« Mon journal du Masters » - Shanghai 2008

Publié le par Françoise

Gilles Simon, miraculé de la Masters Cup grâce au forfait de dernière minute du numéro un mondial Rafael Nadal, fait le récit pour le JDD des dix jours qui ont changé sa carrière. Des moments intimes dans sa suite luxueuse aux coulisses de son dernier match samedi à Shanghai face au futur vainqueur Novak Djokovic, le Niçois raconte les moments marquants de son aventure...

Mercredi 6 novembre
Le sens de l'accueil

A peine descendu de l'avion, je sens que je suis quelqu'un d'important. Ou plutôt c'est ce qu'on s'attache à me faire sentir. Accueil personnalisé, pas de réelles formalités de douane. A la sortie, une voiture à mon nom avec chauffeur m'attend. Sur le trajet, je découvre Shanghai. Première impression: waouh, c'est grand! Avec Thierry (Tulasne, son coach), on se demande combien de personnes peuvent bien habiter ici. On aura notre réponse: 20 millions! Cinq minutes avant d'arriver, le chauffeur passe un coup de fil à l'hôtel pour que nos bagages soient immédiatement pris en charge et qu'on me guide jusqu'à ma chambre sans passer par la réception. C'est une suite avec tout ce qu'il faut, et même bien plus. Les oreillers et le peignoir sont brodés à mon nom. Je me demande si je vais les ramener à la maison, ça fait un peu mégalo quand même!

Jeudi 7 novembre
Séance repérages

Un moment important, la découverte du stade. Je suis impatient de voir ça, de tester la surface. Deux heures d'échanges avec Jo (Tsonga) plus tard, me voilà rassuré: je me sens super bien sur ce court. Je dispose aussi d'un vestiaire personnel, avec mon canapé, ma télé, mon minibar... Des photos de tous les joueurs tapissent le couloir. Se voir en gros, c'est assez troublant. J'ai l'habitude de voir Roger Federer sur le mur, pas ma tête! Toutes ces attentions, j'ai l'impression que c'est un peu trop. Cela en devient presque gênant.

Samedi 9 novembre
Les conneries de Roddick

La veille, on a tous fait une séance photo, en costume. Tous sauf Andy Roddick, arrivé trop à la bourre. Aujourd'hui, une cérémonie de présentation est organisée. Long mais pas désagréable. A ma grande surprise, les joueurs déconnent bien ensemble. Pas de regards en coin. Je note un certain engouement des médias à mon égard, même si les questions restent assez convenues. Roddick est mon acolyte en conférence de presse et il raconte pas mal de conneries. Sur Obama par exemple: "Ah bon, il y a eu une élection aux Etats-Unis, racontez-moi." Le tournoi commence demain mais comme ça rigole de partout, je ne me sens pas encore dedans. J'aurais bien besoin d'une journée de plus pour me mettre un peu la pression.

Dimanche 10 novembre
Coupure image

J'échauffe Jo, Davydenko et Djokovic. C'est le seul moyen pour moi de jouer sur le Central, et non pas sur le terrain d'entraînement, bien plus proche de l'hôtel mais sur lequel je tape très mal. J'en deviens même persuadé que ce n'est pas la même surface. Je préfère ensuite regagner ma chambre pour regarder le premier match de Jo contre Davydenko. C'est tendu. Troisième set, 5-3 balle de débreak. Davydenko sert, Jo retourne et... plus rien ! La télé chinoise vient de tout couper pour lancer le journal. Terrible, impossible de voir la fin.

Lundi 11 novembre
Première victoire

Fait marquant de la journée, j'ai gagné! Et j'ai bien aimé le public. Sur la fin, je sens qu'il bascule pour moi. Alors que, bien sûr, à l'entrée sur le terrain, le bruit c'était surtout pour Federer. Au moment de finir le match, je n'ai pas peur. Sans doute suis-je décomplexé par le fait d'avoir déjà battu Roger cet été. Je suis soulagé car quand on se retrouve parmi les huit meilleurs joueurs du monde, on se demande si on va réussir à exister. De fait, je me sens beaucoup plus à ma place ici. J'ai un peu plus de messages que d'habitude, un peu plus de groupies devant l'hôtel aussi en rentrant. Il est minuit. Room service de rigueur.

Mercredi 13 novembre
Le mur Murray

Défaite face à Andy Murray en deux sets. Jouer contre lui, c'est comme jouer contre le mur: tu tapes fort, ça revient fort, tu tapes doucement, ça revient doucement. Le mec te fait plus cogiter que les autres. Quand tu as des passages où tu es en réussite, tu te dis "bon, là, je suis en train de bien l'enterrer". Mais à d'autres moments, c'est plutôt: "Ah là, je suis bien en train de lui donner".

Jeudi 14 novembre
Metallica pour se réveiller

Au petit-déjeuner, un membre de l'ATP m'apprend que ma place en demi-finales ne dépend que de la victoire de Murray sur Federer demain. Mon match à venir contre Stepanek reste intéressant et je me mets une petite pression: 100 points ATP sont en jeu et avec eux la perspective de figurer parmi les 8 premières têtes de série à l'Open d'Australie en janvier prochain. Je reste dans ma routine. On a peu de contacts avec l'extérieur et, finalement, je n'ai pas fait de sortie à Shanghai, pas de resto. Les moments où je suis seul dans ma chambre, il n'y en a pas tant que ça. Alors j'en profite. Un peu de jeux vidéos, un peu d'Internet. Musique aussi, avec les grands classiques sur mon iTunes, Muse en priorité. Metallica aussi pour se réveiller le matin, voire Van Halen.

Vendredi 15 novembre
Une longue attente

Après ma victoire sur Stepanek, j'avais décidé dans un premier temps de rester au stade et de regarder d'un oeil Federer-Murray. Jusqu'à 6-4, 2-5, j'étais relax. Les deux sets étaient faciles à suivre car à sens unique. Mais ça a fini par se compliquer. Trop long d'attendre, je préfère partir. Pendant le 3e set, je suis donc dans la voiture. J'arrive à l'hôtel sur les premières balles de match Murray. Ratées. Je ne me suis jamais senti autant pour l'écosse. Mais c'est terrible de souhaiter la défaite de quelqu'un... En prenant l'ascenseur, je croise Djokovic. C'est un de ses amis qui m'apprend que Murray a réussi à conclure. Ouf!

Samedi 16 novembre
Envie de tout casser

Certains matches marquent une saison et cette demi-finale contre Djokovic en fait partie. On joue quand même trois heures et si on change ne serait-ce que deux points, c'est moi qui passe. Il est 23 heures à Shanghai. Même si c'est moins chaud, je n'ai pas encore digéré cette défaite. Elle fait mal. En sortant du court, j'avais envie de tout casser. Le moment est aussi particulier, la saison vient de se finir. J'ai commandé un bon gros hamburger au room service pour marquer le coup. Pas question de sortir. Je suis trop crevé pour songer à autre chose que dormir. A l'année prochaine!

Propos recueillis par Damien BURNIER, Le Journal du Dimanche, 16.11.2008

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