Interview pour le site www.welovetennis.fr

quelques jours avant la fin du tournoi de Bercy

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Avant de s'envoler ensemble pour la Masters Cup de Shanghaï, Jo-Wilfried Tsonga et Gilles Simon ont fait escale à Roland-Garros. Reportage.

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C'est une histoire de persévérance qui commence en 1998 au centre d'entraînement de la Fédération française de tennis, en banlieue de Paris.

À la surprise générale, l'entraîneur Louis Borfiga sélectionne un jeune adolescent frêle dont les résultats ne sont pourtant pas dignes de son centre d'entraînement. Son choix est fortement contesté au sein de la Fédération. À l'époque, Gilles Simon n'impressionnait personne sur un terrain de tennis du haut de ses 5 pieds 2 pouces. «Il y avait d'autres joueurs meilleurs que lui à l'époque, mais je l'ai sélectionné et je l'ai gardé pendant cinq ans, car je croyais qu'il deviendrait un bon joueur de tennis une fois sa période de croissance terminée», explique Borfiga, aujourd'hui vice-président de la haute performance à Tennis Canada.

Entre 14 et 19 ans, Gilles Simon se fera bardasser à l'entraînement par les Jo-Wilfried Tsonga et Gaël Monfils. Au contraire de ses partenaires d'entraînement, Simon ne gagnera pas l'Orange Bowl ni des tournois du Grand Chelem chez les juniors. Il ne participera qu'à un seul tournoi junior du Grand Chelem - Roland-Garros, où il s'incline au premier tour.


«Gilles n'avait pas le niveau pour qu'on l'amène à Wimbledon ou au US Open chez les juniors, se rappelle Louis Borfiga. Il était tout petit, tout frêle. Son physique faisait en sorte qu'il pouvait difficilement rivaliser avec les autres. Sa première balle de service était moins rapide que la deuxième balle de Tsonga. Il a été forcé de développer d'autres qualités, comme son intelligence du jeu. Ce fut difficile pour lui de voir les autres connaître du succès, mais ça lui a forgé un caractère. Il voulait prouver à tout le monde qu'il pouvait réussir.»


À 23 ans, Gilles Simon a déjà réalisé ses rêves tennistiques les plus fous. Cette semaine, il conclura une année exceptionnelle en participant à la Coupe Masters, réservée aux huit meilleurs joueurs au monde. Celui qui a commencé l'année au 30e rang mondial est l'un des trois seuls joueurs à avoir battu à la fois Rafael Nadal, Roger Federer et Novak Djokovic cette année (les deux autres, Andy Murray et Andy Roddick, sont aussi à Shanghai).


«Gilles a déjoué tous les pronostics, dit Louis Borfiga. Plus jeune, mon but était d'en faire un joueur du top 100 malgré son physique limité. Il est devenu encore meilleur que ce que j'avais imaginé. Il est la surprise de l'année sur le circuit masculin, et aussi la plus grande surprise du tennis français depuis 15 ans.»


Comble de l'ironie, Gilles Simon a brièvement occupé le premier rang français cet automne - devant ses anciens partenaires d'entraînement Tsonga et Monfils mais surtout devant Richard Gasquet, jadis surnommé le petit Mozart du tennis français. Même s'ils ont choisi le même métier, Gasquet et Simon ne pourraient mener des vies plus différentes: le premier a été étiqueté comme le sauveur du tennis français à 9 ans alors que le second a pratiqué son sport préféré dans l'anonymat le plus complet jusqu'à cette année. «La notoriété peut servir et desservir, a dit Simon récemment au quotidien Le Monde. Je pense que Richard Gasquet serait mieux classé s'il n'avait pas dû vivre depuis son plus jeune âge avec la pression. Il serait probablement plus heureux, aussi.»


Gilles Simon a gagné trois titres de l'ATP cette année à Casablanca, Indianapolis et Bucarest, mais c'est à Toronto qu'il a disputé son match le plus mémorable: une victoire contre Roger Federer au deuxième tour de la Coupe Rogers. Cette défaite allait forcer Federer à céder son premier rang mondial à Rafael Nadal quelques semaines plus tard. «On avait discuté la veille du match et Gilles m'avait dit: «Demain, je vais gagner contre Federer». Ça ne m'a pas étonné, dit Louis Borfiga. Cette détermination, c'est tout à fait Gilles.»


Même s'il roule sa bosse dans le top 100 mondial depuis bientôt trois ans, Gilles Simon n'a jamais mis les pieds au stade Uniprix de Montréal. À moins d'une blessure, le nouveau chouchou du tennis français fera ses débuts en sol montréalais à la Coupe Rogers l'été prochain. «Les Québécois vont l'adorer, car il sourit toujours sur le terrain, croit son ancien entraîneur Louis Borfiga. Gilles est aussi un bel exemple pour les jeunes joueurs de tennis. Il est la preuve qu'on n'est pas obligé d'être le meilleur junior pour connaître une belle carrière. Quand on persévère, on peut y arriver.»


Vincent Brousseau-Pouliot, La Presse, 10 novembre 2008

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L’étoile du chétif

PAS POUR RIEN qu’il aimait Chang, Gilou, haut comme même pas deux pommes. Si chétif qu’il lui fallut bien compenser ses trois ans et demi de retard face à ceux de sa catégorie pour ce qui sera le grand combat de sa vie. Oui, trois ans et demi de retard face à ceux de son âge, un à cause du passeport (1) et les trente autres mois pour retard de croissance… Venu au tennis à six ans pour participer au hobby familial du dimanche, l’asticot de Fontenay-sous-Bois (prière de ne plus dire le Niçois, mais le Fontenaisien, donc) n’aura jamais eu le look de l’emploi. « Gilles, il fallait le voir pour le croire », synthétisera Aloïs Beust, son premier entraîneur à Roland-Garros. Un jour, il tomba dans les pommes à l’INSEP, et Olivier Soulès, le formateur, le ramassa presque d’un doigt. « Je me souviens encore de l’impression que ça m’avait fait, tellement il était léger. Un vrai poids plume. »

Qu’il ait survécu à la sélection naturelle tient du miracle. « Lors d’un rassemblement des dix ans de la Ligue du Val-de-Marne, Gilles n’avait pas été retenu dans les seize meilleurs, se souvient Dominique Simon (un homonyme), toujours CTR de cette Ligue. Quelqu’un m’avait dit : ‘’Tout le monde le prend pour un épicier.’’ » Sans coup inouï et avec un tel déficit de puissance, pas facile de lutter : quatorze ans, 1,52 m, 38 kg… « Tout le monde lui reprochait son jeu de défense. Mais comment pouvait-il faire autrement ? », demande sa mère, Mireille.

