« Tant mieux si j’énerve » - Monte-Carlo 2006

Publié le par Françoise

GILLES SIMON, vainqueur de Berdych, se plaît à déstabiliser ses adversaires avec son jeu atypique. 

Révélé par une victoire sur le Tchèque Tomas Berdych au dernier Open d’Australie, Gilles Simon a profité d’une nouvelle rencontre avec le vainqueur du Masters de Bercy pour se hisser au troisième tour. En utilisant son endurance naturelle et sa science du jeu. Finaliste dimanche du tournoi de Valence, le jeune Français (vingt et un ans) a dû puiser dans ses ressources, hier, pour s’en sortir en trois sets (7-6, 6-7, 6-4). Ce stakhanoviste des tournois, qui n’est pas un foudre d’entraînement, n’en est pas à un paradoxe près. 

« ÇA A ÉTÉ LONG et douloureux…

Au troisième set, j’étais fatigué, je ne me voyais pas sortir en vainqueur. C’est mon septième match en dix jours, physiquement, c’est très dur. J’ai été breaké le premier, mais comme on était assez proches, je me suis accroché et j’ai exploité sa première baisse de régime.
– Vous aviez déjà fait des misères à Berdych à l’Open d’Australie.
– J’ai beaucoup moins bien joué cette fois. J’avais trop de mal à frapper dans la balle. Je me contentais de la remettre doucement, puisqu’il n’aime pas ça. Il avait du mal à terminer les échanges. Mais, au contraire de l’Australie, je n’ai pas été capable de lui planter des accélérations.
– La récupération devient primordiale. Comment allez-vous vous préparer à affronter Ivan Ljubicic ?
– Les massages, c’est non. Je vais me reposer à l’hôtel. De toute façon, Ljubicic n’est pas le joueur le plus physique du tournoi. Ça va se jouer en très peu de frappes, donc physiquement, ça devrait aller. Mais, bien sûr, ça sera très dur de gagner, parce que c’est l’un des tout meilleurs joueurs du monde.
– À quel moment, cette saison, avez-vous senti que vous franchissiez un cap ?
 – J’ai eu une première bonne surprise en Australie (il avait atteint le troisième tour). J’ai très bien joué. Je me suis agréablement surpris. Mais à l’opposé, lors de la tournée aux États-Unis, malgré une impression de bien jouer, je n’ai rien fait de bon. J’ai enchaîné plusieurs défaites dans les premiers tours, c’était pas très drôle. J’ai été obligé d’admettre que je n’étais pas tant au niveau que ça. C’est pour ça qu’il était important que je retrouve le chemin de la victoire.

« Depuis tout petit, je suis un “matcheur” »

– Est-il vrai qu’il y a une affiche au Centre national d’entraînement à Roland-Garros qui dit : “Pour Gilles, le gymnase, c’est par là !” ?

– Ça, c’est une vanne de “Jéjé” (Jérôme Potier, son entraîneur). Je n’ai pas la réputation d’être un gros bosseur mais c’est de moins en moins justifié. De toute façon, j’ai connu un développement physique très tardif et je n’aurais pas pu encaisser cette dose d’entraînement. Après, j’ai toujours préféré la compétition. Depuis tout petit, je suis un “matcheur”. J’ai eu le record du plus grand nombre de matches joués sur le circuit en 2003 ou 2004 avec 120 matches. Ça a surpris tout le monde. Moi, ça me paraît normal. J’ai l’impression que depuis l’âge de dix ans, je fais des saisons à rallonge. Ceci dit, c’est vrai que l’entraînement, c’est quelque chose que je n’aime pas forcément, tout en me rendant compte que ça sert beaucoup.
– Vous êtes un joueur toutes surfaces ou avez-vous une préférence ?
– Je peux jouer sur toutes surfaces, mais j’ai une prédilection pour le dur extérieur. Sur terre, je peux très bien jouer, mais j’ai du mal à y être constant. L’an dernier, j’ai eu du mal à maintenir un bon niveau de jeu sur deux mois.
– Sur le terrain, vous avez un côté joueur d’échecs.
– J’y ai joué, quand j’étais jeune. En général, je vois assez bien ce qu’il faut faire sur un court. Mais ça ne suffit pas. Encore faut-il avoir les coups pour l’appliquer. En finale à Valence, la semaine dernière, je voyais bien ce qu’il fallait faire, mais je n’y arrivais pas.
– On dit dans le milieu que vous êtes vraiment un joueur à part, avec un jeu bien particulier, qui énerve.
– Tant mieux si j’énerve. Mais je ne vois pas pourquoi. C’est vrai que je suis un contreur, mais je ne suis pas le seul. Non, franchement, je n’ai pas l’impression d’être un OVNI.
– Et maintenant, avez-vous des objectifs particuliers, pour ce qui est de votre classement, par exemple ?
– Non, non, je suis à un “sale” classement (il est soixante-neuvième). Il me faut 200 points de plus pour gagner dix places. L’objectif, c’est d’aller le plus loin possible dans les tournois. Comme ici, où j’ai bien exploité ma wild-card. »
PASCAL COVILLE, l'Equipe, 20.04.2006

Publié dans Interviews

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