Quel horizon pour Simon ? - Juillet 2008

Publié le par Françoise

Battu samedi par Kiefer après un combat de trois heures (6-7, 6-3, 7-6), Gilles Simon, avec ses neuf victoires d’affilée, possède désormais un nouveau standing.

LA PRESSE ANGLOPHONE commence à l’apprécier. Il y a son accent à la Maurice Chevalier, mais surtout cette volonté de raconter, qui est une aubaine. Après son marathon contre Nicolas Kiefer, le nouveau numéro 2 français a tout décortiqué. À commencer par ce dernier coup de reins manqué alors qu’à 5-5 dans le tie-break du troisième set, il n’était plus qu’à deux points de la première grande finale de sa carrière. Il y a aussi son nouveau statut et des ambitions qu’il prend soin de mesurer. Son entraîneur, Thierry Tulasne, prend moins de précautions. L’un et l’autre savent que la démonstration de Toronto ouvre de nouveaux horizons.
A-T-IL FINALEMENT PAYÉ SA DÉBAUCHE D’EFFORTS DE LA QUINZAINE ?
Dix matches en treize jours, c’est beaucoup. Samedi, on le vit s’affaisser sur ses appuis en fin de course. « J’ai pu aller chercher l’amortie sur le dernier point du match, donc j’en avais encore un peu sous le pied, mais ce n’était pas l’idéal d’avoir à jouer un match aussi long (2 heures 59). » C’est pourtant lui qui imposa cette tactique à rallonge. Comme la filière longue ne venait pas à bout de l’Allemand, pimpant malgré ses trente et un ans, il fallait accélérer. Il le fit en fin de match, mais trop tard. « J’ai un petit regret, avouait Thierry Tulasne, c’est qu’il n’ait pas utilisé le plan B, qui consistait à varier le rythme. » « Sur les deux derniers jeux de service de Kiefer, je ne suis pas assez entreprenant », confirmait l’intéressé. Ça s’est joué à trois fois rien, mais pas sur le physique de « marathon man ».
PEUT-IL ENCHAÎNER À CINCINNATI ?
Après avoir réussi la liaison entre son titre à Indianapolis et Toronto, peut-il faire la passe de trois cette semaine et aller encore loin dans le tableau ? « Avant, j’avais tendance à décompresser après une bonne semaine. C’est la première fois que j’enchaîne deux bons tournois. J’espère que ce n’est pas un coup de bol. » Un destin malin a remis Kiefer sur sa route d’entrée à Cincinnati. « C’est à celui qui en aura le plus envie. On va être dans le même “trip”, dans une vague de décompression, sauf que moi, j’aurai la rage. » Dur quand même d’enchaîner une troisième semaine au top.
QUEL CAP A-T-IL FRANCHI ?
« Je ne viens pas de nulle part, corrige-t- il pour ceux qui le découvrent. L’an passé, j’avais gagné deux titres et fini l’année 29e. » Pas facile de se sortir de l’ombre des Gasquet, Tsonga, Monfils et compagnie. Mais les spécialistes connaissaient déjà sa valeur. Lui ne découvre pas son potentiel. « J’avais l’étiquette d’un joueur de petit tournoi. C’est vrai qu’avant d’arriver ici, je n’avais jamais été au-delà d’un troisième tour en Grand Chelem ou en Masters Series. Mais, la plupart du temps, je n’avais pas été éliminé par des truffes. Ce que je retiens de cette quinzaine, c’est que je suis capable de gagner des matches où je suis fatigué. » « C’est sur le plan mental qu’il a franchi un cap, précise son coach. Avant, il avait des absences pendant un match. Maintenant, il joue tous les points. Ses adversaires le savent désormais. »
PEUT-IL RÊVER DU « MASTERS » ?
« Il ne faut pas s’emballer, modère Simon. Je sais que je suis proche de la dixième place à la “Race” et qu’au mois de juillet, ce classement commence à vouloir dire quelque chose. Mais il reste beaucoup de points à distribuer. » « Bien sûr qu’il pense au “Masters”, corrige Tulasne. Il fait gaffe à ne pas faire de déclaration pour éviter que ça lui revienne dans la figure. Mais on en parle. » Attention à ne pas se mettre une pression inutile… « Pas de danger, répond “Tutu”. Il espère y aller, mais ne sera pas déçu s’il échoue. » Une certitude, aujourd’hui, Simon est numéro 1 français à la « Race ». « C’est très motivant pour lui, reprend Tulasne. Il y a une grosse émulation entre lui et ses potes Tsonga, Monfils ou Gasquet. »
À QUAND « LE GRAND KIF » POUR FÊTER SA BELLE QUINZAINE ?
« Pas maintenant, car je suis un pro, répond-il avec un sourire malicieux. Mais dès que je suis éliminé à Cincinnati, direction le “McDo” le plus proche. Ils font un dessert dont je raffole, je peux en manger douze. » Première faute de goût depuis quinze jours.
L'Equipe, 28.07.2008

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