Mireille, sa maman: Avec les vexations qu’il a subies, j’ai trouvé que le sport élitiste était parfois très cruel.

RAYÉ DES LISTES de l’Orange Bowl, inconnu au bataillon des juniors, pas toujours retenu dans les sélections nationales, lui-même compliquait la perception avec un acharnement légendaire à faisander les entraînements dès ses premiers coups de raquette sérieux. « Dilettante, touriste », tranchaient ceux qui n’auront rien compris. La maman était celle qui en souffrait le plus : « Il a été mis en doute. À un moment donné, on lui a dit des choses très dures. Avec les vexations qu’il a subies, j’ai trouvé que le sport élitiste était parfois très cruel. Quand il était jeune, j’ai cru à un moment donné qu’il poserait les raquettes. Il l’a fait… huit jours. » Huit jours ? Le chiffre paraît excessif tant Simon arpentera jour et nuit les tournois du Val-de-Marne, de France et du monde sans jamais vouloir s’arrêter, comme obnubilé à trouver la solution concrète à ses frustrations centimétriques.

Moyenne annuelle ? 120 matches. Pure folie. « On s’était même fait tancer par la DTN quand ils avaient appris ça », se souvient Dominique Simon. Blindé par l’opinion négative de certains, conditionné dans son jeu de malices par les tours de passe-passe qu’il devait exécuter pour annihiler la puissance adverse, Simon le joueur finit par passer le cut à chaque échelon. Au Pôle France de Poitiers, à l’INSEP puis au CNE de Roland- Garros, chacun des cadres fédéraux vit débarquer ce drôle d’hurluberlu stakhanoviste ultra convaincu par la justesse de sa tactique. « Gilles, on se demandait parfois comment il pouvait faire pour faire avancer la balle, raconte Dominique Poey, alors responsable à Poitiers. Mais il était séduisant. Avec son intelligence et sa technique, ça pétillait. Il avait quelque chose, il te donnait envie. » « C’est vrai que la question se posait de savoir si on allait le garder ou pas à l’INSEP, poursuit Olivier Soulès. Mais, avec Borfiga, on a poussé en sa faveur parce qu’un matcheur pareil, on en avait rarement vu! »

Il se construisait pas à pas, paré dans sa tête à faire la nique à la terre entière.

MAIS QUE N’AVAIT-ON PAS VU d’incroyable chez ce Fontenaisien si bluffant ? Tout petit, il aimait finir tous ses matches sur une volée. Frondeur, déjà, lui qui ne montait jamais. Plus tard à l’INSEP, on le verra se promener avec ses bouquins de logique, concrétisation d’un héritage familial légué par un père matheux et une mère médecin, professant l’équilibre par l’éclectisme. Le frère aîné avait touché au golf et au saxo avant de finir ingénieur en travaux publics ; Gilles, lui, manoeuvrera le piano jusqu’au conservatoire et au lycée jusqu’au bac S, avec cette ouverture d’esprit désormais légendaire. « Gilou, c’était un espiègle qui pouvait faire deux choses en même temps, brosse encore Dominique Simon. Je lui demandais : ‘’Tu peux me regarder ?’’ Il me répondait : ‘’Non, je t’écoute.’’ Il me fait penser à Kaa, le serpent dans le Livre de la jungle, il t’endort. Déjà il fallait qu’il soit mené, qu’il soit dans le dur. »

Version rapetissée de l’homme qui parade à Shanghai, Simon se construisait pas à pas, classement par classement, paré dans sa tête à faire la nique à la terre entière. Jamais il ne recevra de wild card. Dans l’ombre, il s’escrimait dans son année de tournois Futures, puis dans son année de tournois Challengers. Sans douter, jamais. « La première fois que je l’ai vu, c’était à Doha en 2003 quand j’entraînais Seb Grosjean, et que lui disputait les qualifs, se souvient Thierry Tulasne, aujourd’hui son coach. Il n’avait pas de poils, il était tout frêle ! Mais il s’intéressait à ce qu’on faisait, et j’ai vite vu que sa personnalité n’avait rien à voir avec son gabarit. Il a eu une autorité surprenante quand il a commencé à jouer au tarot avec nous, par exemple. Je me suis dit : ‘’Tiens, lui, il a quelque chose…’’ » Mais lui le savait déjà, et sa maman encore plus, moteur de cette ascension vertigineuse. Avant de conclure cette fable de l’ex-petit meilleur que les très grands, on lui a demandé si elle était bluffée. Elle a répondu non. « J’ai toujours dit à Gilles qu’il pouvait aller loin, parce qu’on savait qu’il allait finir par grandir. J’ai toujours été plus convaincue que lui. Et maintenant, il n’y a plus qu’un grand débat entre nous, c’est le service ! »

(1) Né en décembre, lson acte de naissance le pénalise d’une année contre ceux de sa catégorie lancés dès janvier.


