Le antihéros du tennis français - septembre 2008

Publié le par Françoise

Gilles Simon poursuit son ascension silencieuse

Questions à mille euros : quel joueur français apparaît ce matin le mieux placé pour participer au Masters de Shanghai, cette fête de fin d’année du tennis qui réunira les huit meilleurs joueurs de l’année ? Indice : ce n’est ni Jo-Wilfried «Tsunami» Tsonga, ni Gaël «Sliderman» Monfils, ni Richard «le Mozart du tennis français» Gasquet. Alors ? En battant sèchement Carlos Moya en finale du tournoi de Bucarest, hier, Gilles Simon a conservé son titre conquis en 2007, remporté un troisième tournoi en 2008 (après Casablanca et Indianapolis) et confirmé sa superbe saison. Le jeune Niçois, 23 ans, n’a eu besoin que de deux sets (6/3, 6/4) pour battre l’ex-numéro 1 mondial espagnol qui avait puni Gasquet en demi-finale samedi.

Antihéros. «C’est sans contestation mon meilleur match de la semaine. J’ai très bien joué. Et j’ai eu l’impression cette semaine que mes adversaires devaient très bien jouer pour avoir une chance.» Au plan du classement, Simon, qui pointait à la 17e place mondiale avant Bucarest, fait une bonne opération qui lui a valu hier plusieurs questions sur ses chances de terminer dans le top 8 et de décrocher un billet inattendu pour Shanghai. «Je crois que je serai 11e au classement de la Race demain, disait-il hier. Alors, forcément, j’y pense automatiquement, même s’il reste encore deux Masters Series d’ici là. Mais je ne me mets aucune pression à ce niveau-là, puisque ce n’était pas un de mes objectifs au début de la saison.» Voir Simon à Shanghai serait magnifique et délicieusement ironique. Le tennis français se trouve chaque mois une nouvelle star (un coup Tsonga, un coup Gasquet, un coup Monfils) mais ne semble pas voir ce joueur étonnant. La belle trajectoire que trace Gilles Simon, antihéros du tennis français, s’est toujours faite en catimini.

Il y a deux ans, Simon venait d’entrer dans le top 50, et son entraîneur d’alors, Rodolphe Gilbert, confiait à Libération : «C’est un joueur en qui personne n’a jamais vraiment cru en raison de son physique, de son jeu atypique. A chaque étape de sa carrière, depuis des années, on a entendu des gens dire : "C’est bien qu’il ait fait cela, mais bon, il n’ira pas plus haut." Sauf qu’avec le temps il passe des caps.» Des caps, Simon en a encore passé depuis, mais il a fini par se faire à cette ombre qui l’escorte partout. Dans un entretien accordé à l’Equipe début janvier, alors qu’il pointait au 30e rang mondial, il racontait : «Ce qui surprend le plus les gens, c’est quand je leur dis que je suis 30e mondial. Là, il y a un truc qui ne va pas. Ils disent : "Ah ouais, 30e mondial, et comment ça se fait que je ne vous connais pas ? Mais vous jouez Roland-Garros, et tout ? Alors vous connaissez Gaël Monfils, donc ? Vous pensez que vous avez une chance de le battre ?" Je leur dis : "Euh, mais en fait, là, je suis mieux classé que lui…" Dans ces moments-là, tu te dis que, si tu joues pour la renommée, c’est plutôt mal barré.»

Echalas. Comment expliquer cet anonymat relatif ? Simon, désormais coaché par Thierry Tulasne, n’est pas showman comme peuvent l’être Monfils ou Tsonga. Il n’a pas été estampillé génie en herbe comme Gasquet, il n’appartient pas non plus à l’écurie Lagardère qui a le chic pour faire mousser ses protégés. Il promène aussi un jeu désarçonnant, tant pour l’adversaire que pour le public : cet échalas (1,80 m et guère plus de 65 kilos) est un champion du faux rythme, capable d’endormir l’adversaire avant de l’estourbir d’une accélération long de ligne. Simon se caractérise aussi par un jeu de défense de crevard, tout en pouvant enfin compter sur une première balle de service qui claque fort et juste (hier, face à Moya, Simon a gagné 93 % des points sur sa première balle). Mais Simon, qui a gagné cinq des six finales qu’il a jouées sur le circuit, a surtout montré depuis un an une grande solidité mentale. En juillet à Toronto, il avait atteint la première demi-finale de sa carrière en Masters Series après avoir battu Roger Federer au deuxième tour.

Libération, 15.9.08

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