Mercredi 2 janvier 2008
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Simon si spécial
À vingt et un ans, le Français au jeu atypique a fait tourner la tête de Berdych, dernier vainqueur de Bercy.
C’EST UN OBJET tennistique non identifié que venait de rencontrer un Berdych, tout aussi déboussolé après le match qu’il l’avait été sur le terrain. Un joueur malingre mais résistant, aux coups
alternativement cotonneux et puissants, venait de le faire tourner en bourrique en tricotant un étrange scénario. « Pffff, grommelait le Tchèque, comment voulez-vous rester dans le
tempo avec quelqu’un comme lui ? Il est un peu comme ces Français qui donnent l’impression de jouer en… (les bras ballants, il mime une allure totalement nonchalante). Il plante trois gros
services, puis sert à la vitesse de quelqu’un qui lance la balle à la main. Il donne l’impression d’être crevé, et sort des coups sortis de nulle part… » Mais pour une fois, Gilles Simon
n’avait pas bluffé : l’homme du circuit qui compte le plus de victoires en 2006 (10), quatre de plus que Federer, était lessivé. Après avoir fait tourné ses menus mollets jusqu’à l’épuisement face
à Massu lundi, il avait prévu de temporiser pour voir de quel bois se chauffait l’impétueux rookie tchèque. Heureusement, ce dernier était de bonne grâce, bien bêta de n’avoir pas compris qu’il
suffisait de faire courir le Français aux jambes en béton.
« Berdych n’a pas énormément réfléchi et m’a bien aidé, rigolait Simon. Pendant tout le match, j’espérais que ça allait continuer comme ça, qu’il allait m’offrir des jeux à quatre
fautes directes, à mettre ses mites dehors et à s’énerver tout seul. Et je me suis appliqué à ne surtout mettre aucune intensité tout au long du match ! »
Malin et teigneux
Au terme d’une partie finalement aussi insolite que lui, les digressions bavardes du garçon venaient confirmer son sens aigu de l’analyse. Son air très juvénile, dernière manifestation d’un retard
de croissance estimé à deux ans, peinait à cacher une personnalité bien trempée.« Je suis atypique, reconnaissait-il sans fard. Personne ne sait vraiment qui je suis, pas même moi. Comme tout
le monde, je suis capable du meilleur comme du pire, mais dans les extrêmes… »
Porté par des dons naturels propices à certains relâchements, Gilles Simon n’est sûrement pas toujours facile à appréhender par son environnement. Son apparente désinvolture peut déconcerter ceux
qui n’ont pas compris qu’il pouvait se montrer teigneux dans l’effort. Il est assez têtu pour ne pas toujours suivre les bons conseils. « Je sais que Jérôme (Potier, son coach) me prend pour un
touriste au niveau du travail foncier. C’est vrai que ce n’est pas très normal de ne plus pouvoir marcher après un match de premier tour. Pour lui, il faudrait que je travaille plus. Mais j’ai des
périodes, et parfois, ça me gonfle ! Je n’arrive pas toujours à mettre la même intensité à l’entraînement qu’en match. Si je rate un revers, ce n’est pas grave, j’en aurai encore trente à
tenter… »
On imagine les dialogues orageux avec son entraîneur, qui n’est pas le dernier pour piquer au vif les élèves turbulents. « C’est dommage, Gilles n’est plutôt pas bosseur du tout, faisait
semblant de regretter Potier, hier. Il a tant de qualités naturelles qu’il n’a pas pris l’habitude de travailler. Pourtant, il a des possibilités : il développe un meilleur rapport
poids-puissance qu’Ascione (surnommé le Beef) ! Mais attention, c’est un talentueux, un malin et un teigneux. Et surtout, il a arrêté de pleurer. Quand il ne raconte pas sa vie sur un court, ça
devient bien meilleur. » Tenace, Gilles Simon a pris son temps pour acquérir cette forme de maturité. Leader voilà deux ans du classement ATP du plus grand nombre de matches joués (120 !), il
n’avait pas non plus hésité à tester l’an dernier durant trente-sept tournois (84 matches) ses aptitudes retorses au changement de rythme. Et s’il n’avait pas pu percer en junior à cause d’une
charpente qui tardait à se construire, il a fini par dérouter des adversaires de plus en plus haut placés dans la hiérarchie.
« Ce qui me manquait jusqu’à maintenant, c’était la régularité, précisait-il hier. J’arrivais à battre pas mal de garçons dans les cinquante premiers. À côté, je perdais dans des premiers tours
de Challenger. Et si je ne suis pas surpris d’avoir pu battre des joueurs comme Massu ou Berdych, je suis tout de même étonné d’arriver à tenir mon niveau de jeu. » Du coup, impayable avec son
franc-parler ravageur, il pouvait envisager un avenir radieux. « Est-ce que je me fixe des limites ? Pour l’instant, je vous dirais non. »
FRANCK RAMELLA - L'Équipe 2006
Par Françoise
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