Tsonga : « Gilles ne mangeait que des Chocapic ! »

« On a dû se rencontrer pour la première fois dans les compétitions de jeunes. On avait environ treize ans. Mais on ne se parlait pas. Ensuite, on a été au Pôle France de Poitiers ensemble. J’étais déjà assez costaud, Gilles était tout petit, nous deux c’était un peu David et Goliath ! On s’est surtout rapprochés sur la fin, au CNE, parce qu’on se retrouvait dans un cadre où on vivait la même situation, on passait pros. On jouait des Futures ensemble. On s’est retrouvés à deux ou trois au CNE, avec des soirées vides, à ne rien faire. On mangeait à 19 heures, on se retrouvait souvent le soir, on était tout le temps ensemble. On faisait plein de trucs : on jouait aux jeux vidéo et ça nous est arrivé d’aller voir des potes en dehors ensemble… Y avait de petites fiestas de temps en temps. Le " sur-gé " nous aimait bien et nous laissait faire ce qu’on voulait ! Pendant ces années-là, on n’avait pas des vies d’adolescent normal. Le seul moyen de s’amuser, c’était de braver les interdits et de faire toutes les conneries possibles et imaginables… On s’est vite trouvé des points communs parce qu’on a vécu la même vie, quelque part. À partir de l’âge de douze-treize ans, on a vécu exactement les mêmes choses. À Poitiers, arrivés exactement au même moment. Pareil à l’INSEP. Mais je suis arrivé au CNE un an avant lui. Au CNE, il y avait Gaël (Monfils) mais sur la fin il a eu son appart, donc il est parti. Il y a eu Clément Morel pendant un moment, et aussi Joss (Ouanna)…

De quatorze à dix-huit ans, même si je n’étais pas avec Gilles du matin au soir, je savais exactement où il était et ce qu’il faisait. C’est une époque que j’ai très bien vécue. On discutait beaucoup. On avait beaucoup de longues discussions " philosophiques ", sur la vie, sur la carrière qu’on allait mener, nos rêves…

On partageait des piaules sur les Futures. On a pas mal d’anecdotes ensemble… Je me souviens que, dans un de nos premiers Futures, Gilles commençait à pas mal jouer, on était à Grasse… Il dormait sur le canapé et il ne mangeait presque que des Chocapic ! Il avait toujours trois ou quatre paquets dans sa chambre, c’était son régime à lui. C’était ses vitamines, quoi ! Un jour, avant sa demie ou son quart, il a pris un gros saladier, il a versé un litre de lait et le paquet en entier de Chocapic : j’en revenais pas mais il a tout bouffé ! Bon, évidemment, après, il était un peu flagada mais il a quand même gagné le tournoi ! C’est là où je me suis dit : " Ce mec, forcément, il a quelque chose… C’est pas possible, il a un secret…"

 
Simon : « Jo n’avait peur de personne ! »

« Au début, à Poitiers, je ne connaissais personne et on n’était pas spécialement potes. On vivait toute la journée ensemble mais on n’avait pas de relations personnelles. Même topo à l’INSEP. Jo était un peu à l’écart, il était déjà plus fort que les autres. En un an, à Poitiers, il a progressé d’une manière incroyable. En un classement, il est passé de 15 à 1/6 ! Non seulement il nous a rattrapés mais il nous a dépassés. Physiquement, il était plus costaud que tout le monde, il marchait sur tout le monde. Je crois me souvenir d’une photo de groupe où son gabarit était tellement imposant par rapport aux nôtres qu’on aurait pu croire qu’il faisait partie du staff ! Pareil à l’INSEP : il était clairement plus fort que nous.

A l’époque, entre jeunes, ça chambrait pas mal, mais pas dans le bon sens du terme : c’était dur, il y avait beaucoup de jalousie. Moi, j’étais vachement en dehors de tout ça, j’étais trop nul !

Jo avait déjà ce truc un peu particulier, cette espèce de confiance en lui, mais c’était naturel, jamais forcé. Déjà, il était porté par l’événement, il n’avait peur de personne ! Je m’en suis inspiré : j’ai compris qu’il avait besoin de ça pour bien jouer. Aujourd’hui encore, ça reste sa première qualité, il entre en patron sur le terrain.

On a vraiment appris à se connaître quand on est arrivés au CNE. C’est là que ça a vraiment commencé entre nous. On s’est pas mal rapprochés. C’étaient des années dures pour lui, il était souvent blessé, il avait chuté au classement. On a commencé à partager des chambres sur les Futures où on ne te paye qu’une demi-chambre. Petit à petit, la relation s’est développée : il n’y avait presque plus que nous qui avions une piaule au CNE. On a vraiment passé une année l’un à côté de l’autre. Comme le self fermait à 19 h 30 et qu’on est tous les deux des couche-tard, on avait d’interminables conversations dans la chambre. On partageait beaucoup de trucs vraiment personnels. Surtout lui, d’ailleurs, il se livre beaucoup plus facilement que moi.

On jouait jusqu’à pas d’heure aux jeux vidéo : Top Spin et Mario Kart. Parfois, en fin de saison ou quand une tournée était terminée, on pouvait se mettre une bonne caisse à l’ancienne ! Un moment particulier parce qu’il faut reconnaître que, pour le reste, on n’a pas connu une adolescence normale. On a au moins un point commun : on est francs et on est centrés sur nous, dans le bon sens du terme. On est détachés des résultats des autres. Résultat : il ne peut pas y avoir de jalousie. Rien à battre : c’est chacun sa route. La jalousie, ça ne peut pas arriver entre nous. »


FRANCK RAMELLA et VINCENT CORNET, L'Equipe, 9.11.2008

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Extrait de sa conférence de presse après sa victoire contre Federer lors de son premier match à la Masters Cup à Shanghai


Q. You beat Roger Federer once. People might call it an accident or surprise. Now it's the second time. What would you call it?
GILLES SIMON: A second accident (laughter).


