Un cerveau fait pour le tennis - Australie 2006

Publié le par Françoise

SIMON AU-DELÀ DE SES FORCES
Après quatre heures et treize minutes passées à emberlificoter le jeu filou du Chilien Massu (61e), Gilles Simon s’est allongé pour le compte au bord du court. Transporté jusqu’en salle de massages en état d’hypotension, il eut juste le temps d’envoyer un SMS à son entraîneur, Jérôme Potier : « Viens, ça ne va pas bien. » Et, quand ce dernier arriva, il trouva son poulain… endormi. « Oh là là, il n’est pas bien du tout, plaisanta l’entraîneur. Mais Gilles n’est pas un génie de l’alimentation, et s’il a des qualités de fond exceptionnelles, il ne les entretient pas trop. Et comme il n’a pas l’habitude de matches en cinq sets, ça donne des choses bizarres… Heureusement, c’est un vrai matcheur. Et quand il ne pleure pas sur un court, c’est vraiment très bien ce qu’il peut faire. »
Hier, après avoir jonglé avec Nicolas Massu pendant les deux premiers sets par une alternance de balles cotonneuses et d’accélérations subites, Simon a fini par l’écoeurer en puisant les dernières gouttes de résistance dans la manche ultime. Conquis par le jeu déroutant de ce Français si difficilement débordable, Guy Forget exultait auprès d’Arnaud Clément à la fin de la rencontre.« Ce type est un génie ! Tu aurais vu comme il a eu Massu au bluff… »

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ON ATTENDAIT Gasquet et Monfils et on redécouvrira Gilles Simon et Julien Benneteau. Imités par un Fabrice Santoro plus fringant de jamais, ces deux jeunes gens, sortis des qualifications, ont gagné hier un deuxième match pour tripler déjà le nombre de Français qualifiés pour le troisième tour par rapport à l’année passée.

La palme revient à Gilles Simon, freluquet de vingt et un ans, dont les deux cuisses réunies pèsent moins qu’un des jambons de Serena Williams. À peine remis du malaise qui avait conclu les 4 heures 13 minutes de cavalcades nécessaires pour terrasser la médaille d’or d’Athènes, Nicolas Massu, il a rendu fou Tomas Berdych, l’impressionnant vainqueur du dernier tournoi de Bercy. Avec son air de ne pas y toucher et son jeu tout en toucher, Simon mit le Tchèque obtus à la torture. Derrière sa gueule de héros de sitcom pour midinettes, se dissimule un cerveau fait pour le tennis et un oeil d’horloger capable de radiographier au premier coup d’oeil les rouages de la mécanique adverse.

Longtemps en retard de croissance, encore très frêle pour son âge, Simon rappelle un peu par son style Miloslav Mecir ou Olivier Mutis, ces virtuoses du contretemps, avec plus de vitesse de balle que le Slovaque dans ses accélérations et plus de gnac que le Lorrain. Car, sous son air nonchalant, voire désinvolte, Simon est un bagarreur. Fatigué par son premier match, connaissant le goût de Berdych pour la cadence, il avait décidé de ne donner aucune intensité au match, ni par ses coups ni par son attitude. Le Tchèque tomba dans le piège. Agacé par les variations brutales de vitesse, horripilé par le zigue d’en face, il ne retrouva son tennis que très brièvement pour gagner le troisième set, mais la rechute le guettait au quatrième. Par cette victoire, Simon a atteint l’objectif primitif de sa carrière, entrer dans les cent premiers mondiaux. Il aura l’occasion de gravir quelques rangs supplémentaires s’il bat Thomas Johansson demain.

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Simon empêché
Le Français n’a jamais trouvé le bon tempo pour endiguer le déboulé de Thomas Johansson.

GILLES SIMON a pris du professeur Thomas Johansson « la leçon » qu’il estimait n’avoir encore jamais reçue d’un de ses pairs. Sèchement éliminé (6-3, 6-2, 6-1) par l’ancien vainqueur du tournoi (2002), le jeune Français est passé vendredi par toutes les épreuves : une attente dans les vestiaires (due à l’application du règlement sur les températures extrêmes), une première approche du Show Court no 2 (finalement avortée), un retour sur le même terrain quelques minutes plus tard, une interruption de la rencontre après cinq jeux (à cause d’une ondée prolongée), un transfert vers la Vodafone Arena et cette défaite, nette, carrée, implacable. Mais son humeur et son franc-parler n’en étaient pas pour autant affectés. « Nos mises en jeu n’étaient pas au même niveau, admit-il de bonne grâce. Au niveau du service et du retour, il n’y avait pas photo. Je n’ai pas réussi à lancer l’échange. J’avais l’impression que trois points par jeu n’étaient pas disputés… C’est dommage parce qu’en fond de court, j’étais à la hauteur. Mais je n’ai jamais trouvé le bon rythme. »

À juste titre satisfait de sa tournée dans le Pacifique, Simon pointait du doigt les faiblesses qui le cantonnent encore dans l’antichambre des grands. « Tout part du physique, et il est clair que j’ai du pain sur la planche, dit-il. Je pense avoir naturellement une bonne résistance, mais les matches en cinq sets, c’est autre chose. C’est très dur physiquement, que ce soit au niveau des conditions de jeu, de l’intensité et de la qualité de l’opposition. Il va falloir que je me renforce dans le bas du corps. Le problème, c’est que je pars de zéro… Ça va être long, ça va être dur, mais il faudra bien y arriver. »

Avant de penser à l’avenir, le Français souhaitait aussi savourer le présent : « Il ne faut pas me laisser pourrir par cette défaite. Je ne veux pas me laisser abattre. J’ai quand même gagné dix matches d’affilée (cinq au Challenger de Nouméa, cinq à Melbourne), je suis convaincu de ce que je suis capable de faire avec une raquette. Pendant un mois, j’ai su garder une intensité de concentration. C’est ma principale satisfaction. Je suis sur la bonne voie. » Elle le mènera dans les prochaines semaines à Andrézieux et Wroclaw (deux challengers), puis sur les qualifs de Marseille et de Rotterdam.
VINCENT COGNET - L'Equipe, janvier 2006

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