« Je suis en bonne voie » - septembre 2009

Publié le par Françoise

Blessé à l'US Open, Gilles Simon espère toujours se qualifier pour le Masters. Le Niçois a suivi la campagne de Coupe Davis de l'équipe de France et demande de la patience pour cette génération.

Comment ça va ?
Ça va. J'ai repris ce matin (lundi 21 septembre). Tranquillement. Il me reste une semaine pour essayer de me remettre à niveau avant de partir en Asie. J'ai fait du travail spécifique. A priori cela devrait aller. Les examens allaient dans le bon sens même s'ils n'étaient pas beaucoup mieux que la dernière fois.

Il n'est pas question d'un arrêt plus long ?
Vu l'évolution de la blessure, on a décidé avec le doc que cela se gérait plutôt bien malgré les matchs. Il y a parfois la frustration de s'arrêter en chemin comme à l'US Open mais cela n'empêche pas la cicatrisation donc autant continuer.

Depuis le début de votre carrière sur le circuit vous n'avez abandonné que trois fois et c'était la première fois en Grand Chelem. Cela doit être particulièrement difficile...
C'est dur mais c'est normal parce que les rencontres de Grand Chelem sont les plus exigeantes. En général, je n'abandonne jamais. Mais à New York, j'ai été obligé de sortir du terrain. C'est difficile mais si je ne tente rien, je ne joue pas. Puisque la cicatrisation suit son cours, autant essayer. Je ne regrette pas de l'avoir joué.

A deux mois de la fin de saison, quel premier bilan dressez-vous ?
Le bilan est simple, j'ai mieux réussi en Grand Chelem, objectif que je m'étais fixé. C'est d'autant plus positif que je n'ai pas pu les finir à fond notamment à Roland Garros et à Flushing Meadows. Pour le reste, j'ai été moins régulier que la saison dernière, c'est ce qui fait que j'ai reculé de quelques places. Mais il y a la fin de saison qui arrive, je vais essayer de finir aussi fort que l'an passé.

Le fait de ne pas vous arrêter, c'est justement pour vivre cette fin de saison et ne pas perdre les points acquis la saison passée ?
Il y a beaucoup de points à perdre mais à ce moment de l'année, je ne regarde plus trop le classement technique. Je suis plus concentré sur la Race. Cela reflète mieux le niveau depuis le début de saison. A ce classement, je suis 15eme ou 16eme. Mais le classement n'a pas eu d'influence sur ma décision de jouer. Si je ne joue pas, je mettrai de toutes façons beaucoup de temps à cicatriser. Donc comme cela ne s'aggrave pas...

"La probabilité d'aller au bout d'un Grand Chelem est faible"

Avec le recul, comment analysez-vous votre première saison dans la peau d'un Top 10 ?
Cela m'a pas mal aidé dans les tournois parce qu'on est un peu plus épargné dans les tableaux. Sur certains tournois où je jouais moins bien, cela m'a permis de passer quelques tours face à des adversaires un peu moins forts. Pour le reste, cela n'a pas modifié grand-chose si ce n'est que j'ai changé un peu mon programme pour aborder les Grand Chelem dans les meilleures conditions. Si je veux aller plus haut, il faudra faire mieux que ça dans les grands tournois.

En début d'année vous avez annoncé que vous vouliez progresser dans le jeu vers l'avant. L'objectif est-il atteint ?
C'est difficile parce qu'on veut toujours faire mieux en terme de jeu. Mais je suis en bonne voie. Paradoxalement, cela a été facilité par ma blessure. Avec mon genou, je ne pouvais pas courir autant que d'habitude. Donc sur certains matchs, j'étais obligé d'être plus offensif. Je n'ai presque plus jamais fini un match complètement épuisé comme cela a pu être le cas l'an dernier.

