Tout sur ce Français que 'personne' ne connaît - août 2008

Publié le par Françoise

Tennis Magazine : L'actualité imminente, ce sont les Jeux Olympiques que vous vous apprêtez à disputer pour la première fois. Mais d'abord, revenons sur vos plus récents exploits : le succès à Indianapolis, et votre victoire sur le n°1 mondial Roger Federer à Toronto...

Gilles Simon : J'ai vécu deux semaines assez inoubliables, Je suis évidemment content d'arriver à faire de tels résultats sur ces tournois-là. En arrivant à Indianapolis, je ne jouais pas forcément super bien. Mais je ne me mettais pas trop de pression non plus. J'ai commencé par gagner des matches juste en m'accrochant, sans jouer à un niveau incroyable. Petit à petit, les coups sont venus et avec la confiance, ça a fait un beau mélange.

T.M.: Cela faisait un moment que vous tourniez autour d'un gros coup, vous sentiez que ça allait arriver ?

G.S. : Ça faisait un petit moment que je me sentais bien, oui. Après, il fallait y arriver. Pourquoi ici, maintenant ? Je ne sais pas si c'est une coïncidence. J'ai eu une progression qui a toujours été régulière. C'est une nouvelle évolution dans cette progression, dans mon jeu. C'est aussi de nouvelles perspectives qui s'ouvrent. C'est intéressant. Ça montre que mes limites sont peut-être plus hautes que ça.

T.M. : Gagner un quatrième tournoi ou battre le n°1 mondial, qu'est-ce qui représente le plus pour vous ?

G.S. : (il réfléchit) Je dirais la victoire contre Federer, mais remise dans le contexte. D'abord parce qu'il y a la victoire en tournoi avant, et qu'en arrivant à Toronto, j'ai su de suite me remettre dans le bain parce qu'il y avait la possibilité d'affronter Federer. Et surtout parce que derrière, je vais en demi-finales. Si j'avais perdu juste après contre Acasuso, ça n'aurait pas été pareil. Là, je bats Acasuso, Cilic, et je fais quand même une belle demie malgré la défaite contre Kiefer. Tout ça fait que dans ma tête, je garde plus Toronto qu'Indianapolis. Malgré la déception finale, ça a été un tournoi où je me suis découvert des qualités, cette capacité à enchaîner les matches, à repousser mes limites. Mais le plus fort, c'est que j'ai ressenti plein de choses totalement nouvelles. Je commence pourtant à avoir l'habitude de jouer des gros matches, de gros tournois. Mais là, j'ai connu des émotions inédites, vraiment inoubliables. Cela restera l'un des gros temps forts de ma carrière.

T.M.: Nous parlions donc des Jeux Olympiques : qu'est-ce que ça représente pour vous ?

G.S.: C'est d'abord une belle expérience. On ne sait pas très bien ce que ça vaut sur le plan sportif par rapport à un Grand Chelem. C'est vrai que pour l'instant les meilleurs n'ont pas toujours eu envie de les jouer. Même si là, je crois que c'est un événement qui prend de l'importance parce que Federer et Nadal, justement, en ont fait un objectif. Pour moi, les Jeux, c'est quelque chose de mythique mais pas spécialement dans le tennis jusque-là. J'ai l'impression que les tournois du Grand Chelem ont plus de valeur. D'un autre côté, c'est une compétition que je ne voulais pas rater. C'était un objectif. J'avais envie d'y participer. Je pense que c'est un événement rare et d'avoir la possibilité de les vivre de l'intérieur, ça peut être quelque chose d'assez incroyable. J'avais vraiment envie d'être de la fête.

T.M. : Retournons-nous un moment sur votre parcours. Vous êtes né à Nice mais vous avez « émigré» très jeune en banlieue parisienne...

G.S. : Oui. Pour des raisons professionnelles, mon père s'est installé en région parisienne, à Fontenay-sous-Bois. Il travaillait dans la finance, il était réassureur. Ma mère est médecin, elle exerce à Paris. J'ai donc grandi en région parisienne. Mais j'ai gardé des liens à Nice, j'ai toute ma famille là-bas, des cousins, des tantes, des oncles et mes grands-parents... L'un de mes grands-parents habite dans le Vieux Nice, l'autre sur la promenade des Anglais. C'est vrai que depuis que je fais du sport de haut niveau, j'y vais beaucoup moins, mais quand j'étais petit, je passais toutes mes vacances là-bas. J'y ai plein de souvenirs.

T.M. : Et c'est donc à Fontenay-sous-Bois, dans le Val-de-Marne, que vous avez découvert le tennis ?

G.S. : Oui, Je suis resté à l'US Fontenay jusqu'à ce que je sois -30. Je me suis entraîné là-bas jusqu'à l'âge de 14 ans avant de partir en sports-études, dans la filière fédérale. A Fontenay mon premier entraîneur professionnel était une femme, Céline Duvérée. Elle est B.E.3, ce qui est assez rare.

T.M. : Et ce sont vos parents qui vous ont orienté vers le tennis ?

G.S. : Oui. Mais ils n'avaient pas un très bon niveau. Ils jouaient quatrième série. Je n'avais pas d'entraîneur dans la famille, personne dans le milieu. J'ai également un grand frère (1), qui a deux ans de plus que moi, mais il a horreur du tennis ! Lui, il est plutôt branché golf.

