Très frustré - Dubai 2009

Publié le par Françoise

Simon ne s’est pas plu
Battu par Djokovic dans un match qui lui tendait les bras (6-3, 5-7, 5-7), le Français s’en voulait à mort.

Il n’y a plus de Français en course à Dubaï. Avant que Richard Gasquet n’ait été de nouveau dominé par Ferrer (6-2, 6-2), Gilles Simon avait mené 3-1 au troisième set contre Novak Djokovic, numéro 3 mondial. En vain. Peut-être que le numéro 1 français réfléchit trop…

IL Y PENSE ENCORE. C’est sûr. Gilles Simon pense tout le temps. Entre les points, pendant les points. Lui arrive-t-il de dormir à « points » fermés ? Quand hier Novak Djokovic a attaqué sa demi-finale comme un zombie, son cerveau s’est mis aussitôt en branle : « Il était mauvais comme tout. Je ne le reconnaissais pas. Je me suis dit : il n’y a qu’à remettre la balle dedans. Exactement ce qu’il ne fallait pas faire. J’ai joué de plus en plus lentement et de plus en plus mal. »

Si son analyse du jeu du numéro 3 mondial est à peu près exacte (trois smashes dans le filet !), son autocritique est sévère. Son jeu n’était pas tout mou mais plutôt en changements de rythme. Et il profitait bien de l’avantage d’avoir joué tous ses matches précédents à 14 heures, au plus fort de la chaleur. Hier, cette pointe s’établit à 34 °C pendant les deux tiers du match. Pour Djokovic, c’était non pas le jour et la nuit, mais l’inverse. Convié de par son statut de star au début de soirée, il basculait cette fois en pleine lumière. « Je sors de trois semaines d’indoor, (entraînement, plus Marseille), je joue mes trois premiers matches la nuit et là, j’arrive en plein soleil avec des balles plus rapides. J’ai mis du temps à m’habituer. » Le temps suffisant pour être renvoyé au vestiaire. C’est ce qui fait enrager Simon : « Je devais gagner en deux sets, il n’y a pas à tourner autour du pot. » D’accord avec cette analyse, même s’il n’eut qu’une balle de break au deuxième set. « Ce n’est pas ça qu’il faut voir, réplique-t-il, bien décidé à aggraver son cas. Combien de fois dans cette deuxième manche j’ai été devant sur son service ? »

La feuille de match lui donne raison. Cinq fois le Serbe perdit le premier point sur son service. Trois fois il se retrouva à 15-30 ou 0-30. Une fois loupé le passage en force en deux manches, le numéro 1 français trouva les ressources pour mener 2-0 puis 3-1 dans le set décisif, à un moment où « Djoko » avait fini par régler la climatisation. À 3-2, le Serbe, mettant plus de poids dans la balle, enfonça le clou à la quatrième balle de débreak. Et à 6-5 il lui suffit d’une seule balle de break pour empocher le match, une issue si improbable qu’il s’en agenouilla sur le court. Tout ce dernier acte avait été d’un niveau plus qu’acceptable, mais, au sortir du court, Simon n’y voyait que l’illustration de son blues actuel : « Incapable de faire les bons choix sur les points importants. C’est tout moi depuis quelque temps. Je n’ai pas confiance en mon jeu. Je doute de mon service et de mon retour. À partir de là, tout s’effiloche. » On connaît pas mal de joueurs qui aimeraient bien avoir leur jeu en vrac et tenir le numéro 3 mondial pendant deux heures quarante- quatre. Simon n’en concluait pas moins : « Ce match a été mauvais des deux côtés, bien moins bon que notre précédente rencontre à Shanghai. J’ai eu des tonnes d’occasions de m’imposer. Je suis réputé pour gagner des matches difficiles et, là, je loupe une victoire facile. Je suis très frustré. »

« Moi, je l’ai trouvé plutôt bon, contredisait son vainqueur. Je ne suis pas d’accord avec son appréciation du match. » Pourquoi Simon broie-t-il du noir après une quinzaine qui l’a vu atteindre les demi-finales à Marseille et à Dubaï ? Certes, ici, il a ramé au premier tour contre un Koweïtien et n’a pas eu à affronter un joueur du top 50 avant Djokovic. Hier, ses stats au service étaient médiocres (53 %de premières balles, 4 aces, 2 doubles fautes), mais de là à sortir le surligneur … « Gilles est un perfectionniste, essaie d’expliquer Thierry Tulasne, son entraîneur. Contre Djokovic, il a été trop négatif. Il ne s’est pas assez encouragé, pardonné. » « J’ai besoin de m’entraîner pour recaler tout ça », poursuit Simon. La Coupe Davis ne va pas lui en donner le temps. « À Ostrava, il faudra que je sois bien meilleur que ça. » Pas si sûr.

PASCAL COVILLE, L'Equipe, 28.02.2009

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