Intégrale de la conférence de presse (vidéo)



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Un mètre huitante, moins de 70 kilos, le Niçois n'a rien d'un épouvantail. Pourtant il fait trembler les meilleurs joueurs du monde.

Gilles Simon n'aime pas les costumes. Pas plus celui, pourtant sur mesure, que lui a confectionné le tailleur de l'hôtel Hilton de Shanghai que celui dans lequel la presse, y compris celle de l'Hexagone, l'avait enfermé au moment de son départ de Paris, direction le tournoi des Maîtres. Du premier, il dit qu'il n'a «pas l'habitude de porter ce genre de choses» et que «c'est bien pour faire comme les autres que je me suis ainsi déguisé en homme d'affaires».

Du second, il dénonce «une image de moi qui est fausse. Je ne suis pas un besogneux et, même invité de dernière minute, je ne suis pas venu là pour faire de la figuration, encore moins pour prendre des leçons!» Au moins le discours est-il clair. Et d'autant plus cohérent qu'à 24 ans pas même sonnés le jeune homme s'est déjà largement donné le temps d'apprendre. Né à Nice, mais grandi à Fontenay-sous-Bois, en région parisienne, il intègre l'Institut national du sport et de l'éducation physique (INSEP) à l'âge de 14 ans. Filiforme - ses copains de l'époque le surnommaient «Poussin» -, un brin effacé et «sans aucune confiance en soi (moi)», le gamin est un bûcheur. Il adore les maths, la géographie - «Elle me servira plus tard, quand je voyagerai» - et surtout... le piano. A ceux qui alors le moquent, il réplique que «cela vaut mieux que de passer quatre heures par jour à taper dans une balle».

Gilles Simon, pourtant, possède une qualité naturelle rare: il est endurant. «Je pouvais courir pendant des heures, je n'étais jamais essoufflé», se souvient-il. Et comme il ne joue «pas trop mal» au tennis...

«J'ai cru que Nadal se foutait de ma g...!»
A 18 ans, bac S avec mention en poche, et alors qu'il ne pèse toujours «pas plus lourd qu'une cacahuète», il décide de tenter sa chance chez les professionnels. Quelques résultats «passables sans plus» sur le front des juniors, l'amitié qui le lie à Jo-Wilfried Tsonga - même âge à quatre mois près, même parcours - l'ont persuadé qu'«il y avait peut-être quelque chose à faire»... Tournois futures, chambres doubles - «Le plus souvent avec Jo, on se marrait bien!» -, Gilles Simon apprend le métier. «Mais plus la musique, rigole-t-il aujourd'hui, un piano, ça ne tient pas dans les bagages.» Fin 2004, il est classé... 1331e joueur du monde. «Cela en faisait beaucoup devant moi, dit-il maintenant qu'il est... neuvième mondial. Mais, bon, j'ai croché. J'ai commencé à jouer avec mes qualités et mes défauts, en prenant exemple sur... Michael Chang. De lui j'avais la résistance, le sens du jeu, une patience à toute épreuve... et des épaules de moineau.»

Thierry Tulasne, qui lui sert de coach depuis deux ans, dit de lui qu'«il n'aime pas soulever de la fonte», mais qu'«il y passe s'il entend rivaliser à longueur d'année avec les gros bras du circuit». «Son truc à lui, poursuit Tulasne, c'est le jeu. Gilles est un compétiteur-né, il ne renonce jamais!»

La preuve: mi-octobre dernier, à Madrid, il sauve quatre balles de match face au Russe Igor Andreev, six contre l'Américain Robby Ginepri avant d'épingler Rafael Nadal en personne et au terme d'un combat long de trois heures et vingt-deux minutes. La presse espagnole le surnomme «el Superviviente» - le survivant - et Nadal lui-même le désigne comme «un costaud». Lui dit simplement que «quand Rafa a dit cela, j'ai cru qu'il se foutait de ma g...»!


Le Matin, 12.11.2008

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Gilles Simon a battu Federer ? Et alors ? C'est donc qu'il faudrait s'en étonner ? Trouver cela exceptionnel, pardi ! Stupéfiant pourquoi pas. A moins que ce ne soit divin.
Que sais-je encore...

Après tout, ce n'est jamais que la seconde fois, cette saison, que le Frenchie renvoie le Suisse à ses verts pâturages. Et puis, la logique veut qu'un match de tennis soit fait pour être gagné : qu'y a-t-il donc d'inattendu là-dedans ? (...)

Pardonnez-nous d'aborder ce nouvel exploit du Niçois au deuxième degré. Mais pour l'avoir rencontré il y a peu (*), cette perf très " simonesque " - dans la forme autant que l'esprit - ne nous étonne qu'à moitié.
Car ce qui nous a surpris d'emblée chez Simon, au-delà d'une gentillesse et d'une spontanéité qui ne nous parurent pas feintes, c'est la confiance "monstrueuse" - osons le terme - qui l'anime.

« Masters-card » méritée

On l'entend encore nous assener sur le dictaphone : « J'ai toujours eu horreur du "Il est 200e mais il a le potentiel pour être dans les vingt" ben d'accord, fais-le ! Au même titre que j'ai jamais aimé le "Lui il est dixième, ben on se demande comment il fait..." Simplement, il est dixième, il a gagné plein de matchs, voilà ! »

Gagner des matchs.

Battre Federer, Nadal, Djokovic... Simon l'a fait. D'ailleurs, ne nous disait-il pas, aussi : « J'ai compris, il y a un an ou deux, que l'on est tous potentiellement capables, je veux dire parmi les cinquante mondiaux, de battre le n°1, ou le n°2 ou le n°3 sur un jour. Par contre, la saison qu'ils font, la régularité avec laquelle ils se retrouvent chaque quinzaine en demies, en finale, qu'ils jouent bien ou qu'ils jouent mal, ça c'est un truc, une qualité qui est très, très, très rare... »

Cette assurance tous risques, Gilles Simon la met au service d'un jeu obstiné à défaut d'être racoleur. Escorté d'improbables retournements de situations.

