Gilles Simon, moineau rapace - Shanghai 2008

Publié le par Françoise

Un mètre huitante, moins de 70 kilos, le Niçois n'a rien d'un épouvantail. Pourtant il fait trembler les meilleurs joueurs du monde.

Gilles Simon n'aime pas les costumes. Pas plus celui, pourtant sur mesure, que lui a confectionné le tailleur de l'hôtel Hilton de Shanghai que celui dans lequel la presse, y compris celle de l'Hexagone, l'avait enfermé au moment de son départ de Paris, direction le tournoi des Maîtres. Du premier, il dit qu'il n'a «pas l'habitude de porter ce genre de choses» et que «c'est bien pour faire comme les autres que je me suis ainsi déguisé en homme d'affaires».

Du second, il dénonce «une image de moi qui est fausse. Je ne suis pas un besogneux et, même invité de dernière minute, je ne suis pas venu là pour faire de la figuration, encore moins pour prendre des leçons!» Au moins le discours est-il clair. Et d'autant plus cohérent qu'à 24 ans pas même sonnés le jeune homme s'est déjà largement donné le temps d'apprendre. Né à Nice, mais grandi à Fontenay-sous-Bois, en région parisienne, il intègre l'Institut national du sport et de l'éducation physique (INSEP) à l'âge de 14 ans. Filiforme - ses copains de l'époque le surnommaient «Poussin» -, un brin effacé et «sans aucune confiance en soi (moi)», le gamin est un bûcheur. Il adore les maths, la géographie - «Elle me servira plus tard, quand je voyagerai» - et surtout... le piano. A ceux qui alors le moquent, il réplique que «cela vaut mieux que de passer quatre heures par jour à taper dans une balle».

Gilles Simon, pourtant, possède une qualité naturelle rare: il est endurant. «Je pouvais courir pendant des heures, je n'étais jamais essoufflé», se souvient-il. Et comme il ne joue «pas trop mal» au tennis...

«J'ai cru que Nadal se foutait de ma g...!»
A 18 ans, bac S avec mention en poche, et alors qu'il ne pèse toujours «pas plus lourd qu'une cacahuète», il décide de tenter sa chance chez les professionnels. Quelques résultats «passables sans plus» sur le front des juniors, l'amitié qui le lie à Jo-Wilfried Tsonga - même âge à quatre mois près, même parcours - l'ont persuadé qu'«il y avait peut-être quelque chose à faire»... Tournois futures, chambres doubles - «Le plus souvent avec Jo, on se marrait bien!» -, Gilles Simon apprend le métier. «Mais plus la musique, rigole-t-il aujourd'hui, un piano, ça ne tient pas dans les bagages.» Fin 2004, il est classé... 1331e joueur du monde. «Cela en faisait beaucoup devant moi, dit-il maintenant qu'il est... neuvième mondial. Mais, bon, j'ai croché. J'ai commencé à jouer avec mes qualités et mes défauts, en prenant exemple sur... Michael Chang. De lui j'avais la résistance, le sens du jeu, une patience à toute épreuve... et des épaules de moineau.»

Thierry Tulasne, qui lui sert de coach depuis deux ans, dit de lui qu'«il n'aime pas soulever de la fonte», mais qu'«il y passe s'il entend rivaliser à longueur d'année avec les gros bras du circuit». «Son truc à lui, poursuit Tulasne, c'est le jeu. Gilles est un compétiteur-né, il ne renonce jamais!»

La preuve: mi-octobre dernier, à Madrid, il sauve quatre balles de match face au Russe Igor Andreev, six contre l'Américain Robby Ginepri avant d'épingler Rafael Nadal en personne et au terme d'un combat long de trois heures et vingt-deux minutes. La presse espagnole le surnomme «el Superviviente» - le survivant - et Nadal lui-même le désigne comme «un costaud». Lui dit simplement que «quand Rafa a dit cela, j'ai cru qu'il se foutait de ma g...»!


Le Matin, 12.11.2008

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