« Un caractère forgé au gré des claques » - Bercy 2008

Publié le par Françoise


Mireille Simon: « Gilles n’a pas la grosse tête »

Gilles Simon, 23 ans, no 1 tricolore au classement mondial (10e), fait son entrée en lice cet après-midi face au Russe Andreev avec les Masters de Shanghai en point de mire. Depuis sa victoire sur Nadal à Madrid, le natif de Nice éclate aux yeux du grand public. Gilles et son frère cadet, Jean-Marie, aujourd’hui ingénieur, ont été élevés à Fontenay-sous-Bois (Val-deMarne) par Daniel, réassureur, et Mireille, médecin. Celle-ci décrypte l’ascension de son champion de fils.

Du retard au démarrage.

«Petit, il était tellement… petit (NDLR : d’où son surnom de poussin) ! Il avait 5 ans et 9 mois lorsqu’on l’a mis au tennis, à Fontenay, avec desmini-raquettes en bois parce qu’on trouvait que c’était sympa. Mais on ne l’a jamais forcé. Il était aussi inscrit à la natation, à la musique (NDLR : il a fait piano au conservatoire). En tennis, il était parmi les tout bons, mais jamais le meilleur. Surtout à cause de sa taille. A l’adolescence, il rendait 30 cm ou 40 cm à ses adversaires (NDLR : 1,53 m à 15 ans). C’est pour ça qu’on ne lui a pas fait confiance. On en veut un peu à ces gens qui ne l’ont pas vu venir et font aujourd’hui semblant de le découvrir. Une fois, avant ses 13 ans, Gilles était tellement écoeuré que, pendant une semaine, il a voulu tout arrêter. Les critiques nous faisaient mal. Après, même s’il a intégré le pôle France à Poitiers, on n’a pas vraiment su ce qu’il allait devenir avant qu’il obtienne son bac S. Aujourd’hui, on aimerait qu’il prenne un peu plus de masse musculaire (NDLR : 1,80 m pour 67 kg), mais il rentabilise déjà très bien celle qu’il a. »

Un solide caractère.

« Au gré des claques, il s’est forgé un caractère bien à lui. Il a tellement dû se battre ! Je suis en admiration devant sa façon de réagir et de toujours garder de la distance par rapport aux événements. Je ne sais pas d’où ça lui vient. Cela dit, je ne sais pas pourquoi des joueurs le trouvent arrogant. Il n’a pas la grosse tête. C’est peut-être sa façon méthodique de progresser qui les dérange. Gilles n’est pas quelqu’un de méchant ou de violent. Il est juste trop franc quand on lui demande son avis, surtout sur le jeu. Il aime tant parler tennis. Il considère cela comme un jeu d’échecs. Il réfléchit beaucoup… Parfois, nous sommes sidérés, comme lorsqu’il nous a démontré point par point comment il avait battu Federer (NDLR : cet été à Toronto). »

Un engouement à maîtriser.

« Sa nouvelle célébrité va l’embêter plus qu’autre chose. D’ailleurs, ça commence. Jusqu’à la semaine dernière, personne ne le reconnaissait. Même chez nous, les gens ne savent pas que notre fils joue au tennis… ou alors ils n’osaient pas nous en parler (rires). Quand je viens le voir en tournoi, je préfèreme cacher dans les tribunes plutôt que deme montrer au premier rang. Lui sait toujours où je suis. Depuis dix jours, les sollicitations pleuvent. Il ne cherche pas la gloire ou la notoriété, simplement la reconnaissance de son talent par ses pairs. »

Propos recueillis par Eric Bruna – Le Parisien, 29.10.2008

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