Aussi, cette " Masters-card " improvisée que Nadal lui a délivrée par genou tendineux interposé, n'en est que plus méritée. Gilles ne l'a pas volée. Car Simon ne fait pas de cinoche. Même si, hier, pour beaucoup, c'était Shangaï surprise ...

ch.d.
(*) Interview réalisée après son quart de finale au GP de tennis de Lyon.


Nice Matin, 11.11.2008

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Au bout, la délivrance
Dans l’attente de la victoire de Murray, Gilles Simon a passé une fin de soirée qu’il n’oubliera jamais. Récit en direct live.

GILLES SIMON COMMENCE à en avoir marre. Marre de dépendre des résultats des autres. « J’avais déjà eu ma dose pendant Bercy où j’avais vécu une ou deux journées noires après mon élimination pour connaître mon sort, lâche-t-il. Voilà que ça recommence ici. Je n’ai pas l’habitude et je n’aime pas ça du tout. » Lorsqu’il prononce ces mots, le Français est pourtant tranquillement installé dans le canapé de sa suite no 3124 de l’hôtel Hilton, à Shanghai. Cela fait un quart d’heure qu’il sait qu’il disputera aujourd’hui sa première demi-finale de Masters. Mais l’interminable attente au stade et l’extraordinaire dramatique du troisième set entre Murray et Federer l’ont fait passer par tous ses états. Là, il savoure, mais sans en faire trop. Dans quelques heures, un choc redoutable l’attend contre Novak Djokovic. Jusqu’à sa balle de match contre Stepanek, Simon a pourtant passé « une journée assez agréable ». Il n’a rien changé à ses habitudes : lever à 10 heures, p’tit déj’, voiture pour se rendre au stade à midi, une demi-heure de warm-up entre 13 h 15 et 13 h 45, déjeuner à 15 heures, concentration dans son salon privé au stade. À 18 heures, il entre sur le court face à Stepanek. Une heure et cinq minutes plus tard, il en sort avec le sentiment du devoir accompli. « J’ai préparé ce match comme si c’était une finale, dit-il. Sans pression mais avec un objectif simple : gagner pour atteindre le meilleur classement de ma carrière (7e). C’était une bonne motivation, une motivation saine. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai réussi un grand match. Voilà, jusque-là, tout était simple. » Commence alors une plongée dans l’inconnu. L’histoire de son avenir à Shanghai reste à écrire. Pis, il n’a aucun droit de regard dessus. Les coscénaristes s’appellent Roger Federer et Andy Murray. Dans un premier temps, Simon décide de rester au stade. « J’ai fait comme d’hab, explique-t-il. J’ai fait ma récup, j’ai dîné et j’ai suivi le match à la télé. Mais lorsque Murray s’est fait remonter dans le deuxième set, je n’en pouvais plus. J’ai décidé de rentrer à l’hôtel. De toute façon, je ne pouvais en aucune façon influer sur le résultat. »

Dans l’ascenseur avec « Djoko » !
Pendant ce temps, son coach Thierry Tulasne est parti suivre le match dans le box de Federer, laissé vide par son entourage. Il y reste jusqu’à 5-4 au deuxième set. « En fait, j’étais plus tendu durant le match de Gilles, avoue-t-il. Ce qui est arrivé à Bercy m’a rendu philosophe. Mais l’heure avançait et Gilles commençait à vraiment stresser. Il était plus sage de rentrer. Je n’avais pas envie qu’il se couche au-delà de minuit. » Lorsque les compères quittent le stade, Murray mène 3-1 au troisième set. Quarante minutes plus tard, ils se garent devant l’hôtel où les y attendent cinq groupies de Simon scotchées à trois drapeaux français. « Dans la bagnole,“ Tutu”a reçu un texto qu’il a mal interprété, sourit Simon. On a cru que Murray servait pour le match à 5-4. Mais,comme il n’y a pas eu de suite, on s’est douté qu’il se passait quelque chose. » Ce qui se passe est très simple : Federer refuse de mourir. Dans le lobby de l’hôtel, un attroupement s’est formé devant un poste de télévision. Simon le rejoint et assiste, les bras croisés, aux cinquième, sixième et septième balles de match sauvées par le Suisse. À 5 partout, accompagné par son père Daniel, il décide de monter dans sa chambre. Une surprise l’y attend. Sa clé ne fonctionne pas. « J’ai cru qu’il viendrait voir la fin du match dans ma piaule, qui est juste à côté de la sienne, précise Tulasne, mais il est redescendu à la réception ! » Le temps de refaire la clé et le revoilà devant l’ascenseur. Simon raconte : « J’entre dans l’ascenseur et sur qui je tombe ? Djokovic, accompagné d’un mec que je ne connais pas. “ Djoko ” me demande le résultat, je lui dis que Federer a sauvé sept balles de match et là, le mec que je connais pas, qui est au téléphone, me dit que Murray a fini par gagner à la huitième. Voilà, j’ai appris la nouvelle dans l’ascenseur avec Djoko ! Après, on a un peu rigolé tous les deux. Je lui ai dit que je ne lui parlais plus jusqu’à demain (aujourd’hui). Et j’ai même ajouté qu’il avait de la chance : là, c’est comme si j’avais joué cinq sets ! »