T.M.: Une chose qui frappe quand on regarde votre parcours chez les jeunes, c'est que dans votre année d'âge (1984), vous n'avez finalement jamais été dans les tout meilleurs...

G.S. : J'ai toujours été dans les dix meilleurs mais rarement dans les trois premiers, sauf une fois où j'avais été sélectionné pour la Winter Cup juste avant d'entrer en sports-études. Dans mon année d'âge, il n'y en pas beaucoup qui ont continué. Il y avait Clément Morel, Marc Auradou ... On formait un groupe assez nombreux mais personne ne se détachait vraiment. Nous étions dix à 15/4, dix à 15/2, huit à 5/6... J'étais souvent au meilleur classement mais plutôt en queue de peloton. J'ai quand même eu de bons résultats, j'ai été quart de finaliste aux Petits As et à Sainte-Geneviève-des-Bois. Après, entre 14 et 18 ans, quand j'étais en sports-études, ça a été plus dur. J'ai un peu reculé. C'est la période où j'ai eu des problèmes de gabarit. Je suis resté petit, les autres ont grandi. J'étais -15 à 18 ans, ce qui n'est pas terrible. Les meilleurs juniors, ils sont souvent en première série.

T.M. : Néanmoins, votre progression a été ininterrompue...

G.S. : Oui, j'ai toujours progressé au classement. Cette année, c'est la première année où j'ai un peu reculé à un moment donné au classement français, même si au classement ATP, j'ai encore progressé.

T.M. : Pendant ces années d'apprentissage, vous avez passé le bac S, ce qui n'est pas très fréquent.. .

G.S. : Oui, j'ai passé le bac alors que j'étais à l'INSEP, ce n'est jamais évident. Mais on s'est bien aidés avec Clément Morel qui était quelqu'un avec qui je m'entendais très bien. On était tous les deux ensemble en première et en terminale.

T.M. C'était une volonté de vos parents ?

G.S. Oui. Moi, on ne peut pas dire que ça me passionnait, mais j'avais la chance d'avoir des facilités à l'école. C'est un peu une tradition familiale. Mon frère a eu le bac S avec mention bien. Il a fait math-sup, math-spé et une école d'ingénieur. Ma mère a fait médecine et mon père a fait un Master de maths. La seule chose qui m'a été imposée, c'est d'avoir au moins le bac. Jusqu'à l'âge de 14 ans, j'étais dans une école privée très dure. Je m'entraînais deux heures par jour. J'avais des devoirs tous les soirs. C'était un cauchemar.

T.M. : Vos parents ne vous ont pas dissuadé déjouer au plus haut niveau ?

G.S. : Non, au contraire. A partir du moment où je montrais quelques dispositions pour le tennis, ils avaient envie que j'aille au bout du truc et que je réussisse. Ils m'ont encouragé. Ils me demandaient juste de faire à l'école ce qui était pour eux le minimum.

T.M.: Vous avez toujours eu confiance en vous ?

G.S. Aujourd'hui, j'ai confiance en moi. Mais ce n'était pas forcément le cas à l'époque. Vers 16-18 ans, quand j'ai commencé à reculer, je voyais un gars comme Jo (Tsonga) qui mesurait 1,80 m et qui servait des boulets à 200 km/h que je ne pouvais pas retourner. Je me suis posé des questions. Je n'étais pas parmi les meilleurs de mon année d'âge en France, alors vous imaginez sur le plan international... J'avais le bac à passer. J'ai eu quelques années où je me suis posé des questions. Je me suis donné deux ans et puis, en grandissant, j'ai progressé très vite.

TM.: Votre gabarit reste relativement modeste. D'ailleurs, l'un de vos modèles était Michael Chang, c'est exact ?

G.S. : Oui, je l'adorais ! Il était petit, malin, mais il y arrivait et ça correspondait beaucoup plus à ma façon de jouer à mon adolescence. Mon gabarit a été un gros handicap durant ces années-là, mais ça a pu se transformer en avantage car ça développe le sens du jeu. Quand on est grand, on développe son service, pas son sens du jeu. Moi j'étais obligé de réfléchir pour gagner et ça m'a servi. Aujourd'hui je ne suis toujours pas un gros gabarit, mais je fait un bon 1,80 m. Je suis en train de développer ce jeu vers l'avant que je n'avais pas pu développer quand j'étais petit : m'appuyer sur une bonne première balle, finir les points, poser les volées. Ça m'a beaucoup aidé d'être bagarreur, et maintenant que j'ai les atouts physiques, j'essaie de combler ce qui me manque pour arriver au sommet. Il y a encore deux ans, je jouais loin derrière ma ligne. A présent, je dois développer un autre style de jeu

T.M.: Moins défensif, on va dire...

G.S. : Voilà. Je garderai toujours ma vision du jeu et ma couverture de terrain. Mais pour être meilleur, je dois développer en plus d'autres choses, c'est-à-dire un service, des coups de fond de court plus rapides et plus puissants. Tout cela pour atteindre mon niveau maximal. Je ne sais pas encore où il se situe mais c'est mon but en jouant au tennis : me rapprocher un maximum de ce niveau et pouvoir me dire un jour : voilà, je suis au sommet.

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