« Personne n’a de leçons à donner aux autres ! » - Ostrava 2009

Publié le par Françoise

Simon en première
Le numéro 1 français fête sa première sélection en débutant face à Berdych. Stressé ? Non.

« ÇA BRÛLE, HEIN ? » Gilles Simon interpelle Gaël Monfils, partenaire d’entraînement en souffrance après une glissade sur l’abrasif tapis en Taraflex de la Cez Arena. « Ah, c’est qu’on n’est plus à Acapulco, là ! » Chambreur, le numéro 1 français raille une victime en recherche de repères après sa difficile transition de Mexico à République tchèque. Et l’on voudrait que Simon, le légendaire Fontenaisien gonflé à l’assurance, soit dépassé par l’événement ? Affaissé ? Entortillé ? Inhibé ? Bien dans ses baskets et avide de nouveaux défis, le voilà qui se fond avec naturel dans ce nouvel environnement. La légende colporte déjà que le blanc bec (de la Coupe Davis) n’hésite pas non plus à deviser sur la stratégie des rencontres en cinq matches avec Forget, son capitaine au très long cours. Parce qu’il est comme ça, qu’il ne changera pas et que son dernier pied de nez – première titularisation en tant que numéro 1 français – interpelle plus les autres que lui. « Pour moi, c’est anecdotique. Numéro 1 ou numéro 2 en Coupe Davis, on joue de toute façon les mêmes adversaires dans le week-end. Il n’y a pas de leader dans l’équipe, et pas de besoin qu’il y en ait. On a chacun notre façon de faire et on est tous plus ou moins vierges d’expérience. Personne n’a de leçons à donner aux autres ! »

Tout bien considéré, la petite différence du Simon « Daviscupman » serait à dénicher dans ce discours égalitariste. Orgueilleux, oui. Égocentrique, bien sûr. Posture de premier de la classe, parfois. Mais pas à Ostrava.

« L’ambiance, j’adore ! »
« En Coupe Davis, il faut bien laisser son ego au vestiaire, dit-il. Pour moi, la démonstration parfaite de ce qu’est cette compétition, c’est la finale de la France en Australie en 2001. Ou comment les Australiens, avec deux des meilleurs joueurs du monde (Rafter et Hewitt), avaient perdu par excès d’orgueil face à une équipe solidaire. Une équipe, c’est avoir énormément d’honnêteté vis-à-vis de tout le monde. La Coupe Davis, c’est très simple, il faut envoyer les meilleurs sur le terrain. Et moi, je ne suis pas du genre à y aller à tout prix. Berdych et Stepanek savent que même s’ils ne sont pas bien, ils y vont quand même. Nous, on a la chance d’avoir quatre bons joueurs qui se tiennent de très près. Celui qui se sent bien, il prend la responsabilité d’y aller. Sinon, non. »

Rassurons ses fans : cette fois-ci, Simon s’est senti de représenter l’armada des potes. S’il ronchonnait sur ce fonds de jeu en jachère ces derniers temps, il a trouvé matière à réconfort durant le stage. « Ça m’a rassuré, mais en même temps, j’en étais persuadé. Il me fallait simplement trois ou quatre jours d’entraînement. Il fallait juste trouver le temps de le faire. En tournois, même en ayant l’impression de ne pas bien jouer, je réussissais à passer des tours, mais en ayant chaque fois du mal à laisser partir les coups. Un genre de cercle vicieux auquel la coupure amis fin. » Requinqué, il va donc enfin tester la problématique des premières dans le sulfureux chaudron de la Coupe . « L’ambiance, j’adore ! C’est le spectacle, c’est ce qui sauve certains matches pourris de L 1, et même si j’ai toute la Tchéquie contre moi, je m’en fous, tant que ça reste respectueux. »

Reste cette inaliénable embûche, décryptée par Guy Forget : « La vraie difficulté en Coupe Davis, c’est que tu as un vrai sentiment de culpabilité quand tu n’arrives pas à être à la hauteur. L’expérience, c’est ça, passer au-delà. » Et là, Simon n’a aucune référence. « C’est la seule chose que je ne contrôlerai pas et que je vais découvrir : comment c’est quand on ne joue pas pour soi. »

Mais comme il a toujours tout appris très vite, son coach privé Thierry Tulasne évitait de s’inquiéter pour le déniaisement. « Le piège de la Coupe Davis, c’est que tu es porté par le groupe la semaine pour subitement te retrouver tout seul. Dans ce contexte, Gilles devra simplement être lui. Et le staff devra rester le plus naturel possible, ne pas en faire trop en l’encourageant, sauf dans les moments chauds. Gilles n’aime pas qu’on se lève sur chaque point. C’est quelqu’un qui a beaucoup de recul. » Et qui n’en aura jamais eu autant besoin pour son baptême du feu.

FRANCK RAMELLA, L'Equipe, 06.03.2009

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