Simon étape par étape - Intersaison 2008

Publié le par Françoise

Tout paraît simple avec Gilles Simon. Il fait mal jouer ses adversaires, c'est facile. Il ne commet pas une faute directe, c'est facile. Il renvoie parfaitement des services à plus de 200 km/h, c'est facile. Il balance des fusées en revers, c'est facile. Il tient la dragée haute en fond de court à Rafael Nadal, c'est facile (ou presque). Il ne fait pas partie de ses joueurs qui impressionnent à première vue. On se dit (presque) qu'il est comme vous et moi. Pourtant, il suffit de jeter un regard en biais vers ses adversaires. A leur mine souvent défaite, on comprend le noeud du problème. Il ne faut pas se fier aux apparences. Son relâchement, sa capacité d'anticipation, son intelligence de jeu, sa pugnacité et son talent façonnent un joueur atypique. Et Thierry Tulasne résume bien son élève : «J'ai la chance de travailler avec un joueur qui a une faculté d'analyse hors normes. Il est juste intelligent.»

Le grand public l'a vraiment découvert en 2008 avec ses victoires contre Roger Federer à Toronto et surtout face à Rafael Nadal à Madrid puis avec sa qualification pour le Masters à Shanghaï. Pourtant, cette place de 7e mondial n'a rien d'une comète de Halley. Elle prend sa source dans une progression très linéaire : 487e (fin 2003), 177e (fin 2004), 124e (fin 2005), 45e (fin 2006), 29e (fin 2007) et donc 7e (fin 2008). « C'est ce que je n'ai pas arrêté de dire même si on a toujours pensé le contraire. Cette année, j'ai explosé aux yeux du grand public mais j'étais 29e l'année dernière, rappelle Gilles Simon qui a battu en 2008 les trois meilleurs mondiaux, Rafael Nadal, Roger Federer et Novak Djokovic. Il fallait que je finisse mieux que 29e et je me rapprochais alors des meilleures places. Je ne pensais pas finir 7e, mais j'espérais bien finir entre 10 et 15.» Le hasard ne s'invite donc pas à la fête. Comme sur le terrain, tout est bien rationnel. Marche après marche, il gravit les paliers et son classement actuel reste comme un chiffre symbolique important : «C'est différent d'être dans le Top 10 et de finir la saison dans le Top 10. Cela veut dire que je suis le 7e joueur à avoir les meilleurs résultats sur cette année. C'est très important pour moi. »

« Gagner un Grand Chelem »
Avec toujours la même démarche, il s'attelle à consolider ses acquis et améliorer ses faiblesses. Après deux semaines de repos, il a donc repris le chemin de l'entraînement le 1er décembre avec son entraîneur Thierry Tulasne et son préparateur physique, Paul Quétin. L'an dernier, il est passé à une volée à une main en revers en pleine saison. Durant cette courte trêve hivernale, il a soulevé de la fonte pour gagner en puissance, travaille son service pour gagner en vitesse et montre des velléités offensives pour gagner en agressivité. Gagner, toujours gagner. Gilles Simon est un gagneur. Comme tous les champions, bien sûr. Mais il aime, avant tout, les matches. «Il faut que je fasse très attention, prévient Thierry Tulasne. Comme on travaille davantage avec une meilleure qualité, il faut faire attention de garder la santé et de ne pas avoir une surcharge.» En 2008, il a enregistré le plus grand nombre de tournois disputés parmi les joueurs du Top 20. En 2009, son programme reste très fourni avec 24 ou 25 tournois plus la Coupe Davis, mais les tournois du Grand Chelem arrivent en tête de liste. «Je veux gagner un Grand Chelem, annonce le 7e mondial avant d'ajouter en souriant : j'ai envie de dire n'importe lequel ! Si cela pouvait être Roland-Garros, c'est tant mieux. C'est la prochaine étape si je veux continuer à progresser et à m'améliorer. »

Pour s'améliorer, il a mis en place plusieurs axes de travail. «En coup droit, je possède les armes, mais il faut que je m'en serve davantage. Ce n'est pas quelque chose que je travaille, c'est juste de l'audace. Le jeu au filet, c'est vraiment du travail, analyse Gilles Simon qui veut prendre d'avantage l'initiative du jeu cette année. Il y a un placement, une vision à avoir, une technique, de la puissance à garder dans le bras que je n'ai pas aujourd'hui. Certaines choses vont venir peut-être plus vite comme le service. C'est parfois un petit déclic. On trouve quelque chose et cela va mieux.» En centrant sa préparation sur un gain de puissance au service et une amélioration de son jeu vers l'avant, il veut s'offrir d'autres solutions. Jouer en fonction de son adversaire, c'est bien. Avoir les cartes en main, c'est mieux. «Cette année, je vais essayer de ne plus faire toujours en fonction de l'adversaire, annonce l'élève de Thierry Tulasne. Quand j'évolue dans une filière offensive, j'ai mes propres schémas. Je jouerai toujours un petit peu en fonction des forces et faiblesses adverses, mais beaucoup moins.»

Plus il se rapproche des meilleurs mondiaux, plus les détails comptent. Entre les certitudes d'aujourd'hui et la confiance du passé, Thierry Tulasne veille à la tentation de « l'embourgeoisement » : «Garder l'humilité est la priorité numéro 1 et c'est moi le garant de cela. Pour garder l'humilité, il faut faire des choses dures, des choses qu'il n'a pas envie de faire. » Ses randonnées dans la montagne lors du stage de Saint-Cyprien en sont la preuve par les actes. Pour les mots, son coach aime rappeler les paroles de Toni Nadal qui s'extasie toujours sur la force des adversaires de son neveu et élève, Rafael. De temps en temps, Thierry Tulasne lui rappelle donc : «Attention, c'est dur, les autres jouent bien aussi, il faut lutter, courir, souffrir. Il faut garder cet esprit fait de confiance et d'humilité. Quand les meilleurs perdent cela, ils chutent.» Mais Gilles Simon n'a pas la mémoire courte.

Sophie DORGAN - lequipe.fr, 22.12.2008

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