La révélation française de la fin de saison a remporté hier le Masters de Toulouse face à Michaël Llodra.
Numéro 7 mondial, il sera attendu en 2009. Portrait d'un original qui détonne.
Gilles Simon a-t-il vraiment le « melon » ? Cette question est sur toutes les lèvres du tennis français. Un tricolore qui
croit en lui et l'affirme, c'est tout sauf habituel chez les sportifs nationaux. « J'ai confiance en moi et en mon tennis » disait-il encore vendredi après sa victoire contre Ouanna au Masters
France de Toulouse.
Cette assurance n'a rien à voir avec de la prétention. Il s'agit plutôt d'une revanche sur un temps pas si lointain pour celui qui va fêter ses 24 ans le 27 décembre. Michel Renaux, juge arbitre
des Petits as de Tarbes - Simon a atteint les quarts en 1998 - évoque un garçon « très intelligent ». « Il a tracé sa route alors que jeune, malingre, on se moquait de lui. Et aujourd'hui, il est
passé devant les autres » précise-t-il.
A 15 ans, le Niçois n'est pas dans les « canons » de la beauté tennistique. Sa petite taille (1,53 m) le met au ban des espoirs français. Contraint de compter plus que d'autres sur ses seules
armes, Gilles Simon forge un jeu de tacticien hors pair qui correspond bien à la nature de ce garçon très malin.
Sept ans plus tard, bingo ! Le pianiste amateur mesure 1,80 m et joue ses gammes avec le dossard de numéro 7 mondial. Le regard des autres a-t-il changé ? « Oui. Aux yeux de certains, j'étais
définitivement celui qui n'irait jamais loin. L'avis des autres sur mon évolution personnelle m'importe désormais assez peu. Je ressens par moi-même si je suis ou non à ma place. Or je m'y sens.
Cette décision d'y être, je l'ai prise il y a un moment déjà. On ne peut pas se surprendre à ce niveau-là. À force de résultats, j'ai fait taire les sceptiques mais dès que je commencerais à
perdre, ils diront que c'était de la chance. Je m'y attends », explique Simon.
«Simple» et bavard
Exposé dans « Paris Match » la semaine dernière, il doit apprendre à gérer sa nouvelle notoriété. D'autant plus que son franc-parler et son sens de l'analyse séduisent et attirent les journalistes.
Simon adore parler ! « Qu'est-ce qu'il est bavard, on ne peut plus l'arrêter quand il commence, plaisante son amie Carine Lauret, 27 ans, qui l'accompagnait à Toulouse. Mais Gilles se raconte sans
être égocentrique. Et il sait s'arrêter de parler tennis » dit encore la jolie blonde.
Pour elle, il a su « rester simple malgré le succès, et généreux ». Thierry Tulasne commente d'expérience : « Il ne se renferme pas mais il doit juste cadrer les choses pour rester concentrer sur
son jeu. » Gilles Simon renvoie la question au fond du court : « Moi, je n'ai rien à gérer, je vis ma vie normalement. Les gens pensent que je vais changer quelque chose, mais je ne change
strictement rien. J'ai la chance d'être dans un milieu où je peux faire ce que je souhaite en étant centré sur mes objectifs. Si je n'ai pas le même point de vue que les autres, je m'en fiche. Cela
ne m'empêche pas d'avancer. Je n'ai pas besoin de composer avec la vie de tout le monde pour continuer ma progression dans le tennis. Je sais vraiment ce que j'ai à faire. » Aussi profond que le
sont ses yeux verts, Gilles Simon dégage une forte personnalité pour ses 23 ans. « Il est très pragmatique. Je suis toujours étonnée par le paradoxe de sa maturité sur le terrain et son côté gamin
en dehors ! Par exemple, il peut battre Nadal à Madrid mais, ensuite, il ne va pas savoir comment s'habiller ! » confie encore la jolie Carine. « C'est sa manière de s'échapper et mon rôle aussi
est de lui sortir la tête du sac, je crois ».
Aller de l'avant
Si son jeu et son mental ont gagné en confiance, Simon reste physiquement un poids plume (64 kilos). Il ne sera jamais le joueur plus puissant du circuit mais figure déjà parmi les plus endurants.
Ses changements de rythme diaboliques font mouche contre des adversaires au jeu très stéréotypé et il peut compter sur son coup droit. Évidemment, pour battre à la fois Nadal, Federer et Djokovic
comme il l'a fait cette saison, cela ne suffit plus.
« L'évolution de son jeu passe par le fait d'aller davantage vers l'avant, analyse Thierry Tulasne, son coach depuis deux ans. Il a tout du contreur mais quand il joue des Nadal ou des Federer, il
se montre plus agressif, notamment sur les points importants. »
Les deux hommes ont bossé dur cet axe de travail pendant l'intersaison. Aller chercher des points au filet, forcer en somme sa nature, tout cela fait partie des objectifs de la saison. D'autant que
l'effet de surprise a déjà joué pour lui. Simon est désormais attendu.
«Mais c'est un atout d'être dans les dix premiers. Il y a davantage de respect. Il compte s'en servir » juge encore Tulasne qui va vivre l'une de ses saisons la plus excitante. « J'entraîne depuis
20 ans et j'ai toujours vécu des émotions fortes et différentes. Mais là, c'est vrai, le niveau monte et les émotions sont incroyables. Je suis très heureux même si je sais que ça peut s'arrêter
demain. La relation avec Gilles est très agréable, nos caractères se correspondent bien. La confiance est installée. Il y a beaucoup d'amour l'un pour l'autre. »
L'enfant de la balle a chaussé des baskets de géant. Et, tant mieux, tout reste à faire.