« On ne peut pas plaire à tout le monde... » - mai 2009

Publié le par Françoise


Avec votre statut actuel de 7e joueur mondial, vous sentez-vous investi d'un rôle particulier auprès des jeunes joueurs français ?
- C'est difficile à dire car je ne sais pas forcément quelle importance peut avoir mon image sur eux. J'essaye simplement d'avoir un comportement le plus exemplaire possible, car je sais  qu'ils veulent s'identifier à moi.

Vous faites donc très attention à l'image que vous donnez ?
- Oui, bien sûr. Surtout dans mon attitude sur le terrain. S'il y a certaines valeurs que je peux essayer de transmettre à ces jeunes, j'en serais très heureux.

Qu'est-ce qui a changé pour vous depuis votre première sélection au sein de l'équipe de France de Coupe Davis ?
- La sélection en elle-même n'a pas changé grand-chose, car je m'y attendais. C'est surtout le fait de se dire : ça y est, j'y suis ! Car la Coupe Davis est vraiment différente d'une autre compétition.

Un match de coupe Davis ou de tournoi classique, c'est une approche différente ?
- Il faut essayer de faire la même chose, c'est-à-dire bien jouer et gagner, tout en prenant en compte un paramètre totalement différent : on ne joue pas pour soi ! Et c'est quelque chose qui est très rare pour un joueur de tennis. Toute l'année finalement, je ne joue que pour ma victoire ou mes résultats perso. Ça n'engage que moi tout au long de l'année. En Coupe Davis, ça n'engage pas que moi, mais toute l'équipe. C'est ça qui est différent et encore plus dur quand ça se passe moins bien.

Vous pratiquez un sport très individuel et vous voyagez énormément. Dans ce contexte, à qui faites-vous entièrement confiance pour votre carrière ?
- Il y a deux secteurs dans lesquels il faut être très bien entouré. Le premier concerne la vie sur le circuit. J'ai la chance d'avoir une super équipe autour de moi, avec en premier mon entraîneur, Thierry Tulasne. Il connaît très bien mon jeu, j'ai une entière confiance en lui, en ce qu'il me dit. Il y a aussi Paul Quétin, qui s'occupe de la préparation physique et Christophe Ceccaldi pour le médical. Il est important d'avoir confiance en ces gens-là tout au long de l'année, car ce sont eux qui m'accompagnent. Thierry, je le vois tous les jours. Que ce soit en tournoi ou non, nous nous voyons tout le temps. Aujourd'hui, j'ai trouvé un très bon équilibre avec cette structure. Enfin, le deuxième secteur est celui de ma vie de tous les jours. J'ai besoin d'être bien dans mes pompes en dehors du tennis, avec ma famille, ma chérie... Et comme je suis très bien entouré, tout va bien !

Dans quelques semaines, ce sera Roland-Garros. Qu'attendez-vous de ce tournoi ?
- Une seule chose : essayer de faire un tournoi plein, le plus solide  possible pour n'avoir aucun regret. Si j'arrive à être dans les huit premières têtes de série à Roland, ce serait très bien d'atteindre les quarts de finale. Cela veut dire jouer quatre ou cinq matchs, chose que je n'ai jamais réussi à faire. Maintenant, pour aller très loin et essayer de se rapprocher du but, il faut faire un, deux, voire trois exploits, donc c'est autre chose... Je voudrais au moins avoir la satisfaction d'avoir fait un bon tournoi.

Jouer à Paris, c'est un stress supplémentaire pour vous ?
- Oui, car Roland-Garros est un tournoi différent. Il est vrai que cela met un peu plus de pression, mais en réalité, je me la mets tout seul car j'ai envie de bien figurer. Dans notre pays, on pense qu'un joueur français a la pression par rapport à l'attente du public, des médias. Personnellement, je ne conçois pas ça du tout de cette manière. Si le public ou les médias m'attendent à un moment où j'estime que ce n'est pas tellement important, je ne serai pas tendu. En revanche, si j'arrive sur un tournoi que je juge être important pour moi et qu'il ne l'est pas forcément pour la presse, j'aurai beaucoup de pression, mais ce sera celle que je me suis infligée.

Justement, lisez-vous la presse ?
- Je l'ai pas mal lue à un moment, que ce soit sur moi ou tout autre chose d'ailleurs. Maintenant, beaucoup moins. Ça ne me dérange pas de tomber sur des articles qui me concernent, mais je ne me précipite pas dessus.

Et ce que vous avez pu lire sur vous, est-ce que cela vous ressemble ?
- Pas toujours... Et puis, on ne peut pas plaire à tout le monde ! Souvent, quoi que l'on fasse, ce n'est jamais suffisant. On attend toujours mieux, c'est sans fin, il n'y a plus de limites. Donc je ne me prends pas la tête avec ça. Je joue, j'ai mes objectifs, je suis comme je suis. Si ça ne plaît pas, tant pis. C'est aussi pour cela que je lis de moins en moins les journaux.

En dehors du tennis, vous avez une passion inconditionnelle pour les jeux vidéo. À quel âge avez-vous attrapé le virus ?
- Très jeune ! Je me rappelle avoir gagné la toute première console de jeux au tournoi de Bressuire, je devais avoir 10 ans, c'était une Master System. Puis j'ai eu la Mega Drive, la Nintendo, mais pas la Super Nintendo ! Et ensuite la PlayStation 1, 2 et 3, puis toutes les GameBoy.

Et quel est votre héros préféré ?
- Cloud Strife dans Final Fantasy 7. J'adore les jeux de rôle, ce sont mes préférés.

Vous n'aimez pas les jeux de sport ?
- J'y ai joué, mais je ne suis pas vraiment fan. À la limite, quand je  joue, je préfère que ce soit du grand n'importe quoi
plutôt qu'un jeu sérieux. Avec Virtua Tennis, tu peux faire un smash gagnant de 6 m derrière la ligne ! C'est plus marrant qu'un jeu qui se veut trop réaliste et où c'est un peu trop compliqué. Sinon, finalement, tu fais toujours la même chose !

Et Gilles Simon en vidéo sur Virtua Tennis, c'est un joueur qui existe ?
- Non, pas encore...

Vous êtes aussi un grand fan de musique et de rock en particulier ?
- Oui, j'adore ! Mon groupe favori, c'est Muse. Mais bizarrement, je ne me prépare pas en musique pour mes matchs et quand je vais courir, je n'en écoute pas. En fait, j'ai toujours passé énormément de temps dans les avions. C'est en voyage ou à l'hôtel que j'écoute le plus de musique.

Lorsque vous êtes en déplacement, comment faites-vous pour essayer de garder un pied dans la réalité ? Avez-vous le temps de faire autre chose que du tennis ?
- Non. Quand je suis  en tournoi, je reste tranquille, je ne vais pas me balader. Parce que mine de rien, cela prend énormément d'énergie. C'est pour ça que je me détends en écoutant beaucoup de musique ou en jouant aux jeux vidéo !

Enfin, vous avez sûrement un rêve. Aujourd'hui, quel est-il ?
- C'est tout simple, je veux vivre heureux ! Et sur le plan tennis, mon objectif a toujours été d'obtenir le meilleur classement possible. J'aimerais pouvoir arrêter le tennis un jour en me disant que j'ai réussi à atteindre mon meilleur niveau, mon meilleur classement et que je ne pouvais pas aller plus loin. Je ne veux pas avoir de regrets.

Sportmag n° 11, mai 2009

Publié dans Interviews

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