Simon en format géant - Toronto 2008

Publié le par Françoise

Plein de toupet, le Français a battu Roger Federer dans la nuit de mercredi ! Vainqueur hier d’Acasuso, le voilà en quarts de finale.

Vainqueur du quatrième titre de sa carrière dimanche, à Indianapolis, détenteur du meilleur classement de sa carrière cette semaine (22e), Gilles Simon est lancé comme un bolide. Très solide du fond, il a privé de solutions le numéro 1 mondial en personne, mercredi soir (2-6, 7-5, 6-4). Ça faisait trois ans qu’aucun Français n’avait dominé maître Federer.

UN CRI, deux poings serrés, et c’est tout. Pas de danse du scalp pour Gilles Simon, grand manitou des coupeurs de têtes. Dans les gradins, son entraîneur, Thierry Tulasne, qui en a vu d’autres, secouait sa tête, incrédule. Maman Simon avait les larmes aux yeux et, ici et là, on entendait des « Oh my god ! » qui résumaient bien l’atmosphère générale après la défaite d’entrée du Suisse (2-6, 7-5, 6-4 en 2 h 1’). Les désastres s’enchaînent pour Federer. La nouveauté vient de la nationalité de ce nouveau tourmenteur. Mais qui mieux que Simon pouvait faire retentir le chant du coq ? Trois ans que le tennis français cherchait un successeur à Gasquet, le dernier des siens à avoir battu le boulimique numéro 1 mondial. « Après la balle de match, raconte le héros, j’ai poussé un cri dans lequel j’ai tout lâché et, après, je suis redevenu calme. Je n’allais pas faire la vague comme Stepanek à Rome ou six fois le tour du terrain comme Volandri en 2007. Ça n’est pas mon style. » Ça n’est pas son genre non plus de la jouer détaché : « C’est juste énorme. Mais pour l’instant, je n’ai pas le droit de célébrer. Mon tournoi n’est pas fini. Mais attention, après, je vais me faire un grand kif. Ce qui est génial, c’est d’avoir battu Federer en étant toujours derrière. » Cette course-poursuite lui a cependant facilité la tâche. « Je ne risquais pas d’avoir peur de gagner, comme ça m’est arrivé dans mon premier set lors de mon dernier match contre Nadal. » Il n’a pas battu le meilleur Federer, mais Thierry Tulasne insiste : « Ç’a été un très bon match, sauf au tout début, quand Gilles a été débordé. »

« Alors, c’est qui le patron ? »
Il y eut, surtout au deuxième set, des échanges d’une grande intensité du fond de court.« Gaël (Monfils) m’avait dit : “T’inquiètes pas, avec lui, t’as quand même du temps pour jouer”, raconte Simon. Tu parles ! Au début, avec tous ces missiles que je prenais... Ah ! j’y ai pensé au Gaël. » Au moins le temps de faire tourner à plein régime les baguettes qui lui servent de jambes. « J’avais décidé de vivre ou mourir avec mon jeu à moi. Du droite gauche et hardi petit ! Par moments, ça partait tellement vite de son côté et du mien. Un joli ping-pong ! » Et ça a marché. D’autant que Federer rejetait ce scénario. « Il ne voulait pas rester au fond du court, analyse Tulasne. J’ai l’impression qu’il est à la recherche de l’antidote contre Nadal et qu’il veut désormais aller plus vers l’avant. Mais Gilles et un sacré contreur et un bon passeur. » Pas prudent en effet de changer son jeu face à un malin comme Simon. Ce lycéen brillant a toujours promené un regard acéré sur son sport. Ses opinions, on les connaît. Il ne faut jamais lui demander s’il a cinq minutes devant lui. Une demi-heure plus tard, il est toujours là, à tchatcher.
Sacré Simon, qui faillit bien passer à travers les mailles du filet fédéral, trop grandes pour lui avec ses jambes fluettes (elles le sont restées) et son petit gabarit (il a bien grandi). « Si Luigi Borfiga, qui croyait en lui malgré des résultats décevants et des pépins physiques, ne l’avait pas gardé à l’INSEP, raconte Tulasne, il ne serait pas là aujourd’hui. » Merci à Luigi et bravo à « Tutu », qui s’est investi avec lui dès 2004 pour ses premiers résultats sur le circuit, avant de devoir l’abandonner pour des raisons de redéploiement à la FFT. « Ça fait près de deux ans que je l’ai repris, précise-t-il. Cet exploit, il ne vient pas d’hier, même si j’avoue qu’il m’a épaté. Être capable de finir le match comme il l’a fait, ça prouve une force mentale extraordinaire. Je croyais bien le connaître, mais en fait, je continue à le découvrir. » Quand les deux hommes se sont retrouvés dans les vestiaires, la scène n’a pas manqué de sel. « Je lui ai lancé : “Alors, c’est qui le patron ?”, raconte Simon. Et lui m’a répondu : “Mais, qu’est-ce qui s’est passé ?!” » Non, Tulasne n’avait pas rêvé. « En quinze ans de carrière de joueur et autant comme entraîneur, j’en ai vécu des moments forts, avouait-il. Mais celui-ci, c’est le plus beau. Et il n’y a pas que moi qui ai été impressionné. Tout le monde dans le vestiaire est venu féliciter Gilles. Même Söderling, qui ne décoince jamais, a traversé le vestiaire. Les gens sont même venus me féliciter, moi. Un truc qui n’arrive jamais. » Désormais, le Français va pouvoir enlever son étiquette de « champion des petits tournois ». Quatre titres déjà, mais pas le moindre huitième de finale en Grand Chelem ni le moindre quart en Masters Series. Enfin, ça, c’était jusqu’à hier et une très propre victoire de confirmation contre l’Argentin Jose Acasuso (6-3, 6-4). Pourtant, « la nuit n’a pas été reposante, racontait Simon hier. À chaque fois que je fermais les yeux, des tas d’images me revenaient. Mais je la voulais, cette victoire. Si j’avais perdu, mon succès sur Federer n’aurait plus eu la même saveur. » Et l’aventure continue. Ce sera aujourd’hui face au teenager croate Marin Cilic, tombeur surprise d’Andy Roddick hier mais que Simon a déjà battu deux fois.
L'Equipe, 24.07.2998

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