Simon les fait parler - Lyon 2008

Publié le par Françoise

Entraîneurs et joueurs français présents à Lyon commentent la trajectoire du finaliste de Madrid. Avis contrastés.

Hier, dans les travées de Gerland, joueurs et entraîneurs avaient évidemment tous un avis à proposer sur le phénomène. Tous sauf un. Jérôme Potier, ex-entraîneur du Niçois, sérieusement fâché depuis la rupture, ne veut plus parler de lui. Eh oui, ne jamais oublier que Gilles Simon ne fait pas l’unanimité. Son jeu, son caractère : tout chez lui peut prêter à la divergence des points de vue. C’est l’atypique qui pique. « Franchement, il y a encore pas longtemps, je ne pensais pas qu’il intégrerait un jour le top 10, avoue Sébastien Grosjean. Pourtant, battre Nadal, chez lui, en Masters Series, c’est très, très fort. Cela dit, son parcours m’impressionne, mais son jeu, non. J’ai du mal à imaginer qu’il puisse aller très loin en Grand Chelem s’il ne s’économise pas davantage dans les premiers tours. »

Champion : « Ça me rappelle Becker »
« L’essentiel, c’est qu’il a toujours cru en lui, souligne Thierry Champion, qui fut « opposé » deux fois à Simon dans son costume d’entraîneur de Paul-Henri Mathieu l’an dernier. Son truc, c’est qu’il n’a jamais peur. À la fois en dehors du terrain (c’est d’ailleurs ce qui énerve les autres, qui estiment qu’il a le “melon”) et sur le court. » « Comme par hasard, les deux Français qui ont réussi à battre Nadal cette année (Simon et Tsonga) sont les deux qui ont le plus confiance en eux, relève Fabrice Santoro. Gilles, je ne le trouve pas du tout prétentieux, même si c’est vrai qu’il est un peu en marge. »
« Parfois, cette confiance peut ressembler à de l’arrogance, ressent Grosjean. Surtout quand il dit : “Lui, je sais comment le jouer” et qu’ensuite il prend 6-1, 6-1. »
« Ça ne date pas d’hier, ce sentiment profond d’être “au-dessus” de l’adversaire, se souvient Olivier Malcor, coach du duo Benneteau-Llodra. Il y a quelques années, j’étais sur la chaise du capitaine avec lui comme joueur en interclubs avec le Racing. Au changement de côtés, c’est lui qui m’expliquait comment il allait continuer son match tactiquement. Sa capacité d’analyse était déjà là. Ilme fait penser à Santoro. Il a une idée très précise sur ce qu’il doit faire et il est prêt à mourir avec cette idée. » « Il a toujours beaucoup joué (de matches par saison), ce qui lui a permis très vite de se jauger par rapport aux autres, rappelle Éric Winogradsky, l’entraîneur de Tsonga. C’est un “matcheur”. Il ne se pose même pas la question de savoir s’il a sa chance. Comme Jo (Tsonga), comme Gaël (Monfils). » « C’est vrai qu’il est comme eux, confirme Champion. Ça me rappelle Becker quand il était jeune et qu’il disait qu’il n’avait pas peur des anciens. Ce truc, ça me bluffe. »

Grosjean : « Gilles 10e, c’est rassurant pour les autres joueurs »
Et son jeu ? « Gilles 10e, quelque part, c’est rassurant pour les autres joueurs, lance Grosjean. Ça montre qu’on peut être dans le top 10 sans avoir un grand coup. Aller plus haut, je ne sais pas, mais je le lui souhaite. Dommage qu’il n’ait encore rien fait en Grand Chelem. Ce sera sa prochaine étape s’il entend s’installer là. »« Il bloque en Grand Chelem ? Il bloquait aussi en Masters Series jusqu’à cet été, rappelle Guillaume Peyre, coach de Richard Gasquet. S’il est capable de battre Federer et Nadal, alors je ne lui vois pas de limites. » « Je ne l’imaginais pas aussi haut, aussi vite, reconnaît Santoro. Samedi, face à Nadal, (silence admiratif) pffff... Dire qu’il n’a pas de coup est un non-sens. Il a un timing exceptionnel. Mais ça n’empêche qu’il est aujourd’hui dans le top 10 alors qu’il a encore des lacunes. Plutôt bon signe pour la suite, non ? » « Gilles est aussi la preuve que le tennis est un sport pour tout le monde, remarque Tsonga. Pas besoin d’être une montagne de muscles pour faire avancer la balle. Pour moi, ce qu’il a réussi à Madrid est la suite logique de sa saison. » Plus fort encore, son exploit d’il y a trois jours contre Nadal avait presque été annoncé : « Je suis rentré de Cincinnati par le même avion que Gilles cet été, raconte Malcor. Dans le salon d’embarquement, il m’a scotché en me disant : “Je ne comprends pas comment les autres jouent Nadal tactiquement. Ils le jouent mal.” Mon premier réflexe a été de me dire : “Quand même, quel melon !...” Sauf que deux mois après, il tape Nadal en demi-finales à Madrid... » Gilles Simon, ou comment mettre autant de poids dans les mots que dans la balle.

JULIEN REBOULLET (avec V. C.) - L'Equipe, 21.10.2008

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