« Super fier de ce qu’il a accompli »
Lorsqu’il retrouve son étage, Simon tombe sur son père et sur Tulasne, qui l’attendent sur le pas de la porte. Les trois hommes se tombent dans les bras. L’accolade est brève mais surchargée d’émotion. « Comme son père était très remué, ça a énormément ému Gilles, explique Tutu. Ça n’a duré que quelques secondes mais il y avait une intensité incroyable. Vous savez, ce Masters représente beaucoup pour lui. À ses yeux, c’est une épreuve pleine de prestige. Le voilà en demi-finales après avoir gagné deux matches sur trois, dont un face à Federer. Il est super fier de ce qu’il a accompli. Pour lui, cette demi-finale est un événement. En plus, il affronte un joueur qu’il pense pouvoir battre. Quand j’y repense, ça a été une sacrée belle journée. » Il est un peu moins de minuit à Shanghai et Gilles Simon est toujours assis dans son canapé. Comme d’habitude, il est intarissable. Il parle, il parle... De tout, mais surtout de Djokovic. « J’ai remarqué qu’il cherchait cette année à rendre son tennis plus offensif, note-t-il. C’est bien, on a toujours besoin de faire évoluer son jeu. Son service et son retour sont toujours redoutables, mais il cherche davantage à conclure le point en deux ou trois frappes. La contrepartie, c’est qu’il est moins régulier. Il faudra que je sois très bon sur les premiers coups de raquette. Mais, cette semaine, je me suis vraiment rassuré sur mon niveau de jeu. Et je n’ai pas envie de passer à côté de cette demi-finale. » Le temps de régler les problèmes d’intendance du lendemain avec Tulasne et il va être l’heure de passer au lit. Pas trop vite tout de même. « Je ne vais pas traîner pour traîner, glisse-t-il,mais ça ne sert non plus à rien que je me couche trop tôt. Vu les horaires des matches, ici, je vis en décalé : couche-tard, lève-tard. » Son préparateur physique Paul Quetin passe lui donner l’accolade. Les yeux de Simon brillent. Il y a des jours comme ça, où la vie est foutrement belle.

VINCENT COGNET - L'Equipe, 15.11.2008
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Très déçu par sa courte défaite contre Novak Djokovic, Gilles Simon trouve pourtant la forcede se glisser dans un sofa du salon des joueurs pour revenir sur sa saison 2008. Et c’est un flot de paroles raisonnées, où l’on sent son énorme envie de se remettre rapidement au boulot pour continuer à progresser. Pour lui, stagner, c’est régresser. Après quinze jours de vacances, son esprit se tournera vers 2009, où il devra défendre son nouveau statut de membre du top 10.

