Le tennisman tricolore qui monte - septembre 2008

Publié le par Françoise

Epatant contre Roger Federer à Toronto, avant de livrer un match dantesque face à Juan Martin Del Potro au troisième tour de Flushing Meadow, et récent vainqueur à Bucarest, Gilles Simon est le tennisman tricolore qui monte.

Petit à petit, « Poussin » (le surnom de Gilles Simon) a fait son nid, au point de lorgner sur les Masters et sur la place de n° 1 français. Et sans s'être jamais qualifié pour un huitième de finale en tournoi du Grand Chelem, c'est dire s'il a encore de la marge. Toujours dans l'ombre, il ne manque pas d'arguments pour s'imposer aussi dans la guéguerre médiatique.

L'homme : attachant et énervant


Attention, ovni du paysage tennistique français ! Gilles Simon n'a pas la langue dans sa poche. Avec son extrême franc-parler, il peut dérouter ses collègues, qui auraient tôt fait de le juger, au mieux, impertinent, au pire, très prétentieux. Dans le catalogue des plus belles phrases de ce grand bavard spontané, capable de tenir des conférences de presse aussi longues que ses matchs, il en existe qui dénotent en tout cas une assurance incroyable. Quand Gilles Simon perd, c'est qu'il  « n'aurai[t] pas dû perdre »,  ou qu'il a  « eu peur d'être trop bon »,  le tout asséné avec un sourire désarmant, qui ne peut pas le rendre tout à fait détestable.

Néanmoins, on ne jurerait pas que sa cote soit très élevée parmi ses pairs, (très) agacés par ce grand freluquet aux idées affirmées. « Je ne suis pas un faux-cul, c'est pour cela que j'en prends plein la gueule », a-t-il coutume d'expliquer... Sans rien vouloir changer à son mode de vie en groupe. Voilà deux ans, la fin de cycle éminemment orageuse avec son coach, Jérôme Potier, avait illustré sa capacité à rendre les autres fébriles.

Entre l'entraîneur bourru et le joueur borné, réticent à se lancer dans les exercices qui « [le] gonflent », le divorce avait été plutôt chaud. Thierry Tulasne, qui avait pris le relais, avait envoyé un SMS à son collègue pour le féliciter du travail entrepris avec le joueur. « Simon, c'est qui »? », avait sèchement rétorqué Potier !

Déconcertant de facilité, capable de mener en parallèle un bac S, huit ans de conservatoire de piano, des débuts prometteurs en golf (handicap 15 à 12 ans) et le dur combat pour devenir un pro du tennis, Gilles Simon est une espèce de surdoué farouchement attaché à son indépendance d'esprit. Ça dénote dans le circuit.

Le jeu : cotonneux et dynamique


Espèce de grand freluquet aux mollets galbés comme ceux d'un poulet, Gilles Simon ne donne pas l'impression d'être un cador potentiel. Il n'a pas le physique d'un cogneur, ni le talent pur d'un homme touché par la grâce. Sa volée (moyenne) lui avait notamment coûté son troisième tour cette saison à Wimbledon, face à Richard Gasquet. Mais il a l'endurance, la persévérance et l'intelligence.

Avec sa fausse nonchalance, il peut dérouter l'autre dans une filière attentiste, avant de le surprendre par des accélérations soudaines. Aidé par une vitesse de déplacement donnant l'impression qu'il ne fait aucun effort pour faire l'essuie-glace, il peut s'adapter à tous les styles de jeu. Il peut désespérer ceux qui le provoquent au physique dans des échanges au long cours, ou riposter face aux adeptes du « ping-pong » pris à leur propre piège d'un jeu très cadencé.

En fait, il est de cette race, rare, des Miloslav Mecir ou des Andy Murray, nés pour emberlificoter ceux d'en face par des variations de rythme insondables. Seuls bémols : il lui manque dans la gamme le revers chopé et l'envie de peaufiner sa condition physique.

Le sportif : numéro 1 aux Masters ?


Classé -15 à 18 ans, le très peu précoce Gilles Simon n'était pas dans les temps pour faire carrière au plus haut niveau. Avec un retard de croissance de deux ans qui avait failli l'éliminer des filières de détection fédérales, le Niçois disposait à l'origine de très peu d'atouts. Mais à force d'abnégation et de croyance en lui, il a pu percer petit à petit, avec un rythme de progression très régulier et sans contrecoup.

Sans l'aura technique de Richard Gasquet, la dégaine de Gaël Monfils ou la carapace de Jo-Wilfried Tsonga, Simon n'a pas le look ni la présence charismatique. Mais il ne lâche rien. En 2004, il devient le stakhanoviste n° 1 du circuit en disputant 107 matchs dans l'année ! Quatre ans plus tard, à la fin de 2008, il a toutes les chances de devenir le n° 1 français, au nez et à la barbe des imposantes présences des stars médiatisées.

Virtuel n° 2 hexagonal au classement ATP, il pourrait grignoter, d'ici au mois de novembre, les quelques points qui lui manquent face à Gasquet, qui a énormément à défendre (un titre à Chennai, une finale à Tokyo, une demi-finale à Bercy et le Masters en 2007). Encore plus fort, douzième actuellement à la Race, Simon est un prétendant crédible à Shanghai, des Masters qui réuniront les huit maîtres prochainement en Chine.

Alors que le Français est en pleine phase ascendante et en pleine confiance, il pourrait profiter des atermoiements de James Blake, de l'essoufflement de Juan Martin Del Potro, de la panne de Stanilslas Wawrinka ou de la lassitude de David Nalbandian. La sensation serait énorme. « Je n'ai pas de limites », professait Simon, en 2006, alors qu'il ne faisait qu'émerger. A l'époque, on riait. Aujourd'hui, on veut bien le croire.

Alex Montana, 01men, le 19/09/2008

Publié dans Articles

Commenter cet article