Simon, la mécanique du fluide - Mai 2008

Publié le par Françoise

Il a seulement 23 ans et traverse le circuit ATP dans un relatif anonymat, malgré deux tournois remportés et une belle 34e place mondiale (classement début mai). Partons à la découverte de Gilles Simon, joueur atypique et attachant.

Fluide. C’est l’un de ses adjectifs préférés, dans un vocabulaire aussi riche que la palette de ses coups. Fluidité du corps, lui, l’animal hybride de l’ATP Tour, comme si on avait réuni les vertus de la pieuvre et de l’araignée pour les marier avec la tonicité du kangourou. Fluidité, aussi, d’un esprit en contorsions permanentes. Car Gilles Simon fait les questions, les réponses et s’analyse en même temps avec moult traits d’humour tracés au hasard de ses inspirations. Peut-être un jour consentira-t-il à plier les jambes en fond de court, mais on s’en fout un peu, à dire vrai. Parce qu’il joue déjà divinement bien au tennis et qu’on le trouve encore plus drôle comme ça.

L’enfance d’un chétif
Quoi qu’il arrive, Gilles Simon aura réussi la première partie de sa vie : « J’ai toujours rêvé d’être fort et de jouer tous ces grands tournois, donc mon rêve de gamin s’est déjà réalisé. Parce que sur le circuit, on s’est tous un jour demandé : « Mais où va-t-on ? Qu’est-ce que je vais faire de ma vie ? » Ce n’était pourtant pas gagné à la sortie de l’adolescence : il était classé seulement -15 à 18 ans, l’âge où Hewitt et Safin s’apprêtaient à ouvrir leurs compteurs en Grand Chelem. « Mais je savais dès le début que je n’y arriverais pas très tôt, parce qu’un retard dans ma croissance m’avait fait perdre trois ans. Il fallait se rattacher à des trucs plus simples. Genre : il existe beaucoup de mecs, surtout en France, qui ont percé plus tard. Forget et Pioline ont dû obtenir leur meilleur classement à 26 ans. » Avec deux titres en poche (Marseille et Bucarest en 2007), Simon est plutôt en avance sur ses deux aînés : « Je n’ai jamais stagné, ça a été relativement fluide pour arriver jusque-là. »

Laser ou pousse-caillou ?
Gilles Simon s’est fait connaître début 2006 en faisant déjouer plusieurs de ses adversaires, notamment le Tchèque Tomas Berdych, avec un jeu à base de balles cotonneuses. « Mais je ne le fais presque plus. Les mecs devaient me trouver nul, mais ils ne sont pas cons, ils ont vite compris l’affaire et c’est devenu beaucoup plus dur. Maintenant, je gagne sur mes atouts, et pas sur les faiblesses de l’autre. Même si, parfois, je suis obligé de retomber là-dedans quand je ne me sens pas bien. »
On le préfère cependant quand il exprime tout son potentiel de vitesse et de créativité : « J’aime bien mon jeu quand j’ose le jouer. On va encore dire que j’ai le « chou », mais je n’aurais pas supporté d’être laborieux. Je suis trop joueur, trop ludique dans ma vie. J’ai toujours cette envie de balancer un missile en coup droit, qui va beaucoup plus vite que la plupart des mecs qui le tentent. »

Je m’aime, moi non plus
Sûr qu’il pourrait lui aussi améliorer son jeu vers l’avant et au filet : « Mais j’ai vu Agassi gagner des Grand Chelem sans faire une volée, alors… » Sûr que ses 65 kilos n’effraient pas plus que ça les poids lourds du circuit : « Pourtant, quand j’ai battu Canas et Robredo, c’est eux qui ne pouvaient plus courir à la fin. » Reste le mental, la vraie zone de turbulence du Simon de tous les jours. Avec une franchise rare dans un milieu où on préfère souvent se mentir doucement pour mieux se rassurer,il dit : « Je n’ai plus peur de prendre une branlée contre les meilleurs puisque je suis persuadé que je joue aussi bien qu’eux. En revanche, j’ai du mal à plier les matches. Comme si dans ma tête, je me disais : « OK, je peux gagner, mais ça m’arrangerait bien de perdre…. » »
Revient alors en mémoire une de ses nombreuses phrases déjà cultes, lâchée à la sortie d’une défaite contre Youzhny à Indian Wells en mars dernier : « Parfois, je me demande si je n’ai pas peur d’être trop fort… » Explications : « Ça m’est arrivé pendant la rencontre, comme ça. Je jouais bien et je me suis dit : « C’est trop facile… » C’est hyper orgueilleux et mal placé parce que c’était contre un mec qui fait quand même des demi-finales de Grand Chelem. N’empêche, c’est ce que j’ai ressenti. Idem contre Nadal à l’Open d’Australie : j’ai balle de set à 5-2, mais je ne lui mets pas 6-2. Comme si j’avais peur que ça dérange de mettre 2 et 2 à Nadal, alors que je devrais ne rien en avoir à foutre. Je crois que j’ai besoin de régler mes problèmes de motivation, d’ambition et d’orgueil. »

C’est grave, docteur ?
Et un petit travail de préparation mentale, vite fait, pour trouver quelques pistes ? « On a assez de problèmes pour s’en rajouter. J’ai l’impression que même si tout va bien, le préparateur mental va te trouver un truc qui déconne. Comme chez le podologue : même si t’as les pieds parfaits, tu ressors avec des semelles. » Peut-être un psy aurait-il lui-même besoin d’une séance de soins après une rencontre avec Gilles Simon… Puis il continue sa balade intérieure à haute voix : « J’ai l’impression que tant que les gens ne pensent pas que je suis capable d’exploits, je n’ai pas le droit de le faire. Je crois que je n’aime pas être jugé, en fait… » Le besoin d’être aimé, peut-être ? « Ça me ferait chier de ne pas l’être, oui. Je veux que les gens soient contents de venir me voir jouer. Je ne suis sans doute pas assez blindé par rapport à l’avis extérieur. On a tous un travail à faire sur soi et, moi, je suis en plein dedans. » C’est finalement juste à côté de chez lui qu’il trouvera la source d’inspiration : son vieux pote de l’Insep Jo-Wilfried Tsonga : « Il a toujours été persuadé qu’il était plus fort que tout le monde. Quand il joue Feliciano Lopez à Wimbledon, il dit : « Attends, il a fait quoi à part un quart de finale à Wimbledon ? » Jo, il ne se ment pas, il le ressent. Quand il joue Nadal, il est sûr qu’il va gagner, contrairement à moi. »
Texte de Philippe Chassepot - Journal du tennis - Roland-Garros 2008

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freeman 19/12/2009 02:05


Je comprends mieux pourquoi les journalistes le portent pas dans leur coeur.
Il a quand même sacrément la grosse tête. Et encore j'imagine qu'il nous épargent toutes les phrases qu'il sort en interview.
Paradoxalement je le sens pas très sur de lui. Il se contredit souvent dans ces déclaration.
Je pense tant que c'est confus dans sa tête il devrait garder çà pour lui.
Espérons qu'avec le temps il gagne en maturité car c'est un de mes joueurs préférés qui gagnerait à être connu