« J'ai toujours cru en moi » - 2005

Publié le par Françoise

Gilles Simon, 20 ans, s'est fait un nom lors de la saison 2005 en s'approchant des 100 premières places mondiales et en obtenant ses premiers galons sur le grand circuit. D'origine niçoise, le joueur de Fontenay-sous-Bois compense son manque de puissance et son gabarit modeste par un formidable coup d'œil et un jeu de jambes époustouflant. Dans cet interview réalisée pour Tennis Info en octobre 2005, Gilles Simon dévoile son parcours et ses ambitions.

Pour mieux vous connaître, commençons par votre "background". A quel âge et dans quelles circonstances avez-vous débuté le tennis ?
J'ai touché ma première raquette à 6 ans, en suivant mes parents à l'US Fontenay-sous-Bois. Je suis né à Nice, mais je crois que j'avais seulement un an lorsque nous sommes partis pour le Val de Marne. Et je suis resté 13 ans à l'US Fontenay, j'ai intégré le Racing Club de France il y a seulement deux saisons. Mais je me sens à la fois de Fontenay et de Nice, car j'ai reçu une éducation niçoise. Toute ma famille vient de là-bas.

Quel a été votre parcours ?
Céline Duvérée m'a entraîné pendant six ans à l'US Fontenay, puis j'ai intégré le Sport études de Poitiers pendant un an. Ensuite, je suis resté à l'INSEP pendant quatre ans. Et puis j'ai intégré le groupe espoirs à Roland-Garros dirigé par Jérôme Potier. Pendant mes jeunes années, Dominique Poey à Poitiers et plus encore Louis Borfiga à l'INSEP ont joué un rôle essentiel dans ma progression. Je dois reconnaître que j'étais un cran en dessous des meilleurs de ma génération, comme Clément Morel qui a remporté l'Open d'Australie juniors en 2002. Ils ont cru en moi, ils m'ont gardé au sein de la Fédération. J'étais très petit lors de mon adolescence, et ça m'empêchait de lutter à armes égales contre des jeunes de mon âge qui étaient plus puissants. Ça allait encore chez les 13-14 ans, j'étais en équipe de France et je suis allé en huitièmes de finale aux Petits As à Tarbes, mais après… J'ai fait mon chemin dans l'ombre.

Y a-t-il eu des moments de doutes ?
J'ai toujours cru en moi, ce qui n'a pas été le cas de tout le monde…Lors du dernier Roland-Garros, certains sont venus me voir pour me dire honnêtement qu'ils étaient surpris de me retrouver à ce niveau-là. Ce qui était dur, c'était de perdre contre des jeunes moins forts que moi sur le plan du jeu, mais plus développés physiquement. Mais je savais que ma taille modeste serait un atout plus tard. Elle permet de développer des qualités de coup d'œil. Je me suis beaucoup raccroché à ça. Et le soutien de "Luigi" Borfiga a été essentiel. Mais bon, quand on est à 15/4 à 14 ans, c'est difficile d'avoir des certitudes quant à une carrière professionnelle. Longtemps, le "prof" du club classé 4/6, c'était lui l'idole (rire) !

Avez-vous eu un modèle à qui vous raccrochez ?
J'aimais bien Michael Chang quand j'étais petit. Ce n'est sans doute pas un hasard…

Avez-vous envisagé une autre voie en cas d'échec ?
Non, le tennis a toujours été ma passion. C'était dur pour moi d'aller à l'école (sourire). Mais j'ai quand même eu mon bac S. C'était surtout la volonté de mes parents… Et puis c'est vrai qu'à 18 ans, tandis que des copains se battaient sur les tournois du Grand Chelem chez les juniors, moi, j'avais du mal à battre des -15. En fait, j'adore jouer. Vraiment. L'entraînement, c'est autre chose.

A quel moment avez-vous senti les choses se débloquer ?
En fait, à cause de mes difficultés dans les tournois de jeunes, je suis venu plus tôt que les autres sur le circuit Future, en France. Même si ce n'était que des "qualifs", j'ai été très vite confronté aux tournois "pros". Luigi voulait aussi me laisser me débrouiller seul. A 18 ans, au lieu d'intégrer le groupe espoirs du CNE, je suis resté une quatrième année à l'INSEP. Normalement, ce n'est pas comme ça que ça se passe, mais c'était le vœu de Louis Borfiga. Sur les tournois, j'étais seul. J'ai dû attendre 19 ans pour obtenir mon tout premier point ATP. C'est long…Et puis au cours de l'été, ça s'est décoincé, j'ai remporté deux titres en Future et perdu une finale. La confiance était enfin dans mon camp. Au classement, j'ai fait un bond de 700 places ! Ensuite, j'ai été régulier, j'ai passé quelques tours par ci par là. Mais ce qui a changé, c'est le gros travail que j'ai accompli pendant l'hiver. Mon problème, c'est que je ne voulais faire que des matchs. J'ai fait des saisons de plus de 100 matchs. J'ai toujours eu un bon cœur et une bonne endurance, mais il fallait que je bosse physiquement. La "muscu", je n'y allais pas toujours (rire). Et puis je devais faire du panier, taper des balles, encore et encore. Depuis que je suis tout petit, les séances de panier, ça me donnait la nausée… Mais comme ma croissance était achevée, ça m'a décidé à me mettre sérieusement à bosser. Et j'ai senti la différence…Tous les jours, j'étais à fond. C'était une première pour moi.

