« Le top10 n’est qu’une étape » - Bercy 2008

Publié le par Françoise

THIERRY TULASNE, ancien no 10 mondial, coach de Gilles Simon, actuel no 10, sait jusqu’où son joueur peut aller.

« J’ÉVOQUE TRÈS très peu mon passé de joueur (1) dans nos discussions, en revanche je me dis que ce passé me donnepeut-être un supplément de crédibilité, donne un peu plus de poids à mes mots. J’ai effectivement réussi à intégrer le club des 10, l’espace d’une semaine (en 1986), mais sincèrement, avec le recul, c’était bien mon maximum par rapport à mon talent. J’avais l’âge de Gilles quand j’y suis arrivé mais ça n’est pas comparable. J’arrivais presque au bout de quelque chose et, surtout, j’ai ensuite commencé à avoir de gros problèmes physiques. La grande différence, c’est que pour Gilles, arriver dans le top 10 n’est qu’une étape. J’en suis convaincu. Il y a plein de petits détails à gérer pour faire en sorte qu’il s’améliore. La gestion de son temps et des sollicitations, la diététique, la préparation physique. Tout est plutôt bien mais tout peut être mieux. Je crois aussi qu’il peut rendre la vie encore plus dure à ses adversaires. Franchement, j’entends dire qu’il y a en ce moment une place à prendre dans le top 5 mais je pense plutôt qu’il n’y a toujours que deux mecs vraiment au-dessus du lot : Federer et Nadal.

Avec ses qualités, Gilles peut dépasser des joueurs comme Djokovic ou Murray. Il va falloir modifier des choses, c’est certain, comme par exemple le nombre de tournois par an. Il faudra absolument que Gilles apprenne à bâtir sa confiance sur moins de matches qu’il ne l’a fait jusqu’à présent. Ça lui permettra de s’engouffrer dans cette marge de progression dont il dispose et qui tient à deux principes clefs : 1. Qu’il préserve son physique, ce que je n’ai pas su faire en mon temps puisque j’ai souffert d’arthrose à la hanche à partir de 1987 et que rien n’a plus été pareil ensuite. 2. Qu’il continue à ne nourrir aucun complexe par rapport aux autres joueurs. Lui en a peu et moi, j’en ai encore moins tellement j’ai confiance en son potentiel. Il ne fait pas l’unanimité dans le tennis français, c’est une évidence. Et ce que je peux lui dire, c’est que lorsque la notoriété s’accroît, chaque mot prononcé pèse encore plus lourd, est décortiqué, analysé. Je me souviens que lorsque j’avais dix-sept ans, je donnaisune interview à Philippe Bouin de L’Équipe et à un moment donné, quand il m’a demandé quels étaient mes objectifs, j’avais répondu : “ Entrer un jour dans le top 10 et devenir numéro 1 français. ” Il m’avait dit : “ T’es fou de dire ça, les gens vont te tomber dessus ! ” Le problème n’était pas d’oser dire qu’on voulait être dans les dix meilleurs mondiaux mais bien de prétendre détrôner Yannick Noah... Je n’avais pas encore compris le jeu des médias, mais je crois que Gilles l’a mieux saisi tout de suite. J’ai lu ou entendu que certains joueurs avaient du mal avec lui, mais il est important d’insister sur le fait que ceux de sa génération, et je parle notamment de Jo (Tsonga), Richard (Gasquet) et Gaël (Monfils), s’entendent très bien avec lui. Il y a une très bonne ambiance entre eux quatre.

Sur le court, je n’ai pas grand-chose à faire, juste faire en sorte qu’il reste bien dans le présent, qu’il ne se frustre pas d’une faute, qu’il ne ressasse pas un coup du sort. Mais Gilles est quelqu’un qui sent bien ses forces, qui n’a pas besoin d’être recadré en cours de match. Je ne suis pas inquiet pour son avenir dans les tournois du Grand Chelem. Il n’a encore jamais dépassé le troisième tour mais en 2008 il a été bon. Il a réussi un super premier set contre Nadal à Melbourne, est tombé sur un grand Stepanek à Roland-Garros, a réussi un très bon match contre Gasquet à Wimbledon et un très grand contre Del Potro à l’US Open. Pour 2009, il faudra qu’il soit plus offensif dans ses trois premiers tours, qu’il joue plus juste, plus tôt. Il n’y a pas de raison pour qu’il n’aille pas très loin là aussi. »

JULIEN REBOULLET – L’Equipe, 29.10.2008

(1) Thierry Tulasne a aujourd’hui quarante- cinq ans. Il a été numéro 10 mondial en 1986 et a arrêté sa carrière en 1991. Il a remporté 5 titres ATP et ses meilleurs résultats en Grand Chelem sont deux huitièmes de finale à Roland-Garros (1981 et 1989).

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