« QUAND CETTE DEMI-FINALE a-t-elle tourné ?
– Il y a des jeux que je perds et que je dois gagner.Comme ceux après 4-2 au troisième set. Il a eu aussi pas mal de réussite. Après trois heures (2 h 52’), ça fait un peu péter les plombs. Je n’ai pas réussi à être irréprochable au niveau de l’attitude. C’est peut-être pour ça que je perds le match. Même dans le premier set, je me frustre tout seul en ne parvenant pas à conclure sur les premières balles de set. J’ai perdu le fil... Il était un peu à la rue et ces jeux ont lancé le match. J’ai raté trop d’occases pendant ces trois heures.
– Vous en avez aussi bavé au service...
– Je crois surtout que je n’ai pas été bon dans le jeu vers l’avant. J’avais du mal à réavancer et à gagner les points. J’ai plutôt bien retourné. Ça donne donc l’impression qu’il y a juste eu un combat du fond. Or, j’ai horreur de perdre un combat du fond. Normalement, c’est là où je suis le meilleur.
– Quel bilan tirez-vous de ce Masters ?
– Que j’ai de quoi tenir la distance face aux meilleurs. Et que je peux faire beaucoup mieux. Perdre 7-5 au troisième contre le no3 mondial, il y a plus pessimiste comme horizon. Plus que jamais, j’ai le sentiment d’avoir le niveau contre ces mecs-là.
– Si vous deviez résumer votre saison 2008 en trois mots ?
– Belle... Pleine... Et encourageante.
– Quelle est la première image qui vous vient à l’esprit ?
– Le moment le plus important, je n’en ai encore jamais parlé... Ç’a été un gros déclic. Ce sont les jours qui ont suivi ma défaite contre Youzhny, au deuxième tour d’Indian Wells. Tout lemonde s’en fout, mais ce match, je l’ai perdu parce que je n’avais pas envie de le gagner. C’est extrêmement rare chez moi. J’ai souvent avancé comme ça, en me retrouvant tout seul et en me posant des questions. Je sentais que j’avais pas mal de choses dans la raquette, mais je crois que je perdais ces matches parce que j’avais peut-être peur d’être trop fort. Je ne me donnais pas le droit d’être fort tant que l’opinion générale ne le pensait pas aussi. J’ai toujours eu besoin du consentement général pour avancer et me sentir à ma place. Quand je sens que j’y suis, je joue mon meilleur tennis. Là, ç’a été un moment très difficile. Pendant dix jours, je n’ai quasiment pas joué. Je restais tout seul à réfléchir, à me demander si j’étais content d’être juste 30e ou si j’avais envie d’aller plus haut.
– Ça s’est débloqué après Indian Wells ?
– Ç’a été encore dur à Miami. Ensuite, et ce n’est pas un hasard, je me suis blessé pour la seule fois de la saison, à Estoril. Après, j’ai pris le temps de me poser, de réfléchir et de me réentraîner en étant persuadé que je voulais être très fort.
– C’est le moment clé de toute votre année ?
– … Voire de toute ma carrière. Des périodes comme ça, je n’en ai pas connues beaucoup, mais, chaque fois, elles ont été décisives. La première fois, j’avais 17-18 ans, j’étais – 15, je jouais le tournoi de Reims, je faisais mes premières perfs à – 30. Tout le monde me félicitait. Et je me suis demandé : " Qu’est-ce que je vais faire de ma vie ? Est-ce que je vais y arriver ? " Y réfléchir m’a boosté. Une autre fois, c’était en Jamaïque, où je jouais un Futures. Pareil, j’étais resté trois ou quatre heures sur un transat, tout seul, juste à réfléchir... Une fois que c’est clair dans ma tête, je me donne les moyens de progresser. En fait, c’est une longue réflexion, en solitaire...
– Vous avez encore ce sentiment de ne pas être à votre place ?
– Parfois... Là, à Shanghai, quand je sors du terrain et que les gens scandent mon nom, je n’ai jamais l’impression de mériter ça. La manière dont on est traité au Masters, c’est-à-dire comme des rois, ça me fait super bizarre. Mais j’ai retrouvé la raison qui fait que je joue au tennis : c’est pour jouer sur des grands courts contre de grands joueurs.
– Le vrai déclic, c’est quand ?
–Quand je décide d’aller jouer les qualifs à Casablanca. J’étais 30e mondial, j’aurais pu être tête de série, mais je m’inscris trop tard, j’attends en vain une wild card pour Pörtschach et là, je fonce. Sur la route qui me mène à Roissy, mon seul embouteillage de l’année ! J’ai roulé comme un fou, je suis arrivé cinq minutes après l’enregistrement mais l’hôtesse a été sympa. Je suis entré dans l’avion ric-rac. Et si je gagne le tournoi, là encore, ce n’est pas un hasard.
– Cette envie ne vous a plus quitté ?
– Je ne jouais plus pour rester 30e. Ce qui était bon signe, c’est que j’avais inversé la tendance : là , j’avais peur de ne pas pouvoir monter plus haut. Tout le reste de la saison n’est que la conséquence de ce déblocage.
– Et vous battez Federer(à Toronto) puis Nadal (à Madrid).
– Battre Federer m’a décomplexé. À Madrid, je suis passé par tous les états. Quand j’arrive, je "crapote", je gagne mes matches à l’arrache au tiebreak du 3e set. Je renverse des montagnes pour finalement battre Nadal après un match incroyable, en prenant un plaisir de dingue. Il y a tout eu, dans ce tournoi. J’ai perdu en finale mais Madrid est un tournoi lourd de sens pour moi.
– Pourquoi ?
– Parce qu’il résume à lui seul tous les progrès que j’ai faits cette saison. 1. Gagner en jouant mal. 2. Gagner plusieurs de ces matches à la suite. 3. Être agressif sur les points importants. Alors que je jouais huit mètres derrière sans parvenir à frapper une seule balle...
– Quand avez-vous décidé de faire évoluer votre jeu ?
– La décision s’est imposée d’elle même. Ça ne s’est pas débloqué d’un coup. Ça fait quatre ou cinq ans que je bosse dessus. C’est un processus à long terme. Quand j’ai fait mes premières perfs, je ne faisais que défendre. Mais il faut bien faire la différence entre défendre et contrer. Pour moi, il y en a autant qu’entre contrer et attaquer. Contrer, c’est faire des points gagnants en partant long de ligne et en utilisant la puissance adverse. Quand j’ai réalisé que défendre ne suffisait plus pour gagner, j’ai décidé d’utiliser les coups de fusil, à plat, qui font aussi partie de mon jeu. En 2006, j’ai vécu six mois difficiles parce que je ne faisais pas un point gagnant. Donc, je me suis dit : " Ça ne va pas suffire de défendre, va falloir faire mieux. " C’est comme ça que je suis passé d’un jeu de défense à un jeu de contre. Là, j’essaye de passer d’un jeu de contre à un jeu d’attaque. Il faut que je m’attelle au jeu au filet.
– C’est dur ?
– Il faut savoir que je n’ai aucune force pour effectuer une volée à une main. Quand je m’y suis mis, j’ai commencé à zéro. Comme un vrai débutant. On me lançait les balles à la main ! Moi qui étais 30e mondial... C’est ridicule, mais c’était la seule manière d’y arriver. Ça s’améliore et ça va continuer de s’améliorer l’an prochain. Un mec comme Murray me fait progresser énormément. Parce qu’il me montre clairement ce qui manque encore à mon jeu.
– L’objectif numéro 1 en 2009, ce sont les Grands Chelems ?
– Les gens ne percutent peut-être pas, mais j’ai déjà évolué en Grand Chelem en 2008. Si je fais péter quelque chose l’an prochain, ce ne sera pas un déclic. Mes premiers Grands Chelems, je les ai joués liquéfié. Je ne parvenais pas à gérer le côté émotif. D’année en année, j’ai progressé. Y compris en 2008, où je ne perds que contre Nadal, Stepanek, Gasquet et Del Potro. Pas des quiches, tout de même ! Avec mon nouveau statut de tête de série, j’espère aller beaucoup plus loin. »
VINCENT CORNET, L'Equipe 16.11.2008
Par Françoise - Publié dans : Interviews
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Gilles Simon, miraculé de la Masters Cup grâce au forfait de dernière minute du numéro un mondial Rafael Nadal, fait le récit pour le JDD des dix jours qui ont changé sa carrière. Des moments intimes dans sa suite luxueuse aux coulisses de son dernier match samedi à Shanghai face au futur vainqueur Novak Djokovic, le Niçois raconte les moments marquants de son aventure...

Mercredi 6 novembre
Le sens de l'accueil

A peine descendu de l'avion, je sens que je suis quelqu'un d'important. Ou plutôt c'est ce qu'on s'attache à me faire sentir. Accueil personnalisé, pas de réelles formalités de douane. A la sortie, une voiture à mon nom avec chauffeur m'attend. Sur le trajet, je découvre Shanghai. Première impression: waouh, c'est grand! Avec Thierry (Tulasne, son coach), on se demande combien de personnes peuvent bien habiter ici. On aura notre réponse: 20 millions! Cinq minutes avant d'arriver, le chauffeur passe un coup de fil à l'hôtel pour que nos bagages soient immédiatement pris en charge et qu'on me guide jusqu'à ma chambre sans passer par la réception. C'est une suite avec tout ce qu'il faut, et même bien plus. Les oreillers et le peignoir sont brodés à mon nom. Je me demande si je vais les ramener à la maison, ça fait un peu mégalo quand même!

