Amis, ennemis - janvier 2009

Publié le par Françoise

Gilles Simon adore Gaël Monfils, qui lui-même est fan de Gilles Simon. Demain, l’un privera l’autre d’un quart de finale.

C’EST UNE AMITIÉ VRAIE, pas inventée pour faire joli dans les journaux. Hier, ce n’était pas du chiqué quand, dans le couloir du vestiaire, Gaël Monfils fit un gros câlin à Gilles Simon pour le féliciter de l’avoir rejoint en huitièmes de finale. Qu’il soit son prochain adversaire n’avait aucune chance de retenir son élan de tendresse. « Et la seconde d’après, ils se chambraient comme des sales gosses », se délectait Thierry Tulasne, le coach de Simon. C’est toute l’histoire de leur relation, née sous le signe de l’humour quand ils étaient ados à l’INSEP. Monfils portait de grosses lunettes rondes et prenait raclée sur raclée contre son aîné de deux ans. Simon était un freluquet – « tout petit, tout maigre », se rappelle Monfils – égayé par le culot de ce blanc-bec. Demain, nos deux amis en découdront pour la première fois sur le circuit. Rira bien qui rira le dernier...

Monfils : « Gilles, c’est mon chouchou »

« LA PREMIÈRE FOIS que j’ai vu Gilles, c’était à Bressuire. Il avait onze ou douze ans. Je m’en souviens comme si c’était hier. C’était un nabot avec la coupe au bol et, ce jour-là, il m’avait déjà scotché parce qu’il avait eu deux balles de match contre Richard Gasquet. Faut savoir que Richard était invincible quand nous étions gosses. Après, il y a eu les années INSEP, où on était comme cul et chemise. On n’était pas dans la même piaule mais c’était tout comme. C’était des blagues en veux-tu en voilà, des soirées passées à jouer à l’ordinateur et des défis tennis. Il était hyper petit mais il avait quandmême deux ans de plus que moi. Mais bon, j’allais sans arrêt le trouver pour lui dire : "Allez, viens sur le terrain maintenant si t’es un homme. Tu vas voir, je vais te "fumer" !" Sauf qu’il me mettait à tous les coups une rouste. C’était horrible parce que c’était pareil aux jeux vidéo. Impossible de le feinter. Un génie du joystick. Faut dire que Gilles est hyper intelligent et malin comme c’est pas permis. C’est mon chouchou, je l’adore. Là, vous voyez, le premier truc que j’avais envie de faire, c’était de le prendre dans mes bras après sa victoire contre Ancic. C’est bien plus qu’un pote de tennis. Je peux me confier à lui pour des histoires perso et je suis sûr qu’on sera toujours proches après tout ça (la carrière).

« Il joue comme un dieu "Mission impossible" »


À Pékin, pendant les JO, on était colocs. Je dois le remercier parce que, là-bas, il m’a fait découvrir la série Death Note. Depuis, j’ai tout vu. Au piano, Gilles est mon idole. Il joue comme un dieu Mission impossible.Vous devriez vraiment l’écouter. Moi, j’ai grandi avec Gilles et jamais je n’ai fait de différence entre Richard, Jo ou lui. J’ai toujours su que "le Gillou", il était super fort. Il est dans le top 10 et il mérite d’y être. Les gens ne se rendent pas compte mais Gilles tape vraiment très fort. Et puis, il faut voir comment il défend son terrain. Il peut cavaler cinq heures, ce n’est pas un souci. En plus, maintenant, il a progressé au service, dans ses coups d’attaque et il peut même venir au filet. Vous devriez faire un sondage : à mon avis, y a pas beaucoup de mecs qui se marrent quand ils jouent contre "Gillou". Notre match, demain, je suis certain qu’il sera très accroché. Et ça pourrait durer des heures. La seule fois qu’on s’est affrontés, c’était un match d’Interclubs en 2006. Il avait gagné 3-6, 7-6, 7-6 et ç’avait pris presque trois heures. Comme on s’aime bien, on fait durer le plaisir. » 

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Simon :« Gaël, un super mec »

« PREMIER SOUVENIR de Gaël ? Souvenir d’un p’tit gars à l’INSEP, avec des binocles rondes, qui me dit : “Hé, viens faire un match, toi, je vais te fourrer.” J’avais deux ans de plus que lui, j’étais six niveaux au-dessus de lui, mais le mec me défiait en pariant le repas du soir. Évidemment, je lui collais 6-1. Une boucherie. Le lendemain, bing, il revenait à la charge. “Ça y est, j’ai trouvé la solution, viens, je vais te donner une leçon.” Et je le battais 6-1. Ça n’a jamais arrêté. Avec Gaël, il faut bien comprendre qu’on était au CNE à Roland-Garros quand on avait seize ou dix-sept ans et qu’on passait des soirées entières, assis dans le central, à nous dire : “Ah ! là, là, qu’est-ce que ce serait chouette si on jouait un jour ici avec les grands !” Et demain, nous, les deux mômes du CNE, on se disputera une place en quarts de finale de l’Open d’Australie. Y a quoi qui peut remplacer ça ? Pas grand chose. Nous deux, on a une super relation. Gaël, j’ai vu presque tous ses matches ici. C’est très costaud. Je me doutais bien que je n’allais pas affronter une quiche en huitièmes de finale. Avec Gaël, c’est même le contraire. C’est un ami, mais je ne crois pas que ce contexte aura une influence, en tout cas pas pour moi. Je trouve que c’est même agréable de se dire que, si je perds, c’est lui qui sera en quarts de finale.

« Pas du tout jaloux de ses muscles »

Comment je vois le match ? Euh, ça peut être long, très long. Je ne suis pas du tout jaloux de ses muscles, ça, je m’en fous ; en revanche, si je pouvais échanger mon service contre le sien, ça m’arrangerait bien. Contrairement à ce que j’entends parfois sur lui, je trouve que Gaël est un super mec. Oui, Gaël est un extravagant, oui, parfois, tu te demandes d’où il sort, mais il est surtout généreux et profondément gentil. Quand t’as besoin, hop, il arrive. J’ai partagé ma chambre avec lui pendant les Jeux à Pékin. Bon, ben, c’était un peu l’enfer. (Rire.) Gaël, c’est le mec qui se disperse le plus à la seconde. On avait cent mètres à faire pour aller de la cafétéria à notre chambre ; eh bien, comme Gaël s’arrêtait taper la discute tous les deux mètres, on mettait une heure. Un matin, il n’avait pas entendu son réveil et devait jouer peu de temps après. Moi, j’étais stressé pour lui. Je n’aurais pas dû. Il a pris un bon petit déj McDo, un qui cale bien, et après il a gagné son match. Y a que lui qui peut faire ça. »

FRÉDÉRIC BERNÈS, L’Equipe, 25.01.2009

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