« Simon, ça déchire ! » - Hambourg 2006

Publié le par Françoise

Une fin de match formidable a permis hier à Gilles Simon d’écoeurer Gaston Gaudio, le vainqueur de Roland-Garros 2004 !

HAMBOURG – IL EST PRESQUE 15 HEURES, hier à Hambourg, quand Gaston Gaudio serre la main de Gilles Simon. La poignée de main se prolonge, l’Argentin semble attendre quelque chose du Français. L’espérer, en tout cas. Quelque chose comme : « J’ai joué le meilleur match de ma vie. » Le Français ne lui offrira pas cette mince consolation.

Après avoir été mené 4-1 dans le troisième set par un solide Gaudio, neuvième mondial et vainqueur de Roland-Garros il y a deux ans, Simon vient de remporter les cinq derniers jeux du match au terme d’un festival offensif rarissime. Selon son adversaire, déjà peu enclin au sourire d’ordinaire et franchement énervé hier (au point de déchirer son short de rage, à 4-4 au troisième set !), pas de doute : le sort avait choisi son camp. Comment expliquer autrement que ce petit Français, armé de quatre allumettes à la place des bras et des jambes, ait réussi autant de coups gagnants sur les lignes ?

Hier, Gilles Simon a posé une nouvelle pierre sur l’édifice qu’il bâtit patiemment depuis des mois. Sa plus belle pierre. Parmi les cent meilleurs joueurs du monde, personne n’a autant joué que lui en 2006. Avec 43 parties disputées (qualifs et tournois challengers compris), « Game Boy », comme le surnomment les Belges du circuit à cause de son amour des jeux vidéo, a pour second… Roger Federer (41). Le ratio est certes moins impressionnant (32 victoires et 11 défaites contre un bon 38-3 ce matin pour le numéro 1 mondial) mais la progression plus fulgurante.
Matricule 124 au 1er janvier, Simon intégrera le club des 50 dès lundi. Une victoire aujourd’hui contre le grand serveur-volleyeur bélarusse Max Mirnyi, redoutable à Hambourg, lui permettrait d’atteindre à la fois son premier quart de finale en Masters Series et le poste honorifique de numéro 4 français à l’ATP, devant Richard Gasquet…

« Je sais qu’un jour, mon jeu d’attente ne va plus suffire. » Prononcée en février 2005 à Marseille où, pour la première fois, il avait franchi un tour dans un tournoi ATP, cette phrase de Simona pris tout son sens hier au cours d’une partie qui résuma à elle seule son joli début de carrière. D’abord tenir, puis piquer. « Ma priorité était de prendre beaucoup de plaisir et de jouer à fond pour voir où j’en étais, expliqua le Français après son match. Il a mené 3-1 mais j’ai vu tout de suite qu’il était nerveux. Je me suis concentré sur la cadence du fond et je me suis senti plus fort que lui jusqu’à 6-4, 1-0. Après, il s’est mis à ne plus rater, il a changé de catégorie et bien que j’aie continué au même niveau qu’avant, je me suis retrouvé mené 3-0 au troisième set. » Ça y était : son jeu d’attente ne suffisait plus…

À quinze ans, Simon mesurait 1,53 m. Son tennis s’est développé proportionnellement à son retard de croissance. Pas de service-volée, pas de coups surpuissants. Mais de la jugeote, de la vivacité et du délié dans la technique. La fluidité rappelle Mutis, le revers Escudé et la malice Clément. Le cocktail ne manque pas de saveur. Ni de talent. Gaudio le sait depuis cette fin de match d’hier… « À 3-0 pour lui, raconta Simon, quitte à perdre, je me suis mis à “mettre des sacs” (tenter des coups gagnants, selon le lexique ATP). Ils sont rentrés, c'était une bonne nouvelle. Et puis c’était super agréable parce que je ne frappais pas ces coups de dingue dont on se dit “celui-là, je ne le referai plus jamais” ; non, là, c’était près des lignes et ça me paraissait normal ! Franchement, même si j’avais pris 6-3 au troisième, j’aurais quand même considéré que c’était le meilleur match de ma carrière. » Gaudio aurait bien voulu entendre ça.
JULIEN REBOULLET – L’Equipe, 18.05.2006

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