La victoire en parlant - novembre 2009

Publié le par Françoise

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Gilles Simon en a bavé hier pour battre Berdych. Du coup, sur le terrain, il a commenté son match.

LORSQUE GILLES SIMON souffre, quand il joue moyen-mal, il parle. Il parle tout seul, il parle à son coach, Thierry Tulasne, il se plaint, il s’engueule, bref, c’est la radio libre qui fait du tennis. « Je veux être sûr que vous comprenez bien ce qu’il se passe », rigole-t-il. Hier, on a tendu l’oreille et on a tout pigé. On a pigé que Simon n’était pas dans un grand jour et que Tomas Berdych lui faisait mal avec sa grosse artillerie. Simon disait : « J’en ai marre, j’en prends plein la gueule », ou encore : « Putain, j’passe pas une première ! » et aussi : « J’ai peur, je mouille, là », mais encore : « Je suis dans le rouge. » Et bla-bla-bla, et bla-bla-bla. Ah oui, vous devez savoir que, quand il dit une horreur, Simon met sa main devant la bouche. Ça ne sert à rien puisqu’il hurle très fort, mais c’est mignon.
Simon le bavard, c’est un grand classique, mais en « voix » d’extinction. Car Thierry Tulasne lutte contre ce vieux penchant. « Quand il joue bien, on n’entend pas Gilles, a remarqué le coach. Il a déjà énormément gommé ce défaut, mais il s’excite encore trop entre les points. À ce niveau, c’est dangereux de perdre de l’énergie en parlant. » Ça l’aide peut-être à évacuer une frustration ? « Non, ça ne l’aide pas, pense Tulasne. Ça montre sa fébrilité à l’adversaire. Nadal ou Federer ne bronchent jamais (sauf quand Federer s’énerve contre le Hawk-Eye). S’il bavarde ainsi, c’est aussi que Gilles n’a pas encore assez conscience de ses forces. »
Un final difficile
Hier, malgré la victoire (6-4, 4-6, 6-3en 2h 18’), Simon resta jusqu’au bout dans « l’intranquillité ». Quand il servit pour finir, il dut sauver deux balles de break, les douzième et treizième du jour. « Je n’ai jamais été relâché. Après trois jeux, j’avais les poumons éclatés, j’étais tout rouge. Alors, j’ai raconté ma vie sur le court… » Ce qui est comique, c’est de regarder Simon, excédé, parler à Tulasne, qui le fixe en ayant l’air d’avoir 6 ou 7 de tension. « Si je lui dis : “Chut, tais-toi !” quand il est tout rouge, je vais l’exciter davantage, explique “Tutu”. Parfois, je fais aussi le mec qui regarde ailleurs. Mais Gilles, même quand il parle trop, n’en perd pas pour autant sa combativité. O.K., il jacasse, mais juste après il est à fond dedans. » Ça n’a pas toujours marché comme ça. « Il y a trois ou quatre ans, je pouvais arrêter la bagarre quand j’étais agacé, raconte Simon. Petit, c’était pire, je faisais des crises de nerfs sur le terrain. » Depuis un mois et demi que son genou le laisse en paix, Simon cause peu et flingue beaucoup : titre à Bangkok, quarts de finale à Shanghai, demi-finales à Lyon et, donc, quarts de finale, au minimum, à Valence. Ça, ce sera demain contre le vainqueur de Youzhny-Cuevas. On vous dira si Simon nous le commente en direct.

Frédéric Bernès, l'Equipe, 05.11.2009

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