« Faire plaisir aux gens » - Lyon 2008

Publié le par Françoise

GILLES SIMON, battu hier par Söderling au terme d’un nouveau bon match, est heureux d’aller chercher sa place au Masters et de créer l’engouement.

Après 1 h 44’ de jeu, hier, les jambes de Gilles Simon se sont totalement dérobées sous sa tentative de passing en revers qui aurait pu lui permettre de débreaker pour recoller à 4-4 dans la dernière manche. Le poids des efforts pour atteindre la finale à Madrid puis dans la foulée les demi-finales à Lyon avait au moins dû peser un tout petit peu sur ce coup-là, même si le Français évolua à nouveau à un niveau très élevé face au terrible Robin Söderling, assurément dans le top 5 mondial indoor. Stoppé (5-7, 6-3, 6-3) et privé d’une deuxième finale de suite, Gilles Simon a néanmoins largement réussi sa mission lyonnaise. Huitième et virtuellement qualifié pour le Masters au moment où va se lancer le sprint final de Bercy, il a son destin en main. Il ne compte pas le lâcher.

« LE PHYSIQUE A-T-IL joué un grand rôle dans votre défaite ?
– Ça n’est pas sur la fatigue que j’ai perdu. Je suis sorti un petit peu du match au début du deuxième set, le moment pile où j’aurais pu faire tourner définitivement le match de mon côté. C’était un bon match quand même, je bougeais mieux que la veille et j’ai demandé beaucoup d’efforts à Söderling. Il a tenu, bravo à lui.

– Ce Suédois n’est que 27e joueur mondial, n’a encore jamais intégré le top 20, mais il donne l’impression d’être beaucoup plus fort, non ?
– Je dis toujours qu’on a le classement qu’on mérite, car c’est une moyenne sur toute une année et sur toutes les surfaces. Söderling fait partie de ces joueurs qui ont très nettement une surface de prédilection. Indoor, il fait partie des tout meilleurs parce qu’avec ses grands segments et ses préparations très en avance il n’est pas gêné par des éléments extérieurs. Il n’a pas trop de marge avec sa façon de jouer mais quand il peut avoir un excellent timing, il devient très fort, surtout avec ce service. Là, si le radar indiquait 222 km/h, c’est que ça devait aller à 235. Vous imaginez une voiture qui vous arrive dessus à cette vitesse ?… À côté de ça, il est capable de péter les plombs mais aujourd’hui (hier), il a vraiment été solide. Ça m’a même fait bizarre parce qu’à un moment je me suis fait un peu avoir à l’échange. Mais j’avais les moyens de gagner quand même…Et puis aussi je me suis rassuré sur ma condition physique. C’est bon de constater que le seul fait d’avoir joué moins longtemps la veille (seulement deux sets pour battre Ouanna en quarts de finale) a déjà fait beaucoup pour m’aider à récupérer. Je sais donc qu’il n’y aura aucun problème au niveau du physique en arrivant à Bercy.

– Bercy, vous y pensez déjà ?
– Non, j’ai du mal à me projeter, d’autant que je ne connais pas le nom de mon premier adversaire (le vainqueur du match Andreev-Mathieu). Ce que je sais, c’est que le fait d’être venu à Lyon a été la meilleure préparation possible. Ça m’a permis de ne pas perdre le fil de ma saison indoor, de ne pas rester dix jours sans compétition et d’atteindre l’objectif que je m’étais fixé : avancer dans la course au Masters. Bercy, j’y vais avec pour priorité de franchir le premier tour, car ça rapporte beaucoup de points d’un coup quand on commence dès le deuxième tour en tant que tête de série (15 points dans la course au Masters…). Ça aura une grosse importance.

– Prêt à en découdre chèrement pour aller chercher votre qualification au Masters ?
– De toute façon, ça n’est pas en restant dans mon lit que j’irai à Shanghai… Et la motivation, y’aura pas besoin d’aller chercher bien loin pour la trouver.

– Vendredi soir, exactement au même moment, deux reportages vous étaient consacrés dans les journaux de 20 heures de TF 1 et de France 2. Des millions de personnes pas forcément au courant des choses du tennis ont découvert Gilles Simon à cette occasion. C’est une exposition rare pour un joueur français. Avez-vous regardé ? Est-ce que ça vous touche ?
– Je n’ai pas regardé, non, mais oui, effectivement, ça me touche. On est toujours content quand on a l’impression de réussir de belles choses, de faire plaisir aux gens. Et puis les sportifs sont comme les artistes. Si on peut vivre de notre passion, en faire notre métier, c’est seulement parce qu’on arrive à plaire aux gens. Alors ce qui me touche, ça n’est pas de passer dans le journal télévisé, c’est de faire plaisir à plein de gens. »
JULIEN REBOULLET, L'Equipe, 25.10.2008

Publié dans Interviews

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