« J'ose plus aller vers l'avant » - avril 2007

Publié le par Françoise

undefinedA la veille du Masters Series de Monte-Carlo qui se déroule jusqu’au 22 avril, Nice Premium a rencontré un jeune niçois en pleine ascension. A 22 ans, Gilles Simon est numéro deux français dans le classement ATP et fait partie des joueurs prometteurs de sa génération. Classé 23ème au niveau mondial, il a remporté son premier titre cette saison à Marseille.

Le jeune niçois est inconnu du grand public mais cela ne le dérange pas. Il se dit que ça viendra avec le temps et les résultats. Gilles Simon est désormais un habitué du circuit ATP puisqu’à 22 ans, cela fait déjà cinq années qu’il parcourt la planète pour frapper la balle jaune. Son début de saison, le dopage, les joueurs français, sa collaboration avec Thierry Tulasne, tout y passe. Sans tabou. Rendez-vous est pris en ce dimanche matin à l’hôtel L’Hermitage où les plus grands noms du tennis se pressent. De Marat Safin à Juan Carlos Ferrerro en passant par Tim Henman, tous veulent être présents pour ce rendez-vous si important.

Nice Premium : Qu’as-tu ressenti en remportant le titre à Marseille, ton premier sur le circuit ATP ?

Gilles Simon : Dans ma carrière, c’est le plus beau moment que j’ai vécu car ça m’est arrivé dans une période où je n’étais pas vraiment en confiance. C’était même au moment où j’étais le plus bas. J’étais très content d’arriver à jouer mon meilleur tennis sur toute une semaine. En plus, arriver à remporter le tournoi après avoir joué contre d’aussi bons joueurs, c’est assez incroyable pour moi.

N-P : Le fait que ce tournoi soit près de chez toi, est-ce encore plus important ?

G.S. : Oui, car c’est en France, dans ma région où j’ai beaucoup de famille que je ne vois pas souvent. Toutes les personnes que j’aime étaient là donc c’était vraiment un grand moment.

N-P : Tu as joué contre un ami, Marcos Baghdatis en finale, c’est difficile ce genre de rencontre ?

G.S. : Pas forcément car je pense que j’avais moins de pression que si c’était contre un autre joueur. Même si on n’a jamais envie de perdre une finale, le fait de jouer Marcos désinhibe un petit peu car c’est un bon joueur et je n’avais rien à perdre contre lui.

N-P : Cette saison, à part Marseille, tu n’as pas réussi à passer beaucoup de tours.

G.S. : J’ai commencé avec quatre premiers tours avant l’Open 13. Depuis, ça a été un peu mieux. Aux Etats-Unis j’ai atteint deux fois le troisième tour, une fois sur Roddick, une fois sur Chela. J’ai réussi à battre Robredo, un Top 10 à Indian Wells. Je jouais bien, j’avais retrouvé de la confiance. Je n’ai pas regagné de tournois mais la plupart des joueurs n’en gagnent pas beaucoup dans une carrière, la confiance est là, je suis 23ème à la Race ( sur la saison, au contraire du classement technique qui se fait dans la continuité des saisons NDLR ) donc je veux rester dans ces eaux-là.

N-P : Qu’attends tu du Tournoi de Monte Carlo ?

G.S. : Pour le moment, pas grand chose. Le tableau est sorti, je joue David Ferrer ( 16ème du classement technique NDLR ), un tour qui n’est pas facile. Mais je n’ai rien à perdre sur ce genre de matches. C’est lui qui est favori, qui est tête de série. Je vais faire ce que j’ai à faire, je pense que j’ai des chances de gagner donc il va falloir être solide et ne pas se mettre de pression sur ce match là.

N-P : Ton objectif sur le tournoi ?

G.S. : Il n’y en a pas vraiment. C’est tellement long. On regarde souvent les trois premiers tours pour se faire une idée. On verra ensuite si je passe les dex premiers tours.

N-P : Tu disais que tu étais dans une période de moins bien avant Marseille. Est-ce dû à ton changement d’entraineur puisque tu es passé avec Thierry Tulasne ?

G.S. : J’étais dans une période un peu de doute et mon ancien entraineur, Jérome Pottier, n’arrivait plus vraiment à trouver les mots pour me mettre en confiance, pour me motiver. J’arrivais à bien jouer en entrainement mais dès que j’arrivais en match, c’était beaucoup plus dur. Je retenais mes coups, je n’arrivais pas à me libérer et Jérome ne parvenait pas à m’aider. J’avais déjà travaillé avec Thierry Tulasne, deux ans auparavant et ça s’était bien passé. Il arrive à particulièrement me mettre en confiance et le hasard a fait que j’ai gagné dès le premier tournoi.

N-P : A quel niveau Thierry Tulasne t’a t-il le plus apporté ?

