« Gilles me surprend » - septembre 2008

Publié le par Françoise


Après une victoire à Bucarest, Thierry Tulasne et son protégé, Gilles Simon, se sont accordé une parenthèse de quinze jours. Un repos mérité avant de se remobiliser pour une fin de saison tournée vers un seul objectif : une place au Masters.

Thierry Tulasne, pouvez-vous revenir sur la belle prestation de Gilles Simon à Bucarest, sa troisième victoire en tournoi de la saison. Vous attendiez-vous à une année si faste ?
L’objectif de Gilles en début de saison était de faire aussi bien que l’année dernière. En 2007, il avait gagné deux tournois et terminé l’année 29eme mondial. Il fallait confirmer cette belle année et, éventuellement, progresser pour arriver dans les vingt premiers à la fin de l’année. Un objectif qu’il a réalisé en cours de saison. Il est déjà allé au-delà de ce que l’on espérait. Il est vraiment très surprenant. C’est la cinquième finale de suite que je le vois jouer depuis que l’on est ensemble et la cinquième qu’il gagne. C’est bien.

En fin de saison dernière, il expliquait que ce qui lui faisait peur cette année était d’être en mesure de défendre ses points. Comment l’avez-vous amené à gérer cette pression ?
Gilles était conscient que, pour pouvoir jouer tout au long de l’année, il fallait être robuste physiquement. C’était une de nos priorités : bien travailler l’hiver pour se faire un physique solide et il l’a bien fait. Il a travaillé avec beaucoup de professionnalisme et a été très courageux. Il a su entretenir cette forme physique tout au long de l’année. Il s’est réellement mis au travail, chose qu’il n’aimait pas vraiment faire. Gilles est plutôt quelqu’un qui aime jouer les matchs plutôt que de s’entraîner et se préparer. Il a donc pris conscience de ça. Physiquement, il a tenu toute la saison sans réel gros pépin. Il a également pris conscience que, pour progresser et gagner des matchs contre des bons joueurs, il fallait également progresser dans son jeu. Il s’est donc fixé des objectifs pour le faire évoluer plutôt vers l’avant. Aujourd’hui, il est capable d’attaquer suivant la tactique à adopter face à tel ou tel joueur et de finir ses points à la volée.

« Gilles me surprend »

Outre les trois victoires en tournoi, il y a eu deux demi-finales à Rotterdam et Toronto, et une victoire contre Roger Federer. Le pensiez-vous capable de tenir tête à de tel joueur ?
A la base, Gilles est très fort en défense, en contre et il est aujourd’hui capable d’attaquer quand il le faut sur les points importants et contre les meilleurs joueurs du monde. On le voit, si on n’exploite pas les balles courtes, on ne fait que reculer et on n’a aucune chance de gagner contre les Nadal, Federer ou Djokovic. Cette année, outre Federer, Gilles a également battu Djokovic à Marseille en début de saison. Il a perdu contre Nadal lors d’un match très accroché en Australie mais il l’a joué sans complexe. Il me surprend car il a cette capacité à n’avoir peur de personne. Sa confiance naturelle est multipliée par le fait que, sur le court, il est fort physiquement, rapide, capable de tenir la distance et que, dans son tennis, il est très complet. Il n’a pas de faille exploitable par ses adversaires. Ça lui permet de rêver pouvoir aller encore plus haut.

Seul petit point noir, si on peut parler ainsi, les Grands Chelems avec aucune qualification pour la deuxième semaine…
Dans les Grands Chelems, Gilles a passé chaque fois deux tours, excepté Roland-Garros où il perdu au premier tour contre Stepanek. En Australie, il passe deux tours, bat deux très bons joueurs avant de perdre contre Nadal au terme d’un match très accroché. Ce n’est pas très décevant. A Wimbledon, il gagne deux matchs en battant à nouveau deux très bons joueurs et perd contre Richard Gasquet qui était demi-finaliste la saison dernière et qui est l’un des quatre meilleurs joueurs sur gazon. Il perd en 4h30’ un match très accroché qu’il était tout près de gagner. Cncore une fois, ce n’est pas déshonorant. A l’US Open, il perd au troisième tour contre Del Potro qui est le joueur de l’été, si ce n’est de l’année, en tout cas celui qui a le plus progressé cette saison. Un Del Potro, qui plus est, dixième mondial et donc mieux classé que lui à l’issue d’un match de cinq heures encore une fois très accroché. Gilles est vraiment tout près d’arriver en deuxième semaine et éventuellement plus loin. Il est sur la voie. Il n’a perdu, cette année, que contre des joueurs plus forts que lui. Gilles est maintenant 17eme mondial, il y en 16 devant lui. Maintenant, il va falloir les battre pour aller loin dans les tournois du Grand Chelem.

« Bien terminer la saison »

Les objectifs 2008 ayant déjà été atteints, avez-vous revus tous les deux vos ambitions pour la fin de la saison ?
Bien sûr. Quand on a atteint ses objectifs, il faut s’en fixer d’autres pour savoir où l’on va. Aujourd’hui, l’objectif à court terme est d’arriver le plus près possible des dix premiers, pourquoi pas dans les dix à la fin de l’année et, éventuellement, dans les huit pour gagner cette place au Masters qui est le rêve de tous les joueurs en début d’année. Pour se faire, il doit extrêmement bien jouer et réaliser un exploit - comme il a pu le faire à Toronto - soit à Bercy, soit à Madrid qui sont les deux derniers Masters Series de l’année.

D’où les quinze jours de repos ?
Exactement. Gilles a besoin de bien récupérer d’un été très dur sur les plans physique et mental. Il y a eu de grands tournois mais aussi de grands voyages. On a changé de continent tous les quinze jours avec les Etats-Unis au mois de juillet, Pékin pour les Jeux Olympiques, puis un retour aux Etats-Unis. C’était assez compliqué. Là, il a vraiment besoin de repos et de décompresser. Ensuite, on attaquera une période de préparation de quatre ou cinq jours avant Metz. Et on se lancera dans cinq tournois de rang avec cette dernière ligne droite pour essayer de terminer la saison aussi bien que ce qu’elle a été durant les trois quarts du calendrier.

Sophie DANGER, mercredi 17 septembre 2008, www.coach365.fr

Publié dans Interviews

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