« Pour moi, le tennis, c'est comme la boxe » - 2007

Publié le par Françoise

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EN REMPORTANT DEUX TITRES CETTE ANNÉE, GILLES SIMON A CONFIRMÉ SA BELLE ASCENSION. LE NIÇOIS NOUS A DONC ACCORDÉ UNE INTERVIEW OÙ IL NOUS A CONFIÉ QU’IL VOULAIT VISER PLUS HAUT. ENTRETIEN VÉRITÉ AVEC UN CHAMPION QUI A OUBLIÉ DE MANIER LA LANGUE DE BOIS.

Peut-on revenir un instant sur ta saison qui a été très positive ?

Ah oui! Plus que positive. J'ai gagné deux tournoi ATP dont l'Open 13 (l'autre est Bucarest) qui est un tournoi reconnu et relevé. En plus de cela, j'ai réussi de bonnes perfs' sur toutes les surfaces. Ce qui était l'un des objectifs de cette saison.

Tu atteins ton meilleur classement cette année. Quels sont tes objectifs pour 2008 ?

C'est vrai que je suis 29ème mondial. J'aimerais passer sous la barre des 20, ce qui est un cap. Donc les objectifs sont simples. Plus de deux titres ATP, un meilleur classement et progresser dans mon tennis. En fait comme 2007 mais en mieux !

A quel âge as-tu commencé le tennis ?

A six ans dans un club, comme tout enfant qui commence un sport. Je faisais beaucoup de sports différents: du foot, du golf, de la natation. Mais celui qui me passionnait le plus, c'était le tennis.

Justement, pourquoi le tennis plus que les autres ?

Je pense que c'est une préference qui est venue toute seule. Personne ne jouait au tennis dans ma famille et on ne m'a pas poussé vers ce sport là en particulier. Mais moi ça me plaisait. Le côté duel, un contre un sûrement.

Tu te souviens de ta première raquette ?

La première, c'était une raquette vraiment basique, une raquette de supermarché. Je me rappelle que la première fois que j'ai remporté un championnat de ligue, j'avais neuf ans. Le premier lot c'était une raquette, une Pro Kennex. J'étais super heureux. Je l'ai gagnée trois ans de suite! (rires)

Trois fois la même ?

Oui ! Mais j'étais quand même content. J'étais un des seuls gamins de mon âge à avoir une nouvelle raquette chaque année !

A cette époque il y avait des posters de joueurs dans ta chambre ?

Oui, les murs était remplis de tennis. Mon joueur préféré, c'était Michael Chang. Sans être mon idole, mais plus comme mon modèle. J'adorais sa façon de jouer. Un petit bonhomme super nerveux qui faisait tomber les grands. Je trouvais cela génial.

Est-ce qu'aujourd'hui tu peux être tennisman sans être passionné par le tennis ?

Non. Et je suis catégorique la-dessus. Certains, comme Davydenko, ne se cachent pas de leur amour pour l'argent. Mais je ne pense pas qu'il aurait un tel niveau s'il ne prenait pas de plaisir à jouer, à progresser. De l'argent, il en gagne depuis un moment et s'il continue à s'entraîner ce n'est pas que pour le pognon. En France, certains ont fait des apparitions grâce à leur talent mais sans être vraiment passionnés. Ils ont rapidement disparu. Je pense notamment à Olivier Mutis. Il avait un vrai talent naturel dès qu'on lui mettait une raquette dans la main mais il n'avait pas un vrai amour du jeu.

Quand tu ne joues pas, tu regardes les matches à la télévision ?

Je regarde rarement les matches mais je m'intéresse beaucoup au jeu. On fait beaucoup de paris entre joueurs sur les résultats du circuit. Et comme je suis un gros joueur, j'adore quand une rencontre se déroule selon mes pronostics.

Il y a un joueur dont tu aimes regarder les matches juste pour le plaisir ?

Je trouve que certains joueurs pratiquent un tennis magnifique. Mais j'essaye de me détacher. Si on est amené à jouer contre quelqu'un que l'on admire trop, on peut faire un bon match mais rarement le gagner. Pour moi le tennis c'est comme la boxe. Et si on prend trois minutes pour regarder jouer l'autre parce qu'on est content de l'avoir en face de soi, on ne va pas le voir longtemps ! (rires)

Quand tu étais petit, tu disais déjà que tu voulais être joueur de tennis ?

Oui. C'est ce que je voulais. Sur ma petite fiche signalétique à l'école, j'écrivais « joueur de tennis ». Bien sûr, à l'époque l'idée de jouer à Roland-Garros me semblait très lointaine. Rien que mon professeur, qui était 2/6, je pensais ne jamais pouvoir le battre. Mon repère était d'essayer de rester au meilleur niveau par rapport aux jeunes de mon âge que je jouais en tournois.

Est-ce qu'il t'est arrivé de détester ton sport ?

Non, parce qu' aujourd'hui je suis récompensé de tous mes efforts. C'est vrai que j'aurai pu. Quand t'es adolescent et que tu vois tes potes faire la fête alors que tu dois aller te coucher parce que dimanche tu as un tournoi dans le fin fond de la France, ca peut te saoûler. J'ai eu un peu ce phénomène d'attraction- répulsion pendant un court moment. Mais finalement j'ai vite enchaîné. J'aurais peut-être détesté le tennis si je n'avais jamais réussi à faire mieux qu'une 300ème place mondiale.

A part le tennis, tu as d'autres passions ?

J'adore le golf. Le tennis me prend beaucoup de temps donc je n'ai pas souvent l'occasion d'y jouer. Je suis aussi un grand fan de jeux vidéos et de RPG (jeu de rôles) comme Final Fantasy. J'ammène toujours ma console sur les tournois. Le soir je rentre à l'hôtel et pour décrocher des matches je joue. Sauf si ma copine est là sinon elle râle un peu. (rires)

Tu vis de ta passion. Tu as conscience d'être un privilégié ?

Oh que oui. C'est ça qui est incroyable. Il n'y en a pas beaucoup qui arrivent à vivre de ce dont ils ont toujours rêvé. Le tennis c'est ma vie. Et même si je m'arrête dans dix ans, il me reste une deuxième vie derrière. Je ne regretterai jamais d'avoir fait ce choix.

Donc si tes enfants te disent qu'ils veulent devenir joueurs de tennis, tu les encourageras ?

Oui, mais je ne les y obligerai pas non plus. Je pense qu'il est important qu'un enfant s'amuse dans son sport. Si on perd la notion du jeu, ça devient trop dur. Tennis, foot, peinture, sculpture, ils feront ce qu'ils voudront, tant qu'ils s'éclatent comme moi je m'éclate avec le tennis.
"Grand Chelem", n° 6

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