G.S. : C’est plus au plan mental car ça faisait deux ans que je m’entrainais avec quelqu’un d’autre donc tout ce que j’était capable de faire sur une semaine comme ça, je le dois plus à Jérome Pottier mais arriver à le jouer aussi bien, en confiance toute la semaine, je le dois à Thierry.

N-P : Qu’est-ce qui a évolué depuis que tu es avec Thierry Tulasne sur le plan du jeu ?

G.S. : J’ose plus aller vers l’avant, il a insisté sur la notion de plaisir, d’arriver à jouer son jeu même si je me sens mal.

N-P : On a appris il y a quelques jours que le Master Series de Monte-Carlo risquait d’être déclassé. Qu’est-ce-que tu en penses ?

G.S : Je ne sais pas trop. C’est bizarre de se dire qu’un tournoi n’allait plus avoir le même classement. On a l’habitude de certaines villes pour certaines catégories, c’est indissociable pour nous. C’est comme si on nous disait que l’un des quatre tournois du Grand Chelem se déroulait ailleurs. Il y a neuf Masters Series ( Indian Wells, Miami, Monte Carlo, Rome, Hambourg, Montreal, Cincinnati, Madrid, Paris Bercy NDLR ), je trouve dommage qu’on les fasse se dérouler ailleurs. Bien sûr, les Espagnols vont mettre leur veto au contraire des américains ou des asiatiques qui vont préférer Shangaï mais au final, notre voix, en tant que joueurs, ne compte pas.

N-P : En ce qui concerne le tennis en général, on assiste à un phénomène que l’on avait pas vécu depuis un moment, la suprématie de deux joueurs. Quel regard portes-tu sur cette hégémonie de Roger Federer et Rafael Nadal ?

G.S. : On avait eu cette situation il y a quelques temps avec Andre Agassi et Pete Sampras mais depuis, ça s’était calmé. Tout le monde pouvait battre tout le monde. Aujourd’hui, il y a deux joueurs qui, certes peuvent être battus, mais sont très forts. Roger Federer est doué sur toutes les surfaces et se met même à bien jouer sur terre battue. C’est très difficile pour les autres joueurs de se dire que tu vas te retrouver inévitablement face à un mec qui est quasiment imbattable. De l’autre, il y a Rafael Nadal qui est phénoménal. Il ne fait plus peur sur dur comme autrefois mais il est exceptionnel sur terre. Contre l’un ou l’autre, on ne peut pas faire grand chose même si certains y arrivent parfois.

N-P : Le parallèle va être facile avec un autre sujet qui touche le tennis, le dopage puisque guillermo Cañas qui revient de suspension vient de battre deux fois d’affilée Federer. Est-ce un sujet tabou dans les vestiaires ou vous en discutez entre joueurs ?

G.S. : Ce n’est pas un sujet tabou mais on n’en discute pas forcément. Dans ce sport, au contraire de d’autres, tout ne se joue pas sur le physique. Par exemple, pour battre Federer, il faut faire mieux que courrir partout. Bien sûr, quand tu joues un match sur terre, pendant cinq heures, ça encourage certains joueurs à se doper pour tenir cinq heures mais à un moment, au tennis, courrir partout, ça ne fait pas tout.

N-P : Un joueur a fait parler au niveau dopage, Rafael Nadal. Quel est ton avis là dessus ?

G.S. : C’est un joueur qui est très physique naturellement, c’est une belle bête. Quand j’ai envie de me faire une opinion, je me base sur la durée. Un joueur qui joue bien sur un ou deux ans et qui se blesse ou disparait, il n’est pas forcément positif à quoi que ce soit. Ceux qui courent toute l’année sans se fatiguer, là on peut avoir des doutes. Je sais comment jouer un match, c’est dur. J’ai joué des joueurs très physiques comme Robredo à Indian Wells mais comme il faisait 40°, il s’est effondré physiquement. Il y avait 7-6 3-3 pour lui, et ça a fait 6-3 6-0 ensuite. Il ne pouvait plus courir. Cela prouve que ces joueurs là malgré leur dimension physique, je ne pense pas qu’il y ait des doutes à avoir. Dès qu’on voit un joueur physique courir partout, on se dit : "Lui, il doit être positif ". Il y en a qui sont un peu physiques mais qui marquent aussi un peu le coup, être moins bien, peut être se blesser de temps en temps. Je pense que c’est trop tôt pour parler du cas de Nadal car il fait beaucoup d’efforts sur le court mais s’accorde du temps de récupération, il a des blessures et il a de plus en plus de mal à tenir son niveau de jeu et sa place. Je crois qu’il n’y a pas de doutes à avoir sur ce genre de joueurs, il est très jeune. Si à 28 ans, il court comme ça, on se dira qu’il y a peut être un problème.
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