne vois pas pourquoi. C’est vrai que je suis un contreur, mais je ne suis pas le seul. Non, franchement, je n’ai pas l’impression d’être un OVNI.
– Et maintenant, avez-vous des objectifs particuliers, pour ce qui est de votre classement, par exemple ?
– Non, non, je suis à un “sale” classement (il est soixante-neuvième). Il me faut 200 points de plus pour gagner dix places. L’objectif, c’est d’aller le plus loin possible dans les tournois. Comme ici, où j’ai bien exploité ma wild-card. »
PASCAL COVILLE, l'Equipe, 20.04.2006
Par Françoise - Publié dans : Interviews
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Une fin de match formidable a permis hier à Gilles Simon d’écoeurer Gaston Gaudio, le vainqueur de Roland-Garros 2004 !

HAMBOURG – IL EST PRESQUE 15 HEURES, hier à Hambourg, quand Gaston Gaudio serre la main de Gilles Simon. La poignée de main se prolonge, l’Argentin semble attendre quelque chose du Français. L’espérer, en tout cas. Quelque chose comme : « J’ai joué le meilleur match de ma vie. » Le Français ne lui offrira pas cette mince consolation.

Après avoir été mené 4-1 dans le troisième set par un solide Gaudio, neuvième mondial et vainqueur de Roland-Garros il y a deux ans, Simon vient de remporter les cinq derniers jeux du match au terme d’un festival offensif rarissime. Selon son adversaire, déjà peu enclin au sourire d’ordinaire et franchement énervé hier (au point de déchirer son short de rage, à 4-4 au troisième set !), pas de doute : le sort avait choisi son camp. Comment expliquer autrement que ce petit Français, armé de quatre allumettes à la place des bras et des jambes, ait réussi autant de coups gagnants sur les lignes ?

Hier, Gilles Simon a posé une nouvelle pierre sur l’édifice qu’il bâtit patiemment depuis des mois. Sa plus belle pierre. Parmi les cent meilleurs joueurs du monde, personne n’a autant joué que lui en 2006. Avec 43 parties disputées (qualifs et tournois challengers compris), « Game Boy », comme le surnomment les Belges du circuit à cause de son amour des jeux vidéo, a pour second… Roger Federer (41). Le ratio est certes moins impressionnant (32 victoires et 11 défaites contre un bon 38-3 ce matin pour le numéro 1 mondial) mais la progression plus fulgurante.
Matricule 124 au 1er janvier, Simon intégrera le club des 50 dès lundi. Une victoire aujourd’hui contre le grand serveur-volleyeur bélarusse Max Mirnyi, redoutable à Hambourg, lui permettrait d’atteindre à la fois son premier quart de finale en Masters Series et le poste honorifique de numéro 4 français à l’ATP, devant Richard Gasquet…

« Je sais qu’un jour, mon jeu d’attente ne va plus suffire. » Prononcée en février 2005 à Marseille où, pour la première fois, il avait franchi un tour dans un tournoi ATP, cette phrase de Simona pris tout son sens hier au cours d’une partie qui résuma à elle seule son joli début de carrière. D’abord tenir, puis piquer. « Ma priorité était de prendre beaucoup de plaisir et de jouer à fond pour voir où j’en étais, expliqua le Français après son match. Il a mené 3-1 mais j’ai vu tout de suite qu’il était nerveux. Je me suis concentré sur la cadence du fond et je me suis senti plus fort que lui jusqu’à 6-4, 1-0. Après, il s’est mis à ne plus rater, il a changé de catégorie et bien que j’aie continué au même niveau qu’avant, je me suis retrouvé mené 3-0 au troisième set. » Ça y était : son jeu d’attente ne suffisait plus…

