« J'ose plus aller vers l'avant » (II) - avril 2007

Publié le par Françoise

undefinedN-P : Comment se passent les relations entre joueurs français ?

G.S. : On passe toute l’année ensemble et on s’entend bien. Quand vous vivez toute l’année avec ces personnes là autant faire en sorte que ce soit agréable. Les relations varient un peu, ça passe de la bonne concurrence parce que c’est sympa d’avoir pleins de joueurs français à des choses un peu moins belles quand il est question de sélections ou d’invitations dans des tournois. Je pense qu’il faut être assez détaché. Comme le dit Paul Quétin, entraineur physique à Roland Garros : " Le relations sont bizarres car on se voit toute l’année et on s’entend très bien mais quand il faut jouer le mec en face, c’est un peu étrange ". Ce sont des relations un peu à deux temps suivant qu’on soit au fin fond de la Croatie ou qu’on se joue au troisième tour à Roland Garros. Il faut se concentrer sur soi. Quelque soit notre adversaire, il faut oublier qui c’est et gagner.

N-P : Vous êtes trois jeunes dans les meilleurs français. Comment l’expliques-tu ?

G.S. : C’est dans l’ordre des choses. Il y a des générations qui partent, qui arrivent. Sébastien Grosjean et Arnaud Clément sont d’excellents joueurs, mais l’avenir nous appartient plus qu’à eux donc à nous d’essayer de faire en sorte de jouer le mieux possible.

N-P : La Coupe Davis a eu lieu la semaine dernière avec la défaite contre la Russie. Espère-tu rejoindre cette équipe un jour ?

G.S. : Sujet délicat ( rires ). Evidemment, j’espère jouer un jour. J’aurais même aimé jouer là car sur cette rencontre, j’avais tout pour prétendre à une place de cinquième homme. C’est pas une question de mérite car le sélectionneur fait l’équipe qu’il pense avoir le plus de chances de gagner. Je suis simplement déçu de ne pas être dedans. Dans ma tête, je me disais que s’il voulait me donner ma chance, c’était le bon moment. Je suis numéro deux au classement français, je suis jeune et je joues bien. Maintenant, ça va s’arrêter là car c’est une sélection, c’est un match dans l’année. Je n’ai pas été retenu cette fois-ci mais j’ai d’autres objectifs individuels. Guy forget m’a appelé, il m’a expliqué sess choix. Je n’étais pas d’accord avec la décision de prendre Paulo ( Paul-Henri Mathieu NDLR ) en numéro deux mais je le comprends. En revanche, je ne comprends pas le choix de Sébastien Grosjean en numéro cinq alors qu’il n’a pas de résultats depuis quelques temps. Beaucoup de joueurs attendent d’avoir leur chance en Coupe Davis, c’est dommage de ne pas leur avoir donné. Il a été sélectionné sur le seul critère de l’expérience car il ne peut pas l’être sur d’autres critères. Mais en ce moment, il y a des joueurs qui sont meilleurs que lui et avaient plus leur place au sein de l’équipe selon moi. Il y a deux rencontres complètement différentes entre la Roumanie où on te dit qu’il ne faut pas prendre de risque pour être sûr de se qualifier et la Russie où on te dit qu’il faut des joueurs d’expèrience parce que c’est un match important. On peut se demander alors quand est-ce qu’on donne leur chance aux jeunes.

N-P : Le tennis est l’un des sports les plus médiatisés. Or, qui dit médiatisation, dit gros gains. Est-ce que ça change quelque chose dans la vision du milieu ?

G.S. : Non car on joue au tennis depuis l’âge de six ans et à ce moment là, tu n’as pas de notion de gains. Tu joues au tennis par plaisir et parce que tu aimerais jouer à Roland Garros comme ceux qu’on va voir aux mois de mai-juin. C’est quelque chose qui vient en plus, et qui est forcément une très bonne chose pour nous, mais ça vient en plus, c’est un bonus. Il y a des sportifs qui font autant d’efforts que nous mais qui ne sont pas médiatisés et ne gagnent quasiment rien, c’est simplement une passion. J’aimerais que leur sport soit plus reconnu et qu’ils en vivent mais ce n’est malheureusement pas le cas. Il y a l’exemple, avec le foot notamment, pour une majorité de personnes, de gens qui viennent du même quartier qu’eux et qui ont réussi à s’en sortir. En tennis, ça se fait dans l’ordre des choses. C’est différent, on ne se dit pas : "On se met au tennis pour gagner de l’argent". On joue pour espérer affronter un jour ceux qu’on voit à la télé. C’est hyper dur d’arriver au haut niveau.

N-P : Est-ce que tu considères le sport comme un facteur social ? Est-ce que les parents ne mettent pas trop de pression sur leurs enfants pour améliorer leurs conditions de vie ?

G.S. : Le sport a de très belles valeurs : se dépasser, se battre, faire ce qu’on aime, prendre du plaisir. On le voit à tous les niveaux, des gens pratiquent le sport seulement pour le plaisir. Le sport lutte contre les inégalités sociales, puisqu’il y a vraiment un métissage, on ne regarde pas d’où l’on vient. On est là pour être le meilleur, tout le monde est au même niveau. C’est quelque chose qu’on retrouve moins dans la vie, c’est pour ça que le sport plaît.

N-P : Comment tu vis pour être tout le temps entre les avions, dans les hôtels, à travers le monde. N’est-ce pas difficile d’avoir une vie sociale ?

G.S. : Je ne sais pas, il faut demander à ma copine ( rires ). C’est jamais quelque chose d’évident mais ça fait partie du métier. Autant en profiter un maximum qu’on aime ou pas. C’est quelque chose de très sympa, tout le monde aime le faire au début, un peu moins à la fin de la carrière. C’est vrai qu’être dans les grands hôtels, sur les plus beaux tournois, dans des stades magnifiques, c’est agréable et plaisant. Il y a un moment où on se rend compte qu’on est très bien chez soi aussi quand on n’y est pas souvent. C’est sympa d’être auprès des personnes qu’on aime, c’est un bonheur particulier et on préfère souvent ça aux grands hôtels de luxe, on va dire. Mais on ne va pas se plaindre, on vit dans de bonnes conditions. Il ne faut pas oublier que ça dure qu’un temps, que dès qu’on commence à avoir trente ans, on arrête de jouer donc on aura tout le temps d’être chez soi après.

NP : Enfin si je te dis :

Nice : Mes origines
Premier ou première : Première victoire
Côte d’azur : Soleil
Sport en général : Les belles valeurs
Le tennis : Ma passion
Un sportif : un passionné
La suite de la saison : Qu’elle soit aussi bonne que le début
(Source)

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