L. Doucouré: «Mes amis mousquetaires» - avril 2009

Publié le par Françoise

J’ai grandi avec Gaël Monfils, Gilles Simon et Jo-Wilfried Tsonga. Voici deux ou trois choses que je sais d’eux...
Par Ladji DOUCOURÉ


QUAND J’AI LU L’INTERVIEW de Guy Forget au lendemain de la défaite des Français en Coupe Davis, une phrase m’a interpellé : « Gaël, Gilles et Jo ont une amitié profonde, ils se font la bise au p’tit déj, on voit que ça remonte à loin. » Il a raison. Et je crois pouvoir préciser la période où se situe la création de liens si forts entre Monfils, Simon et Tsonga. Les mêmes se sont tissés entre des basketteurs comme Parker, Diaw et Turiaf, ou entre Leslie Djhone et moi. Nous avons grandi ensemble, dans nos sports et dans la vie, avec pour point de départ un site fédérateur : le bâtiment U de l’INSEP, réservé aux mineurs.
J’y ai débarqué en septembre 1999, et c’est là qu’on a fait connaissance. Au B.U., les grosses stars étaient alors Nicolas Mahut et Julien Benneteau, tout juste sacrés champions du monde juniors en double. Les trois autres étaient plus jeunes, même si Gaël avait une belle étiquette, grâce à son record du monde juniors du service le plus puissant, à plus de 200 km/h. Où trouvait-il une telle énergie ? Dans ses bras aussi frêles ?
Gaël était un gringalet. Avec ses petites lunettes rondes, on l’avait surnommé « Steve Urkel ». Vous savez, ce gars un peu ridicule d’une série américaine de l’époque, qui portait des pantalons trop courts, retenus par des bretelles et qui lui remontaient jusque sous le menton. Comme lui, Gaël était un impulsif, capable de s’embrouiller pour des broutilles. Quand lui se faisait chambrer, il se réfugiait auprès de Leslie, notre grand frère.
Cette image de Steve Urkel, ça l’agaçait... Il aimait déjà les belles fringues. Lors des fêtes du B.U., les tennismen se plaçaient tout le temps au balcon, à côté du DJ, à se montrer et à mater les autres. Ils ne venaient jamais sur la piste. C’est moi qui, à sa demande, ai initié Gaël au breakdance. Il était plutôt discret...
Pas autant que Jo, bien sûr. Lui, il était réservé mais toujours souriant. Lui, on ne le charriait pas trop, il ressemblait déjà à une montagne. Il n’a pas trop changé physiquement. Alors que Gilles...

« Elle est où, Carla ? »

Le petit Gilles, c’est cette image que je garde de lui. Un petit bonhomme qui avait du mal à résister à la taille et au poids de son sac de raquettes. Il était un peu la mascotte du B.U., la peluche de toutes les filles. Un sacré malin... Après les cours, il se dépêchait d’investir la salle de télé. Si on s’avisait de lui piquer la télécommande quand il regardait Loft Story il appelait le surveillant, qui se laissait attendrir par son regard de nounours. Il en jouait, de son physique. Gilles, c’est un blagueur, un vanneur. Il provoquait sans distinction, persuadé que personne n’oserait s’en prendre à si petit. Il n’a pas vraiment changé, a retrouvé ses accents bravaches le jour où le président Sarkozy est passé aux Jeux de Pékin : « Elle est où, Carla ? » La voix a fusé. Mais, cette fois, avec son 1,80 m, il n’a pas pu se cacher. Et on a bien rigolé.
Gamins, je l’avoue, les tennismen nous impressionnaient par leur capacité d’adaptation. Des vrais touche-à-tout du sport. Chaque jour, ils avaient la chance de jouer au foot, avec de belles panoplies : maillot, short et chaussettes aux couleurs de leurs clubs préférés. Mais ils nous volaient nos haies, s’en servaient de buts et les abandonnaient sur le terrain en stabilisé. Pour se venger, on les chambrait lorsqu’ils travaillaient la vitesse et les appuis. Qu’est-ce qu’on a pu se défier ! Gaël est le plus joueur, il adore le poker. À Pékin, il a même osé me défier, lui sur 110 m plat, moi sur 110 m haies. Il a mis sa voiture en balance, une Audi R 8, un avion de chasse. Le challenge était assez tentant d’ailleurs, mais comme j’étais blessé, j’ai dû renoncer.
En fait, on ne s’est jamais vraiment quittés. Avec Gaël, on partage le même équipementier ; avec Jo, nous avons le même agent. Ils sont toujours en déplacement mais, toutes les semaines, on s’échange des messages, pour savoir où on se trouve, comment on va. Le mois dernier, quand j’ai gagné à Turin, ils m’en ont tous envoyé depuis la République tchèque, où ils disputaient la Coupe Davis. Celui de Jo était beau. « C’est bien l’Europe, mais c’est trop petit pour toi. » Moi, je l’admets, j’ai attendu quelques jours avant de les relancer...

L'Equipe, 10.04.2009

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