« Quelque chose en travers du gosier » - octobre 2009

Publié le par Françoise

« Compliqué, mais jouable »
Gilles Simon, qui met les points sur les i, croit encore à sa qualification pour le Masters. Comme l’an dernier.

Nous sommes à Tokyo et Gilles Simon a quelque chose en travers du gosier. Appelons ça un malentendu. Bredouille pour sa première sélection en Coupe Davis, décevant sur terre battue, enquiquiné par son genou droit depuis Roland- Garros, l’actuel numéro 2 français s’est senti dévalorisé par rapport à Tsonga et Monfils. Or, il est 14e à la Race et peut toujours rêver au Masters. Pour espérer une qualification, il lui faut comme l’an dernier à Madrid disputer au moins une finale de Masters 1000.

« Connaissez-vous la phrase qu’on entend le plus en ce moment et qui commence par “Gilles Simon” ?
– Je devine un peu. Allez-y, j’écoute.

– Depuis votre titre à Bangkok il y a dix jours, on entend partout dire :“ Gilles Simon est 14e à la Race, ça alors, j’aurais jamais cru...”
– Hé oui, je ne suis pas si largué que ça. Mais ça, moi je le savais. Toute l’année, j’ai passé mon temps à me justifier que je n’étais pas en train de “merder” complètement. Voilà, je suis 14e à la Race, je pense que je vais finir l’année entre les 10e et 15e places mondiales et j’ai le sentiment que tout le monde se réveille et se dit : “Ah mais en fait Simon il ne s’est pas tant vautré que ça cette saison !”

– Savez-vous d’où vient cette perception faussée ?

– C’est de votre faute (rires)... Vous, les journalistes, y avez contribué. Un jour, vous disiez que j’étais dépressif, le lendemain que j’étais blessé et, le surlendemain, que je n’étais pas en confiance. Au lieu de dramatiser, vous auriez dû regarder la vérité des chiffres en face. Je ne suis pas retombé 40e, j’ai fait, cette année, mon premier quart en Grand Chelem (à Melbourne), mon premier quart en Masters 1000 (Cincinnati) mais apparemment ça ne vous a pas marqués (rires).

– La blessure au genou, elle existe non ? Et à Düsseldorf, lors de la WorldTeamCup, vous aviez vraiment le moral tout en bas...

– Oui, oui, Dusseldörf, le genou, je suis d’accord. Mais globalement, j’ai senti un climat de défiance autour de moi. J’ai le sentiment que vous me voyez beaucoup plus en dessous que Jo et Gaël. Or, nos saisons sont plus que jamais identiques. Un quart de finale en Grand Chelem chacun, si je ne me trompe... Mais si on m’explique par A plus B en quoi ma saison est inférieure à la leur, je veux bien écouter (l’interview a eu lieu avant la victoire de Tsonga à Tokyo).

« Ça a toujours été ma force d’aller bien quand on croyait que je jouais mal »
– Selon vous, il y a eu du favoritisme pour Tsonga et Monfils...

– Attention, je ne pleurniche pas. Ce sont mes amis, ils jouent très bien et ils méritent les louanges. Ils sont plus exposés que moi et je crois savoir pourquoi. Déjà, il y a leur charisme naturel. Après, il y a la force de l’image. Qu’est-ce qu’on voit à la télé ? On voit le mec qui saute, le mec qui crie en frappant. Moi, je ne fais pas ça. Mon jeu, c’est plus du timing. Souvent, on retient davantage l’intention que l’action. En même temps je comprends. Le jeu de Jo ou Gaël est plus accessible que le mien. Moi-même, j’adore regarder leurs matches. Mais c’est quand même pas banal ce que je fais ! (Il rit.) Regardez mes bras, c’est des allumettes ! Je pèse 69 kilos et je fais le match avec des gaillards de 90 kilos.

– Et du coup, on pense que votre balle n’avance pas des masses.
– Mais ça me fait marrer d’entendre que ma balle n’avance pas. Croyez-moi, elle avance beaucoup plus vite que celle de plein de mecs catalogués super cogneurs. En fait, j’ai envie de dire aux gens : venez au stade vous rendre compte !

– Encore un malentendu. Mais êtes-vous d’accord pour dire que vous auriez pu mieux faire cette année ?
– Complètement. Par exemple, j’ai foiré ma saison sur terre battue. Contre Andreas Beck à Monte-Carlo, Zverev à Rome, Ljubicic à Madrid, il y avait la place pour passer. En juillet, à Stuttgart et Hambourg, je me suis planté. Mais, malgré ça, je suis 14e à la Race. C’est donc que j’ai été bon ailleurs. Ce qui m’a aussi foutu un peu dedans cette année, c’est effectivement cette histoire de pression. Jusqu’à Wimbledon, je n’ai pas bien vécu avec l’idée que je “ devais” gagner et “éventuellement” perdre que si c’était Nadal, Federer, Murray et Djokovic en face. Au bout d’un moment, j’ai dit stop. J’ai explosé. Et je me suis dit : “Et puis merde, j’ai le droit de perdre !” Mais c’est vachement intéressant d’avoir vécu ça cette année.

– En 2008, à la veille de l’avant-dernier Masters 1000 à Madrid, vous étiez 12e à la course au Masters (il avait ensuite battu Nadal, atteint la finale en Espagne et avait participé au Masters grâce au forfait du numéro1 mondial). Comment voyez-vous vos chances cette année ?
– Pour moi, c’est exactement la même situation que l’année dernière. Ça paraît infaisable, ça sera très compliqué mais ce n’est absolument pas foutu ! Je peux encore prendre des points dans tous les tournois qui restent. Ça a toujours été ma force d’aller bien quand on croyait que je jouais mal. »
FRÉDÉRIC BERNÈS, L'Equipe, 13.10.2009

Publié dans Interviews

Commenter cet article

GIORDANENGO KARINE 12/11/2009 20:54


J'aurais aimé saluer le courage et l'humilité de Gilles surtout sur Bercy où n'importe qui aurait renoncé(et pour bien moins que cela parfois !!!) dans de telles circonstances...Un Modèle pour mon
fils de 11 ans qui a parfois du mal à redescendre sur terre quand il prend 2 classements et qui pense que tout est possible sans douleurs...la route est longue et Gilles fait partie des rares
pépites du circuit...Soignes-toi et continues, le sommet est proche !!! et la roue tourne...Karine(une niçoise aussi...)