À quinze ans, Simon mesurait 1,53 m. Son tennis s’est développé proportionnellement à son retard de croissance. Pas de service-volée, pas de coups surpuissants. Mais de la jugeote, de la vivacité et du délié dans la technique. La fluidité rappelle Mutis, le revers Escudé et la malice Clément. Le cocktail ne manque pas de saveur. Ni de talent. Gaudio le sait depuis cette fin de match d’hier… « À 3-0 pour lui, raconta Simon, quitte à perdre, je me suis mis à “mettre des sacs” (tenter des coups gagnants, selon le lexique ATP). Ils sont rentrés, c'était une bonne nouvelle. Et puis c’était super agréable parce que je ne frappais pas ces coups de dingue dont on se dit “celui-là, je ne le referai plus jamais” ; non, là, c’était près des lignes et ça me paraissait normal ! Franchement, même si j’avais pris 6-3 au troisième, j’aurais quand même considéré que c’était le meilleur match de ma carrière. » Gaudio aurait bien voulu entendre ça.
JULIEN REBOULLET – L’Equipe, 18.05.2006
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GILLES SIMON a encaissé de plein fouet la pression et perdu toute lucidité. Témoignage personnel après sa défaite 4-6 2-6 3-6 au premier tour contre Oscar Hernandez.

« JE N’ARRIVE jamais à jouer libéré dans ce stade. Depuis très longtemps. C’était déjà comme ça quand j’avais dix ans et que je disputais les Championnats de France. Cette année, je pensais que ça allait passer. J’étais en confiance, je m’étais préparé très sérieusement. Et, une fois de plus, ça m’a rattrapé sur le terrain… »
« Je ne joue pas particulièrement mal, mais je fais deux points horribles par jeu et ça suffit pour faire trois petits sets… Sur le court, je me sens perdu, je ne sais pas ce qui ne va pas. C’est terriblement frustrant. Par moments, j’ai réussi à jouer libéré. Mais d’un seul coup (et ça peut se passer n’importe quand), je voyais la balle arriver, je paniquais et je l’envoyais dans le mur. »
« J’ai mis deux sets et demi à me rendre compte qu’il fallait l’attaquer côté revers. En temps normal, dans un challenger pourri en Roumanie, je l’aurais remarqué en trois jeux… Je ne suis absolument pas lucide. Dès le début du match, j’ai fait de grosses erreurs sur un ou deux coups “limite”. Je crois que la balle sort, je la laisse passer, finalement elle rentre… Des trucs à la con comme ça ! Le mec se détache et je n’y arrive plus. Ce n’est pas que j’essaie pas. Au contraire, je m’applique, j’essaie de me relâcher, de ne pas m’énerver, de contrôler ce que je fais, mais je me plante. Prenons par exemple le coup droit d’attaque à mi-hauteur : c’est un des coups que je maîtrise le mieux sur terre battue. Je frappe fort et je peux mettre le mec à dix mètres. Aujourd’hui, j’ai dû en marquer deux et j’en ai mis quarante dans le mur. Franchement, c’est dur… »
« Sur le court, c’est un sentiment horrible. Je sais que je sens bien mes coups, que si je les frappe à l’entraînement au même endroit, à la même heure, je vais la mettre dedans. Là, c’est dehors… Après, c’est le cercle vicieux : plus on rate, plus on rate. Je ne suis même pas capable de dire si Hernandez a bien joué ou pas. C’est comme si j’étais là et pas là à la fois… Maintenant, il me reste le mixte. Puis ce sera la saison sur herbe. Je ne peux avoir que de bonnes surprises. J’en attendais une ici, elle n’est toujours pas là… »

L'Equipe

Par Françoise - Publié dans : Interviews
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En progression constante, Gilles Simon s'entraîne dans la cellule de Jérôme Potier depuis deux ans et demi : «Il progresse normalement, il est jeune. Quand il est arrivé, il était 250e, puis il est monté 160e, il poursuit son bonhomme de chemin. Dès qu'il comprend les choses, ce qu'il faut travailler et qu'il est convaincu, cela va vite.» Quant au dillettantisme supposé de son élève, le coach explique son fonctionnement : «Il faut lui faire comprendre que s'il travaille, il va progresser, il va monter haut. Il a de l'ambition. Une fois qu'il comprend, il se rend compte que ça paie. Il voit un peu les autres et il a des qualités dans le travail. Dès qu'il commence, il est tout de suite en situation de réussite. On a l'impression que c'est une ablette mais il n'est pas nul physiquement. Dès qu'il fait quelque chose, ce qu'il fait est plutôt bien, donc il a une certaine motivation. Il faut lui mettre une carotte, un paquet de chocapic (sic).»
L'Équipe, octobre 2006

Par Françoise - Publié dans : Articles
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