Votre année 2004 a donc été remarquable, puisque vous êtres grimpé au 174e rang…

Pendant les huit premiers mois, j'ai été très régulier. Je crois que je n'ai pas concédé une seule "contre". Enfin, j'arrivais à rivaliser avec des joueurs comme Jérôme Haehnel, ou Marc Gicquel. Avant, quand je jouais contre un gars proche des 100 premiers, c'était souvent une boucherie… En ayant commencé par des Future, je crois que c'était difficile de faire mieux pour moi.

Mais le grand public vous a surtout découvert en 2005, et notamment à Marseille où vous avez éliminé au premier tour Thomas Johansson, 20e mondial et vainqueur d'un tournoi du Grand Chelem…

La saison avait commencé fort avec ma victoire au Challenger de Nouméa. Là encore, j'ai beaucoup bossé physiquement au cours de l'hiver. Et début janvier, je gagne un 75 000 dollars ! J'avais beaucoup mis l'accent sur le renforcement du haut du corps. Aujourd'hui, enfin, je suis capable de servir fort pendant tout un match. Et puis après, il y a eu Marseille. C'était vraiment fort. Premier tournoi du grand circuit, premier "top 20". Et en fait, je n'avais pas peur. Passer par les "qualifs" m'avait mis en confiance. Bon, j'étais persuadé de pouvoir rivaliser avec ces gars-là. A l'entraînement, je tapais avec Paul-Henri Mathieu ou Nicolas Escudé et je voyais que j'étais à la hauteur. Mais voir des copains que sont Gaël Monfils ou Jo-Wilfried Tsonga briller à Bercy en 2004 m'avait convaincu que c'était possible.

Aviez-vous eu le sentiment d'entrer dans un autre monde ?
Pas vraiment. Les médias semblaient considérer que je venais du nulle part, mais moi j'avais le sentiment d'être à ma place. Je n'étais pas une "découverte" pour les autres joueurs français ou les entraîneurs. Les journalistes, le public ne connaissaient peut-être pas mon jeu, mais sans vantardise, je savais que j'avais le potentiel pour rivaliser à ce niveau. Ceux qui me connaissent savent que je suis capable du meilleur… et du pire.

Quelles vont être les prochaines étapes de votre progression ?
Je suis persuadé que si j'arrive, par exemple, à être 50e mondial, je n'aurais pas trop de difficultés à me maintenir à ce rang. Le problème, c'est que pour y parvenir, vous ne pouvez pas vous contenter de quelques bonnes victoires. Après, cela vous ouvre la porte de tous les tournois. C'est plus confortable. On le sait, et c'est pour ça qu'on peut se crisper, non pas à cause du niveau de l'adversaire, mais des éventuelles retombées d'une victoire, en terme de points.

Et en termes de jeu, vers quelle voie allez-vous axer votre travail ?
Je peux me débrouiller sur toutes les surfaces, même si je manque de puissance. Jérôme (Potier) voudrait que je sois encore plus rigoureux à l'entraînement, afin que je puisse tenir un bon niveau jeu tout au long de l'année, et pas seulement par séquences.

Gilles Simon vainqueur d'un grand tournoi, c'est possible ?
J'ai la prétention de pouvoir dire que je peux gagner des grands matches. Gagner un Grand Chelem ou un ATP Masters Series, par contre (rire) ! Il faudrait d'abord que je sois plus régulier, et que je m'installe autour de la 50e place pour être confronté toutes les semaines aux meilleurs. Mais quand je vois que Florent Serra à remporter un titre, à Bucarest, ça me donne des idées. Florent, je l'ai battu cette année !

Qu'est-ce qui vous fait rêver ?
Quand j'étais petit, mon rêve, c'était de jouer sur un grand terrain. Le "central" de Roland-Garros…Je n'aurais pas peur, avec le public derrière moi en plus. J'ai disputé mon premier "Roland" en 2005, mais c'était face à un Français (Olivier Patience), sur le court n°17, et je n'ai pas ressenti de magie autour de l'événement. J'aurais préféré le tirage de "Jo" (Tsonga), qui a joué Roddick. Mon truc, c'est ça, c'est de breaker Roddick ou un Safin sur le central de Roland-Garros. Un jour peut-être…

 

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freeman 29/12/2009 10:52


ça fait chaud au cœur de voir qu'il a réalisé son rêve.
D'autant plus qu'il a tellement pataugé que sa réussite doit avoir une tout autre saveur.