Jeudi 7 novembre
Séance repérages

Un moment important, la découverte du stade. Je suis impatient de voir ça, de tester la surface. Deux heures d'échanges avec Jo (Tsonga) plus tard, me voilà rassuré: je me sens super bien sur ce court. Je dispose aussi d'un vestiaire personnel, avec mon canapé, ma télé, mon minibar... Des photos de tous les joueurs tapissent le couloir. Se voir en gros, c'est assez troublant. J'ai l'habitude de voir Roger Federer sur le mur, pas ma tête! Toutes ces attentions, j'ai l'impression que c'est un peu trop. Cela en devient presque gênant.

Samedi 9 novembre
Les conneries de Roddick

La veille, on a tous fait une séance photo, en costume. Tous sauf Andy Roddick, arrivé trop à la bourre. Aujourd'hui, une cérémonie de présentation est organisée. Long mais pas désagréable. A ma grande surprise, les joueurs déconnent bien ensemble. Pas de regards en coin. Je note un certain engouement des médias à mon égard, même si les questions restent assez convenues. Roddick est mon acolyte en conférence de presse et il raconte pas mal de conneries. Sur Obama par exemple: "Ah bon, il y a eu une élection aux Etats-Unis, racontez-moi." Le tournoi commence demain mais comme ça rigole de partout, je ne me sens pas encore dedans. J'aurais bien besoin d'une journée de plus pour me mettre un peu la pression.

Dimanche 10 novembre
Coupure image

J'échauffe Jo, Davydenko et Djokovic. C'est le seul moyen pour moi de jouer sur le Central, et non pas sur le terrain d'entraînement, bien plus proche de l'hôtel mais sur lequel je tape très mal. J'en deviens même persuadé que ce n'est pas la même surface. Je préfère ensuite regagner ma chambre pour regarder le premier match de Jo contre Davydenko. C'est tendu. Troisième set, 5-3 balle de débreak. Davydenko sert, Jo retourne et... plus rien ! La télé chinoise vient de tout couper pour lancer le journal. Terrible, impossible de voir la fin.

Lundi 11 novembre
Première victoire

Fait marquant de la journée, j'ai gagné! Et j'ai bien aimé le public. Sur la fin, je sens qu'il bascule pour moi. Alors que, bien sûr, à l'entrée sur le terrain, le bruit c'était surtout pour Federer. Au moment de finir le match, je n'ai pas peur. Sans doute suis-je décomplexé par le fait d'avoir déjà battu Roger cet été. Je suis soulagé car quand on se retrouve parmi les huit meilleurs joueurs du monde, on se demande si on va réussir à exister. De fait, je me sens beaucoup plus à ma place ici. J'ai un peu plus de messages que d'habitude, un peu plus de groupies devant l'hôtel aussi en rentrant. Il est minuit. Room service de rigueur.

Mercredi 13 novembre
Le mur Murray

Défaite face à Andy Murray en deux sets. Jouer contre lui, c'est comme jouer contre le mur: tu tapes fort, ça revient fort, tu tapes doucement, ça revient doucement. Le mec te fait plus cogiter que les autres. Quand tu as des passages où tu es en réussite, tu te dis "bon, là, je suis en train de bien l'enterrer". Mais à d'autres moments, c'est plutôt: "Ah là, je suis bien en train de lui donner".

Jeudi 14 novembre
Metallica pour se réveiller

Au petit-déjeuner, un membre de l'ATP m'apprend que ma place en demi-finales ne dépend que de la victoire de Murray sur Federer demain. Mon match à venir contre Stepanek reste intéressant et je me mets une petite pression: 100 points ATP sont en jeu et avec eux la perspective de figurer parmi les 8 premières têtes de série à l'Open d'Australie en janvier prochain. Je reste dans ma routine. On a peu de contacts avec l'extérieur et, finalement, je n'ai pas fait de sortie à Shanghai, pas de resto. Les moments où je suis seul dans ma chambre, il n'y en a pas tant que ça. Alors j'en profite. Un peu de jeux vidéos, un peu d'Internet. Musique aussi, avec les grands classiques sur mon iTunes, Muse en priorité. Metallica aussi pour se réveiller le matin, voire Van Halen.

Vendredi 15 novembre
Une longue attente

Après ma victoire sur Stepanek, j'avais décidé dans un premier temps de rester au stade et de regarder d'un oeil Federer-Murray. Jusqu'à 6-4, 2-5, j'étais relax. Les deux sets étaient faciles à suivre car à sens unique. Mais ça a fini par se compliquer. Trop long d'attendre, je préfère partir. Pendant le 3e set, je suis donc dans la voiture. J'arrive à l'hôtel sur les premières balles de match Murray. Ratées. Je ne me suis jamais senti autant pour l'écosse. Mais c'est terrible de souhaiter la défaite de quelqu'un... En prenant l'ascenseur, je croise Djokovic. C'est un de ses amis qui m'apprend que Murray a réussi à conclure. Ouf!

Samedi 16 novembre
Envie de tout casser

Certains matches marquent une saison et cette demi-finale contre Djokovic en fait partie. On joue quand même trois heures et si on change ne serait-ce que deux points, c'est moi qui passe. Il est 23 heures à Shanghai. Même si c'est moins chaud, je n'ai pas encore digéré cette défaite. Elle fait mal. En sortant du court, j'avais envie de tout casser. Le moment est aussi particulier, la saison vient de se finir. J'ai commandé un bon gros hamburger au room service pour marquer le coup. Pas question de sortir. Je suis trop crevé pour songer à autre chose que dormir. A l'année prochaine!

Propos recueillis par Damien BURNIER, Le Journal du Dimanche, 16.11.2008
Par Françoise - Publié dans : Articles
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