Mardi 1 janvier 2008
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Qu’il a grandi, le jeune Gilles Simon, impressionnant vainqueur de Thomas Johansson hier. Il ne mesurait que 1,53 m à quinze ans !
UN NOUVEL ESPOIR du tennis français est né hier sur le central du palais des sports de Marseille. Nullement impressionné par le pedigree de son adversaire, le Suédois Thomas Johansson, le jeune
Parisien s’est offert à vingt ans sa première victoire sur le circuit majeur. Il fallait de la moelle pour venir à bout du vainqueur de l’Open d’Australie 2002, encore vingt-septième mondial. Une
fois l’effet de surprise passé et le premier set perdu 6-4, le Suédois revint à égalité.« J’ai eu un passage à vide dans le deuxième, expliquait Simon. J’ai réussi à rester concentré
pour me préparer au troisième. » Une manche décisive qu’il conduisit de mains de maître. Il breaka à la première occasion dans le quatrième jeu et conclut sur l’engagement adverse à sa
quatrième balle de match dans une salle aux anges. Simon célébra sans exubérance sa réussite. « C’est pas mon style », expliqua-t-il dans la première conférence de presse de sa
carrière.
C’est pourtant bien pour ce genre d’ovation qu’il court après une petite balle jaune depuis quatorze ans. « Quand j’étais petit, raconte-t-il, tout ce qui m’intéressait, c’était de
jouer dans un beau stade, devant du public. » Le petit Gilles avait besoin qu’on le voit, car il était invisible.« J’ai eu un gros problème de croissance. Quand je suis arrivé à l’INSEP, à
quinze ans, je ne mesurais que 1,53 m. Heureusement que Louis Borfiga, l’un des entraîneurs, a cru en moi. »
Cent sept matches la saison passée !
Sa chance, c’est aussi qu’il ait fait ses débuts à six ans, à l’US Fontenay sous Bois (région parisienne) où l’on avait la fibre compétition. Il passa six ans sous la coupe de Céline Duverrée au
bout desquels le système fédéral le prit en charge ; sport études de Poitiers, puis INSEP et enfin, l’année dernière, Centre national d’entraînement à Roland-Garros. À l’INSEP, il réussit à passer
son bac S, une réussite remarquable dans ce milieu. Question tennis, c’était moins spectaculaire. « Tsonga, Montcourt, Morel ou Recouderc partaient faire les grands tournois, se
souvient-il. Moi, comme j’étais encore le plus petit, je faisais avec les moyens du bord. C’est là que jeme suis bâti le style de jeu qui me permet de gagner maintenant. Je n’avais pas les
moyens physiques de battre mes adversaires. J’attendais patiemment qu’ils commettent une faute. »
Il ne paie toujours pas de mine. C’est lui qui le dit, mot pour mot. Avec son 1,80m, ses 65 kilos et ses jambes façon vieilles dames de Faizant, il apparaît d’abord hors sujet. Pourtant, les
habitués des circuits satellites ont appris à leurs dépens la saison dernière que ce joueur infatigable, à la superbe vision du jeu, était un redoutable client. C’est lui qui finit la saison
dernière avec le plus grand nombre de matches de simple joués (107). Une tendance qui n’est pas près de s’inverser. Après avoir terminé 2004 en gagnant deux tournois « futures », il a attaqué
l’année par une victoire au challenger de Nouméa, qui lui permet de pointer 148e à l’ATP.
Depuis septembre, il fait partie du groupe d’entraînement de Jérôme Potier et Thierry Tulasne. Ce dernier, qui le suit à Marseille, ne tarit pas d’éloges : « C’est un type brillant dans la vie
et qui sait parfaitement s’adapter sur un court de tennis, comme il l’a démontré contre Johansson. Il a un gros potentiel. » « Je sais qu’un jour, admet l’intéressé, mon jeu d’attente ne
va plus suffire. Mais jusqu’à ce que j’en prenne "une grosse", je n’abandonne pas mes convictions. » Sa progression de 300 places depuis un an les a solidement renforcées.
PASCAL COVILLE, L'Equipe
Par Françoise
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