Le Masters, c'est encore jouable ?
Ça va être très difficile. Mais j'en suis moins loin cette année que l'an passé et on m'en parlait plus à l'époque. Il m'avait fallu une finale en Masters Series (Madrid) pour finalement terminer à la neuvième place ! Cette saison, je sais que si je parviens en finale à Shangaï, j'aurai des chances d'y être. On est à peu près dans la même configuration.

Au départ de l'US Open, vous avez écrit un billet dans un journal pour expliquer que vous n'aviez qu'un pourcent de chance de remporter le tournoi. Vous croyez si peu en vos chances ?
Non, c'était pour expliquer à quel point c'est difficile de gagner un Grand Chelem. Depuis la fin de saison dernière, on attend beaucoup de nous, joueurs français. Mais il faut se rendre compte que même si on a fait une très bonne saison l'an passé, cela reste très difficile. Parce que même en donnant des chances raisonnables de passer les tours, la probabilité d'aller au bout est très faible.

Que manque-t-il aux joueurs français pour faire comme Del Potro ?
La consistance. Del Potro n'est peut-être pas très impressionnant, mais il ne fait jamais de contre-performance à part peut-être à Wimbledon. Son niveau moyen est très élevé. Entre un joueur comme Verdasco, dont tout le monde disait qu'il allait tout faire péter, et Del Potro, la différence est très subtile mais nous, joueurs, savons que c'est énorme.

"J'étais triste pour Gaël"

Votre première sélection en Coupe Davis s'est soldée par une double défaite. Avec le recul, comment l'analysez-vous ?

Il faut savoir que cette défaite ne m'a fait mal à aucun moment. Je n'ai pas pris une claque. Mais encore une fois, l'attente des médias et des gens est très forte parce qu'on a une génération prometteuse. Il faudrait gagner la Coupe Davis tout de suite. Mais on oublie que même si l'on a une belle équipe, on ne joue pas contre des " quiches ". On a perdu contre la République tchèque qui va jouer la finale contre l'Espagne. Sur chaque match, c'est une équipe dangereuse. Stepanek et Berdych font partie des quinze meilleurs joueurs du monde. De mon côté, j'ai fait de biens moins bons matchs cette année. J'ai perdu quatre tie-breaks dans le week-end, je n'ai pas pris 6-3, 6-2, 6-3.

En voyant Gaël Monfils se noyer un peu lors du match contre les Pays-Bas, vous avez pensé quoi ?
J'étais triste pour lui parce que c'est le genre de match où on n'a rien à gagner. S'il avait pu gagner ce match là, cela lui aurait fait beaucoup de bien. J'espère que le fait de l'avoir perdu ne va pas lui faire du mal. En même temps, il n'a pas causé la défaite de l'équipe puisqu'on a gagné. Ce n'est pas la fin du monde. Mais je n'ai pas été surpris parce que je connais très bien Gaël et que je sais comment il fonctionne. Je savais que cela serait difficile pour lui. Mais j'espérais qu'il gagnerait parce qu'il est plus fort que ces joueurs là. Ça montre que ça va vite.

Jo a assumé un vrai leadership dans cette équipe. Cela vous étonne ?
C'est quelqu'un que le monde du tennis a toujours voulu voir dans ce rôle. Sur ce match, il ramène trois points et c'est très bien. Mais j'espérais qu'il les ramènerait. Comme j'espérais que Gaël gagnerait son match. C'est très bien parce que c'est difficile au niveau de la pression. C'est important pour lui qu'il sache qu'il peut le faire.

Est-ce qu'on n'est pas allé un peu vite en parlant des nouveaux Mousquetaires ?
Bien sûr. Mais nous n'avons rien choisi. Nous ne sommes pas allées voir les journalistes en disant que nous étions les nouveaux Mousquetaires. En général, on ne revendique pas grand-chose. C'est l'attente des médias qui a créé cela. C'est sûrement allé trop vite, mais pas à cause de nous.

Propos recueillis par Louca Hugo pour Sportweek

Publié dans Interviews

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